Fort Caspar Museum & Historic Site


Situation


Plus de 80 ans avant l'ouverture de la piste de Santa Fe par William Becknell, un petit groupe de français chercha une route vers le Nouveau-Mexique. Aucun européen n'avait encore exploré cette partie des Grandes Plaines. Il n'existait pas de carte, on allait à tâtons : en 1739, Pierre et Paul Mallet, accompagnés de quelques coureurs des bois, remontèrent la Platte, trois cents kilomètres au nord du chemin idéal. Sur presque toute sa longueur, la rivière manque tant de fond, est tellement encombré de bancs de sable, que même un radeau finit toujours par s'y échouer. Seule la crue de printemps la rend navigable pour quelques semaines : si l'on fait vite, et si l'on a de la chance, on peut flotter des Rocheuses au Missouri avec des marchandises. Si l'on a de la chance... Au milieu du XIXme siècle, les trappeurs s'aperçurent vite qu'un train de chariots, plus coûteux en théorie, était plus efficace que la navigation ! Simple observation des voyageurs, ou traduction du nom donné à la rivièrepar les Otos, Nebraska, qui signifie "Eau plate", son principal trait de caractère passa à la postérité.

La route de la Platte n'était pas le meilleur chemin vers Santa Fe mais, cent ans après le voyage des frères Mallet, il allait devenir celui de la Côte Ouest. John Stuart, à son retour d'Astoria, suivit la rivière d'ouest en est pour rentrer à Saint Louis. Il avait découvert South Pass, ce col imperceptible entre Atlantique et Pacifique, et parcouru la future piste de l'Oregon sur presque toute sa longueur. Prolongée par la Sweetwater jusqu'à la ligne de partage des eaux, seul grand cours d'eau entre l'Arkansas et le Missouri, la rivière fut, pour quatre générations de trappeurs et d'émigrants, le fil d'Ariane du Mississippi aux Rocheuses.

Sa "platitude" ne la rend pas pour autant facile à traverser. On parlait de sables mouvants. Les roues étroites des chariots s'enfonçaient dans le lit sablonneux, large, souvent, d'un à deux kilomètres, où s'enchevêtrent les bras d'eau. Certains sont assez profonds pour que, les jours d'orage, le courant emporte chariot, bagages, occupants et animaux de trait. Pourtant, lorsque la topographie ne permettait plus aux voitures d'avancer, il fallait bien passer d'une berge à l'autre.

Ogallala

Ogallala, Nebraska : un terrain difficile oblige à traverser la rivière à Ash Hollow, quelques kilomètres en amont (08/86)

Au pied des Laramie Mountains, le courant n'a qu'une centaine de mètres de large. Presque toute l'année, on guée sans trop de mal mais si la compagnie est nombreuse, la traversée s'éternise : en 1847, lorsqu'arriva l'avant-garde des Mormons, Brigham Young fit construire un bac propulsé à la rame, et laissa neuf hommes pour le manoeuvrer et encaisser les recettes au profit de la nouvelle colonie.

radeau

Réplique du "Mormon Ferry", simple radeau fait de deux troncs d'arbre, reliés par des traverses couvertes d'un plancher. Lorsque cet esquif peu manoeuvrant fut remplacé par une vraie barque et un câble tendu entre les rives, la traversée fut réduite à cinq minutes (06/05)

La découverte d'or en Californie, l'année suivante, jeta 50 000 personnes sur la piste ! Le bac des Mormons eut bientôt plusieurs concurrents. Tous disparurent en 1851, lorsqu'un Jean Baptiste Richard mit en service un pont 40 kilomètres au sud de la future Casper. L'affluence, et son quasi monopole, permirent d'amortir l'ouvrage dès la première année. C'était heureux : au printemps suivant, la crue l'emporta. L'année suivante, Richard bâtit un nouveau pont, une trentaine de kilomètres plus haut sur la rivière.

