
Dans un rayon de 15 kilomètres, cinq sites mal connus offrent des paysages spectaculaires, au croisement des routes venues des quatre points cardinaux, à une petite cinquantaine de kilomètres d'un lieu très attirant : Monument Valley !

Mexican Hat et sa région
Une quarantaine de kilomètres à l'est de ce chef d'oeuvre de la Nature, au bord de la rivière San Juan, Mexican Hat propose aux voyageurs les derniers restaurants et motels avant le parc. Le nom du village provient d'un gros rocher dont la forme évoque un sombrero, posé à l'envers sur un piton de grès. La couronne atteint près de 20 mètres de diamètre. A l'arrière-plan, une falaise au flanc gris s'incurve vers le bas, comme pour s'enfoncer sous le plateau. Le ruissellement y a creusé de profondes ravines parallèles, et mis au jour d'épaisses strates rouges, dont les pointes forment des motifs répétés et pourtant dissemblables : on lui a donné le nom de Navajo Rug. Entre les deux, frontière septentrionale de la réserve des Navajos, la San Juan enroule ses méandres.
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Trois kilomètres au nord du village, à l'est de l'US 163, le sombrero renversé dans les rayons du couchant (09/06) |
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Ni l'un ni l'autre de ces noms ne provient de l'époque espagnole, ni de la langue du Dineh. Hormis de rares missions, la présence espagnole s'arrêtait à Tucson, au sud, à la vallée du Rio Grande, à l'est. Aucune hacienda mexicaine ne vint jamais s'implanter ici, mais la présence du sombrero est tout de même attribuée à la jalousie d'un sorcier indien, dont la magie aurait pétrifié un vaquero amoureux de la jeune femme du vieil homme. La légende n'explique pas pourquoi ce malheureux garçon portait son chapeau sans dessus-dessous ! Le rocher, visible de plusieurs kilomètres, servit longtemps de point de repère : aujourd'hui, on s'en souvient surtout pour avoir marqué l'entrée du premier champ de pétrole exploité dans l'Utah, voici un peu plus d'un siècle.

Le flanc gris rayé d'ocre, dont les couleurs rappellent certains tissages traditionnels, explique ce nom de Navajo Rug, la Couverture navajo (05/08)
Le village s'appelait alors Goodridge, du nom du propriétaire du gisement. Preuve qu'à terme, l'extraction pétrolière n'est pas forcément néfaste à l'environnement, après avoir également été le siège d'une raffinerie d'uranium, le village changea de nom et se reconvertit dans le tourisme !
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Un chemin de terre passe au pied de la butte rocheuse et descend au bord de la rivière mais la vue sur le Mexican Hat Rock n'est pas plus spectaculaire pour autant ! (09/97) |
C'est tout près d'ici que John Wayne, filmé par John Ford passe la rivière dans La Charge Héroïque et la Prisonnière du Désert (06/95) |
Moins de cent habitants, après en avoir eu plus de mille, quatre ou cinq motels et deux ou trois restaurants dignes de ce nom font payer leur proximité avec Monument Valley. Les voyageurs venant du Canyon de Chelly, au sud, de Santa Fe, à l'est, de Arches et Canyonlands, au nord se retrouvent ici et, à la tombée du jour, les motels peuvent se remplir en quelques dizaines de minutes. Mais les prix ne sont pas plus bas à Kayenta, et c'est en arrivant de l'est qu'il faut découvrir Monument Valley, dont on voit peu à peu se dessiner le paysage au fil d'une route presque rectiligne pendant une quinzaine de kilomètres. Dans l'autre sens, la route monte sans presque rien révéler des formations rocheuses tant attendues, que l'on n'aperçoit qu'après les avoir dépassées : par l'est, on entre dans la "Vallée", alors qu'on en sort en venant de l'ouest.

Eclairage du matin (05/08)
Littéralement Cou de l'oie, nous dirions col de cygne, les Goosenecks sont des méandres presque fermés sur eux-mêmes. La série commence en aval du village, après le pont de l'US 163, mais le chemin du belvédère s'embranche sur l'Ut 261, sept kilomètres au nord. Une fois atteinte l'intersection, il reste à parcourir six kilomètres pour arriver au bord du plateau, d'où l'on domine les Goosenecks : les méandres sont si serrés que la rivière parcourt cinq fois plus de chemin qu'elle n'avance vers son embouchure dans le lac Powell. Belle aventure, la descente en raft de 90 kilomètres jusqu'au Lac Powell prend 2 à 4 jours, selon la force du courant, avec camping sur les berges : expédition réservée à ceux qui en ont le temps !

Goosenecks State Park : encore quelques siècles, et le courant coupera à travers la falaise. Le massif isolé deviendra une île, et le méandre abandonné un marécage, jusqu'à ce qu'il soit comblé par les éboulis. A l'arrière-plan, la silhouette d'Alhambra Rock (09/06)
Plus connu, plus rare aussi, le spectacle des Goosenecks n'a pas la grandeur des paysages de Valley of the Gods : il n'y a qu'une route à traverser pour passer de l'un à l'autre. Carrossable lorsqu'il n'a pas plu, le chemin de terre forme une boucle de 27 kilomètres dans la Vallée des Dieux. Une entrée prend sur l'Ut 261, au pied de la falaise, et l'autre sur l'US 163, quelques trois kilomètres au nord-est de son intersection avec la 261. Quel que soit le sens choisi, n'oubliez pas de regarder vers l'arrière : le spectacle est de tous les côtés !

