Monument Valley Tribal Park - Goulding's Lodge - The View Hotel


Situation


Monument Valley ! Un endroit dont on rêve, sans parfois même en connaître le nom, tant on l'a vu dans les westerns, la publicité, et même un film qui semblait n'avoir rien de commun : le Peuple Migrateur. C'est ici que John Wayne cherche sa nièce, Natalie Wood, dans La Prisonnière du Désert, que Charles Bronson se venge de Henry Fonda dans Il était une fois dans l'Ouest, et que le même Henry Fonda rencontre Walter Brennan (Old Man Clanton) au début de La Poursuite infernale. Avant ceux-ci, mais onze ans après The Vanishing American, tourné en 1925 par George Seitz, Stagecoach (La Chevauchée fantastique) avait propulsé John Wayne vers la célébrité et révélé l'existence de Monument Valley au monde occidental.

Stagecoach

De gauche à droite : Claire Trevor, John Wayne, Andy Devine, John Carradine, Louise Platt, Thomas Mitchell (Oscar du meilleur acteur dans un second rôle), Berton Churchill, Donald Meek, George Bancroft (05/08)

La pureté dépouillée du décor, ses couleurs chaudes, l'étrange harmonie des falaises, des buttes et des pitons rocheux subliment l'action, le jeu des acteurs et mettent les nouveaux produits en valeur : Monument Valley est devenu un symbole de l'Ouest américain ! C'est si vrai que lorsqu'on vient du village de Mexican Hat par l'US 163, et que l'on voit, au loin, se profiler la ligne des mesas et des buttes, on jubile : "Ca y est ! Je suis en Amérique !".

depuis mexican hat

Au bout de 25 km de route presque droite, Monument Pass, vue de l'est. Lorsqu'on vient de Tuba City et Kayenta, à l'ouest, le spectacle est presque inexistant (09/83)

La route d'accès, à l'est de l'US 163, s'élève d'une quinzaine de mètres avant de s'arrêter au bord d'une falaise, d'où l'on découvre le paysage le plus célèbre de la Vallée des Monuments : les Mitaines et Merrick Butte. La teinte des roches chargées de rouille change selon l'heure, du mauve au rose, à l'orange, au rouge sombre, au brun... Lorsque les rayons du couchant jouent avec les ombres, on entre en contemplation... ou l'on est pris de frénésie photographique.

The Mittens

The Mittens (05/08)

A cheval sur la frontière de l'Utah et de l'Arizona, Monument Valley est dans la réserve des Navajos : parc tribal depuis 1958, le site est exploité par les indiens. Comme dans toute la réserve, la consommation d'alcool y est interdite et, si les tables de Artist Point sont accueillantes aux pique-niqueurs, il ne s'agit pas d'y sortir une bière de la glacière ! Les indiens paraissent parfois taciturnes, peu accueillants, et donnent à certains visiteurs l'impression d'être des intrus. Cette attitude, liée à des codes culturels, tend à changer avec les nouvelles générations : la politesse traditionnelle veut, par exemple, que l'on ne regarde pas quelqu'un droit dans les yeux.

La vue du bord de la falaise est gratuite, mais il faut donner cinq dollars par personne (en 2010) au "Visitor Center" pour aller plus loin : lorsque le sol n'est pas détrempé, on peut descendre avec sa voiture vers un circuit dont on obtient la carte en achetant son billet. La route de terre de 27 kilomètres passe au pied de West Mitten Butte, Merrick Butte, Elephant Butte, tourne entre Rain God Mesa et Thunderbird Mesa, puis revient vers Artist Point et North Window le long de Spearhead Mesa.

sous la pluie

Ce jour-là, seuls les pick-up des guides navajos étaient autorisés à descendre (06/95)

L'un des arrêts obligatoires, souvent à l'honneur sur guides et dépliants, est John Ford Point. Cet éperon rocheux est devenu un emblème du western classique : poste d'observation de John Wayne dans la Prisonnière du Désert, Richard Widmark y vient avec son escadron à la poursuite des Cheyennes en fuite. John Ford aimait y installer sa caméra et les indiens ont donné son nom au promontoire.