En 1859, meilleur ingénieur ou mieux pourvu en capital, Louis Guinard déboursa 30 000 dollars pour construire un ouvrage concurrent, une dizaine de kilomètres en amont : long de 300 mètres et large de 4, son tablier s'appuyait sur 28 piles stabilisées par des caissons remplis de rochers. Il installa sur la rive droite logement, magasin, forge et péage. Une partie des émigrants, pour éviter les dunes de la rive gauche, traversait successivement les deux ponts : chaque passage coûtait de 1 à 5 dollars, selon la hauteur de l'eau et la longueur de la file d'attente. La diligence, puis le Pony Express, évincé par le télégraphe en moins d'un an, s'installèrent à côté de Guinard. Richard n'aimait pas la concurrence : il acheta le pont de Guinard en 1864.

pont de Guinard

Seule la partie sud du pont de Guinard, brûlé par les indiens au départ des soldats, a été reconstruite. (06/05)

Chaque année, depuis 1849, plusieurs dizaines de milliers d'émigrants quittaient les rives du Missouri pour l'Oregon ou la Californie. Leurs animaux de trait, de selle, de ferme mangeaient l'herbe, buvaient l'eau des mares. Meubles abandonnés pour alléger l'équipage, chariots hors d'usage, vestiges de leurs campements jonchaient la Prairie. Là où il y avait eu de l'herbe, leur piste, large de plus d'un kilomètre, n'était qu'une longue bande de poussière.

ornière

Près de Guernsey, Wyoming, l'ornière taillée dans un banc rocheux pour le passage des chariots en route vers l'Oregon et la Californie (06/05)

Quarante millions de bisons, principale source pour les tribus des Plaines de nourriture, de peaux pour leurs tipis et leurs couvertures, d'os pour leurs outils et leurs armes, vivaient sur ces immenses herbages. Depuis des millénaires, ces animaux nomades s'étaient déplacés sans contrainte. Le troupeau déconcerté se scinda en deux bandes, l'une au nord, l'autre au sud de cette zone étrange où il n'y avait rien à brouter.

Shoshones, Apsarokas, Lakotas, Cheyennes, Arapahos, malgré le traité de 1851, la reconnaissance mutuelle de leurs réserves, les annuités de vêtements, de matériel et de nourriture, étaient inquiets. L'intrusion des pionniers, même si la plupart se contentaient de passer, l'implantation militaire, si dispersée fut elle, signalaient les myriades qui se pressaient dans l'Est. Plusieurs chefs, invités à Washington, y avaient découvert un monde bien différent du leur, qui laissait présager de profonds changements dans leur vie quotidienne. Connectée le 24 octobre 1861, la ligne du télégraphe transcontinental, incompréhensible magie dont les fils chantaient dans le vent et les poteaux amplifiaient le bourdonnement des communications, devint une cible facile pour les jeunes guerriers. En juin 1862, le lieutenant-colonel William Collins, commandant à Fort Laramie, envoya une soixantaine d'hommes au pont de Guinard pour protéger le "fil qui parle". Le poste contrôlerait plusieurs détachements éloignés : leur rôle serait plus souvent de réparer la ligne que de la protéger.

pile

Ancêtre de nos minuscules accumulateurs, une pile galvanique utilisée par le télégraphe (06/05)

Quelques semaines plus tard, au Minnesota, un jeune guerrier, mis au défi de prouver sa bravoure, assassina deux Américains. A contre-coeur, le chef de la bande s'engagea dans la guerre. En quarante jours d'hostilités, plusieurs centaines de gens moururent. L'ordre revenu, les tribunaux militaires condamnèrent hâtivement à mort trois cents Sioux dakotas. Abraham Lincoln usa de son droit de grâce, mais trente huit furent pendus. La rage au coeur, les rescapés les plus énergiques s'en furent rejoindre leurs cousins des Plaines.

En 1864, deux évènements vinrent ajouter à la colère : 1500 émigrants transitèrent vers les mines d'or du Montana sur une piste ouverte par John Bozeman et John Jacobs à travers les giboyeux territoires du Wyoming sans le consentement des tribus. Nouvelle intrusion. Le massacre de Sand Creek mit le feu aux poudres !

Ancien pasteur méthodiste, héros de la Guerre de Sécession, John Chivington, pourtant fervent abolitionniste, était un farouche ennemi des peaux-rouges. A l'aube du 29 novembre 1864, il conduisit une milice à l'attaque d'un camp de Cheyennes pacifiques. Leur vieux chef, Black Kettle, croyant à une erreur, agitait en vain un drapeau de l'Union. Ce fut une épouvantable boucherie, marquée d'atrocités inutiles. Dans les Plaines, survivants, cousins et amis ne pensèrent plus qu'à venger leurs morts. L'hiver n'est pas propice à la guerre. L'été, comme chaque année, les bandes se regroupèrent pour les cérémonies d'initiation et les danses sociales, mais d'autres préoccupations rongeaient l'âme des guerriers.