Un des rares passages un peu délicats pour une voiture de tourisme, à cause des talus, la traversée de ce ruisseau peut devenir difficile pour n'importe quel véhicule lorsque son lit n'est plus à sec (09/06)
Même s'il faut franchir quelques ruisseaux à sec, Valley of the Gods n'a rien d'une vallée. C'est une plaine où se dressent buttes et lames de roche, témoins d'un plateau ancien érodé grâce à la pente entre Cedar Mesa et la San Juan toute proche. Un jour de semaine, en mai ou juin, on peut ne rencontrer personne ! Pureté du silence, de la lumière, des couleurs lorsque aucun mouvement, aucune carrosserie incongrue, aucun reflet sur un pare-brise, aucune voix n'influence la perception des sens...
"Je marche dans la beauté, prient les Navajos. La beauté est devant moi, la beauté est derrière moi, la beauté est au-dessus de moi. Je marche avec la beauté tout autour de moi."
Voici l'endroit pour couper le moteur, s'asseoir sur la terre nue et voir ce que l'agitation nous masque habituellement.
La piste passe entre entre les pans d'un long mur de grès, perché au sommet d'un talus couvert d'énormes blocs rocheux. Elle longe des pitons, parfois isolés, parfois réunis en faisceau. Elle s'ouvre sur une vaste plaine où, au printemps, la végétation éparse constelle d'émeraude l'ocre de la terre. Presque lissée par la distance, l'ombre des ravines de la Navajo Rug surprend.

Une des belles vues sur Valley of the Gods (09/06)
Certains rochers ont reçu un nom parfois évocateur, d'autres fois curieux.
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Lady in the bathtub, la Dame dans sa baignoire : elle a bien relevé ses cheveux pour ne pas les mouiller ! (09/06) |
De Gaulle and his Troops, De Gaulle et ses soldats : on aimerait savoir quelle pensée a présidé au choix de ce surnom (09/06) |
Après avoir vu la Vallée des Dieux du plancher des vaches, on peut, au prix de quelques kilomètres supplémentaires, la voir du ciel : il faut reprendre l'Ut 261 et se diriger droit sur la falaise de Cedar Mesa. Bientôt, la route aborde son premier lacet, où le goudron disparaît : l'escalade de Mokee Dugway commence.
Mokee, Moki, Mocky, plus souvent Moqui... Il faut regarder au sud : c'est le nom que donnaient les Espagnols aux Hopis et il resta en usage chez les Américains jusqu'au début du XXme siècle. Dugway, c'est la route en corniche. Jusqu'en 1958, on faisait le tour par Bluff : la jonction d'une mine d'uranium à Fry Canyon à la raffinerie de Mexican Hat finança le creusement de ce raccourci de près de 70 kilomètres. Bien que conçus pour des camions, les lacets ne sont peut-être pas de tout agrément aux longs camping-cars, qu'il faudra peut-être manoeuvrer dans les épingles à cheveux. C'est dans ces instants que l'on comprend le nom anglais de switchback pour les lacets : les véhicules de plus de 8,50 mètres ne sont pas recommandés.

Mokee Dugway : la photo date de 2006. Moins d'un an plus tard, de nouveaux autocollants rendaient les panneaux illisibles. Au printemps 2009, ils avaient été enlevés (09/06)
En quelques minutes, on s'élève de 330 mètres. Du dernier virage, élargi d'une aire où l'on peut s'arrêter, la vue s'étend sur toute la région, loin dans la réserve des Navajos. A l'ouest, on distingue Alhambra Rock et les reliefs de Monument Valley ; à l'est, les pitons et les barres de la Vallée des Dieux. C'est une des plus belles vues de la région.
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Mexican Hat Rock est sensiblement dans l'alignement de la route ainsi que, bien plus loin, Spider Rock, au fond du Canyon de Chelly (09/06) |
Valley of the Gods... Non, la photo n'est pas rayée ! Les strates donnent cette illusion (09/06) |
Au bord du plateau, une route de terre conduit à Muley Point, promontoire à la pointe occidentale de la falaise. Trop éloigné pour surplomber la San Juan, il domine les Goosenecks, et on aperçoit la rivière dans un alignement du canyon.

Mokee Dugway et Valley of the Gods sont masqués par le promontoire. Johns Canyon Road, plus claire sur le sol rouge, excite de nouvelles idées de découverte (06/09)
De l'Ut 261 à Muley Point, les huit kilomètres sont parfaitement carrossables pour une voiture ordinaire. On atteint d'abord une esplanade où, dès l'entrée, il faut tourner résolument à droite pour aller jusqu'au Muley Point. L'endroit est photogénique, et l'on peut s'arrêter un moment pour déambuler sur les dômes de grès, à la recherche de belles prises de vue.
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Au centre de la photo, l'oeil descend jusqu'à l'eau bordée de verdure (06/09) |
Le grès en ronde-bosse (06/09) |
Sur Cedar Mesa, l'Ut 261 mène vers Natural Bridges National Monument. Le paysages de conifères bas, pins pignons et genévriers sur fond de roche claire, n'a guère de saveur jusqu'aux superbes reliefs rouges de l'Ut 95.

Au loin, les mesas de Monument Valley sont parfaitement visibles. Un peu noyé dans le bleu du fond, Agathla Peak, à 50 kilomètres de Muley Point.
Temps minimum : 4h30
Site du Goosenecks State Park : http://stateparks.utah.gov/parks/goosenecks
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© et crédit photos : America dreamZ.
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