cavalier navajo

Pantalon noir, chemise rouge, stetson cerclé de conchas d'argent, l'homme sur le cheval à la robe sombre, Merrick Butte à l'arrière-plan : une photo mythique (05/08)

Quelques mètres en arrière du belvédère, attachés à la barrière d'un corral, des chevaux endormis attendent le promeneur. L'un, harnaché plus richement que ses voisins, est celui d'un Navajo célèbre et anonyme, au rôle indispensable : pour quelques dollars, il enfourche sa monture et trotte jusqu'à John Ford Point, où il donne vie à la photo. Lorsque le premier titulaire prit sa retraite, sa fille le remplaça quelque temps. Lors de notre dernier passage, en 2008, c'était à nouveau un homme.

Dineh   Artist's Point

Dineh, ou Diné, signifie "le Peuple", en navajo (05/08)

La flèche de Artist's Point, vue de North Window (05/08)

Yei Bi Chei

Yei Bi Chei : littéralement, une rangée de danseurs au pouvoir surnaturel capable de soigner. A droite, Totem Pole dépasse 180 mètres de haut : le monolithe est supposé concentrer l'énergie des prières et faire venir la pluie (09/83)

Plus authentique, on rencontre parfois un berger à cheval et ses moutons. Autrefois, on voyait, au bord de la piste, une femme en tenue traditionnelle occupée à tisser sur un métier rustique l'une des célèbres Navajo rugs, couvertures et tapis de selle dont le prix en fait rencontrer plus souvent aux murs des maisons riches que sur le dos des chevaux.

le circuit   le circuit

Voitures particulières sur le circuit libre, le long de Rain God Mesa en (05/08)

Pick-up pour une visite accompagnée (05/08)

 

East Mitten Butte   Three Sisters

East Mitten Butte (05/08)

Three Sisters (05/08)

Pour un dollar, on la prenait en photo. Aujourd'hui, pour être sur d'assister à ce spectacle, mieux vaut s'offrir un tour guidé par les Navajos. Le prix varie de 45 à 120 dollars par personne : pour 60 à 70 $, une visite de plusieurs heures permettra d'entrer dans un hogan, maison traditionnelle où fonctionne désormais le métier à tisser, et d'aller voir des arches, des ruines et des pictogrammes anasazis, inaccessibles par le circuit libre.

hogan moderne   hogan traditionnel

Au pied de la falaise, un hogan moderne préfabriqué (05/08)

A l'entrée du parc, un hogan traditionnel (05/08)

Certains tours proposent, combinée ou non à celle de Monument Valley, une visite de Mystery Valley, à l'ouest, où sont d'autres arches, d'autres ruines, d'autres pétroglyphes, d'autres paysages.

Lorsqu'elle fut créée, en 1868, la réserve des Navajos occupait 14 000 km². Plus peuplé, plus actif auprès du Bureau des Affaires Indiennes que les tribus voisines, le Dineh a réussi à en faire quadrupler la surface. Les contours en ont été modifiés plusieurs fois, pour rendre leurs terres aux Hopis, bien plus anciens dans la région, évincer Utes et Païutes, repoussés vers le nord ou, à la suite d'un troc, céder l'emplacement de la ville de Page, née pour construire le barrage de Glen Canyon.

Une bande au sud-est de l'Utah resta longtemps litigieuse : en 1921, des terrains fédéraux y furent ouverts à la colonisation. Peu de blancs auraient imaginé de s'installer dans ce désert, mais Harry Goulding, frappé par sa beauté exceptionnelle, y acheta une parcelle de 250 hectares et, en 1924, vint s'y installer avec sa jeune épouse. Dans ce climat aride, leur troupeau de moutons et le commerce avec les indiens suffisaient à peine à les faire vivre. Quelques années plus tard, un nouvelle extension de la réserve annexa leurs terres et leur trading-post, mais ils avaient eu le temps de gagner l'estime des indiens, et personne ne leur demanda de partir.

monument valley

L'eau au pied des buttes (09/83)