Platte Bridge Station

Platte Bridge Station, telle que la connut Caspar Collins (08/88)

Au pont de Guinard, le cantonnement, d'abord nommée Mormon Ferry, puis Platte Bridge Station, était le siège d'allées et venues permanentes : la petite garnison s'efforçait de maintenir le télégraphe en service ; les détachements éloignés étaient ravitaillés par chariot. Le 25 juillet 1865, vingt-quatre soldats et un sous-officier revenaient d'une de ces expéditions ; deux officiers cheminaient avec eux, en route vers Fort Laramie. Le danger était latent : à la nuit, ils décidèrent de pousser jusqu'au poste et incitèrent le sergent Custard à faire de même. Mais les mulets étaient fatigués, et Custard préféra camper. En arrivant au fort, puis plusieurs fois pendant la nuit, le lieutenant Bretney demanda au commandant du poste, Martin Anderson, d'envoyer des renforts. Celui-ci ne se décida qu'au matin !

Les deux jours précédents, les indiens avaient multiplié les provocations et tenté d'attirer des soldats dans un guet-apens. Au loin, la caravane apparut : Anderson fit tirer un coup d'obusier pour prévenir du danger et envoya le lieutenant Caspar Collins, à la tête d'une trentaine de cavaliers, renforcer le convoi. Ils n'avaient pas fait deux kilomètres qu'ils étaient assaillis par deux mille Sioux et Cheyennes, restés dissimulés dans les ravines. Bretney, avec dix hommes, s'était posté en couverture sur la rive nord : leur feu nourri créa une diversion suffisante pour permettre la fuite. Cinq cavaliers ne revinrent pas : un survivant raconta avoir vu Caspar Collins, entraîné au milieu des indiens par son cheval emballé, une flèche plantée dans le front, la bride entre les dents, un revolver dans chaque main ! Il avait 20 ans.

écuries

Les écuries (06/05)

De sa position, Custard ne pouvait voir l'embuscade. Alerté par le tir d'obusier, il envoya cinq éclaireurs, bientôt coupés de la colonne. Trois survécurent. Le reste du détachement, à l'abri des caisses des chariots, des carcasses des chevaux morts, combattit plus de quatre heures avant d'être exterminé. Le lendemain, plus un peau-rouge n'était en vue dans la région.

Les indiens avaient changé d'attitude : les rebellions locales se transformaient en résistance organisée : renforcée, la garnison de Platte Bridge fut portée à près de 500 hommes. Quelques mois après la bataille, un ordre de la région militaire donna au poste le prénom du lieutenant : il y avait déjà un Fort Collins au Colorado. La ville de Casper, fondée en 1888, perpétue l'erreur de copie dans le prénom de l'officier.

L'arrivée au Wyoming du chemin de fer transcontinental, longé par une nouvelle ligne de télégraphe, la fondation de Cheyenne en 1867, modifièrent les besoins de l'armée. Fort Caspar fut démantelé pour construire Fort Fetterman, au nord de l'actuelle Douglas. Celui-ci ne dura guère : l'année suivante, Red Cloud gagna la guerre et obtint la fermeture de tous les postes militaires de la région.

Chambre d'officier   Baraquement des soldats

Chambre d'officier (06/05)

Baraquement des soldats (06/05)

Des fouilles archéologiques, des croquis qu'avait fait Caspar Collins permirent de retrouver l'implantation, l'usage et la physionomie des installations de Platte Bridge Station. Reconstruites en 1936, ses cabanes de rondins, avec leurs pièces décorées pour leur fonction exacte, sa taille réduite en font un site des plus agréables.

Le mess   La forge

Le mess (06/05)

La forge et ses outils : soufflet, tenailles, enclume et bac de trempe (06/05)

Le musée, ou "Interpretive Center", rénové en 1993, ne fait qu'ajouter au charme des lieux : il possède quelques superbes pièces, certaines assez inhabituelles, qui valent la visite à elles seules. Il est ouvert toute l'année. La visite des baraquements n'est autoriséee qu'en été.

pointes de flèches   Coiffe traditionnelle

Magnifique collection de pointes de flèches (06-05)

Coiffe traditionnelle des indiens des Plaines (06/05)

COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

Accès depuis l'aéroport régional le plus proche :

  • Casper situé à 11 km à 0.5 heure(s) de route.

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