Lorsque frappa la Grande Dépression, la vie devint difficile pour tous. D'année en année, la situation empirait. En 1937, le couple apprit que John Ford s'apprêtait à tourner un western à gros budget. Leurs derniers dollars en poche, ils prirent la route pour Hollywood, décidé à convaincre le réalisateur de prendre pour décor la Vallée des Monuments. En voyant les photos, Ford décida immédiatement : le paysage était exceptionnel, inconnu du public et très éloigné des producteurs. Quelques jours plus tard, malgré l'absence de routes goudronnées, acteurs et techniciens débarquaient chez les Goulding. Il leur fallut tout amener, installer, souvent improviser. On logeait sous la tente, et les sanitaires étaient inexistants : Harry Carrey Jr raconte que, lors du tournage de La Charge héroïque, 11 ans plus tard, la seule douche était un bidon percé de trous alimenté par un tuyau ! Mais Leone "Mike" Goulding faisait la cuisine, et le paysage inspirait acteurs et réalisateur...

Harry Goulding

Harry dans son trading-post. Son chapeau n'était pas un déguisement ! (05/08)

La Chevauchée Fantastique parut sur les écrans en 1939, aux USA et en Europe, à l'exclusion de la Russie communiste et de l'Allemagne nazie. Sept fois nominé aux Oscars, le film en obtint deux ! John Ford revint pour huit autres westerns. Dans le désert comme aux studios, il payait au tarif syndical : tout le monde profita de cette manne, y compris les Navajos déguisés en Apaches ! Le paysage attira les premiers touristes. Bientôt, huit bungalows succédaient aux tentes. A nouveau agrandi, l'hôtel resta longtemps le seul proche du parc tribal. Les baies du restaurant, les fenêtres des chambres, toutes ouvrent sur le décor des buttes à la couleur changeante. Des promenades guidées emmènent les touristes vers des endroits connus des seuls indiens. L'hôtel dispose d'un petit aéroport privé, mais n'organise pas de vols touristiques : pour voir la Vallée des Monuments d'avion, il faut chercher dans les villes assez lointaines, comme Blanding, Moab, Phoenix ou Las Vegas; d'hélicoptère, à Vegas ou au Grand Canyon; en montgolfière, à Kayenta.

Goulding's Lodge

Gentil spectacle, pour le petit déjeuner ! (05/08)

Goulding's Lodge conserve de nombreux souvenirs de ces années de cinéma : adossée à la falaise, une ancienne remise à pommes de terre, transformée pour la Charge Héroïque en quartiers du Capitaine Brittles (John Wayne), attire les nostalgiques du western classique. Juste devant elle, l'ancien trading-post a été transformé en musée.

Goulding's Lodge Goulding's Lodge

Les quartiers de Nathan Brittles où, chaque matin, lorsqu'il vient au rapport, le sergent Quinncannon, interprété par Victor McLaglen, boit subrepticement à la bouteille de whisky du capitaine (05/08)

 

Goulding's Lodge   Goulding's Lodge

Indispensable diligence, sur les lieux du tournage de Stagecoach ! (05/08)

Le magasin était au rez-de-chaussée. Harry et Mike vivaient au premier. Ils ne purent construire ce bâtiment que sept ans après leur arrivée. Jusque là, ils avaient couché sous la tente : à 1600 mètres d'altitude, les hivers ne devaient pas être confortables (05/08)

 

Goulding's Lodge   Goulding's Lodge

Artisanat amérindien : certaines pièces sont récentes, d'autres très anciennes (05/08)

La balance en laiton, gage d'honnêteté (05/08)

Malgré les modernisations successives, les 62 chambres de Goulding's Lodge étaient loin de suffire pour des millions de visiteurs : on logeait à Tuba City, Kayenta ou Mexican Hat, qui totalisent une douzaine de motels. En 2009, un nouvel hôtel ouvrit à l'est de l'US 163. Perché au bord de la falaise, toutes ses fenêtres ouvrent sur les Mittens ! Sa propriétaire, qui a des ancêtres dans la tribu, l'a nommé The View Hotel. Il a 95 chambres et un restaurant : mieux vaut réserver à l'avance !

Goulding's Lodge   The View Hotel

Goulding's Lodge (05/08)

The View Hotel, pendant sa construction (05/08)

Les reliefs de Monument Valley sont une affaire de géologie, de climat et de temps. Imaginez une lame de verre entre deux journaux. Appuyez au centre : les feuilles se déforment, la vitre se brise mais, retenus par le papier, ses fragments ne se dispersent pas. C'est à peu près de cette manière que commence la Vallée des Monuments : de multiples fissures s'ouvrent dans une couche de grès profondément enterrée entre des terrains plus souples, alors que ceux-ci s'adaptent. La pression ne vient pas du dessus, mais de l'est, où naissent les Montagnes Rocheuses. A l'ouest, une autre chaîne de montagnes empêche un déplacement horizontal : de Canyonlands au nord de l'Arizona, un long pli se soulève.

Les siècles passent. De nouveaux sédiments s'accumulent puis, il y a 25 millions d'années, le Plateau du Colorado est lentement soulevé de près de 3000 mètres. Le cours des rivières change. D'énormes volumes de roche sont entraînés vers l'océan. Au sommet du pli, l'eau atteint le grès qui formera les falaises. On est en pleine période glaciaire : le temps est beaucoup plus humide et froid. Le ruissellement entre dans les fissures et commence à y frayer son chemin. Sous la roche dure, elle rencontre des molasses beaucoup plus tendres, dans lesquelles elle pénètre facilement. Les sources nées des infiltrations dans le grès sapent la base des falaises. Lorsque suffisamment de terre est partie, désolidarisé par le gel des hivers, un pan de falaise s'effondre. Les fissures deviennent crevasses, puis canyons.

monument valley

Géologie : une baume se forme dans Rain God Mesa. Détachée par le gel, privée de support, la roche s'est effondrée. La couleur rouge est due aux oxydes de fer, les coulées sombres, nommées "vernis du désert", aux oxydes de manganèse (05/08).

Sous les molasses, une couche plus dure, homogène, presque horizontale est délavée en surface, sans qu'apparaisse de lits profonds. Les canyons s'élargissent au point que le paysage semble s'inverser : aujourd'hui, les formes apparaissent en relief et non plus en creux. Le processus géologique durent depuis plus de 50 millions d'années !

monument valley   monument valley

Entre falaise et talus, le joint du grès et des molasses (05/08)

Prêt à tomber ? Beaucoup d'années passeront encore... (05/08)

Ici ou là, pointent les vestiges d'anciens volcans, comme Algathla Peak, Chiastla Butte et Alhambra Rock, semblables à la cheminée de Shiprock.

Algathla Peak   monument valley

Algathla Peak en navajo, El Capitán en anglais ! C'est ainsi que les soldats de Kit Carson nommèrent cette cheminée volcanique. On connaît deux traductions de Algathla : "Beaucoup de laine", et "On y décharne les peaux". Il y eut ici des rassemblements de bergers (05/08).


Peu à peu, les buttes se transforment en flèches, les flèches en esquilles, les esquilles en sable, dont le vent fait des dunes lorsqu'un obstacle l'arrête (05/08)

L'endroit apparait sur les cartes du XIXme siècle sous le nom de Monumental Valley. Son nom navajo est Tsé Bii' Ndzisgaii, dont on connaît trois traductions. La plus fréquente est la "Vallée des Rocs" mais, pour l'Utah, le nom semble manquer de précision ! Une autre serait "Les Rocs changeants", peut-être à cause des teintes si variables avec la lumière. La troisième, moins souvent citée, est pourtant la plus descriptive : les "Clairières au milieu des rochers". Beaucoup de noms des reliefs, traduits ou non, proviennent de la langue des Navajos. Ce n'est le cas ni de Merrick, ni de Mitchell : ces deux prospecteurs à la recherche d'une mine d'argent furent assassinés par les indiens, peut-être parce qu'ils l'avaient trouvée.

La parc tribal est accessible tous les jours de l'année. La foule afflue tout l'été, malgré des températures parfois supérieures à 30° C. En hiver, elles peuvent descendre en-dessous de 0, et la région est beaucoup plus calme !

harry mike goulding


Site officiel : http://www.navajonationparks.org/htm/monumentvalley.htm


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