
Huit îles émergent du Grand Lac Salé : c'est le compte officiel ! Il date du relevé topographique de 1875, lors duquel la surface du lac était à 4212 pieds d'altitude : 1280,45 mètres. Il suffit pourtant que le niveau de l'eau baisse de 30 centimètres pour que ce nombre se réduise à sept : Stansbury Island devient alors une presqu'île. Parfois, un banc de sable vient s'intercaler entre deux îles pour n'en former plus qu'une, et leur nombre diminue encore.
Plusieurs étaient submergées à l'époque glaciaire. Jamais Antelope Island ne disparut complètement : chaîne de montagne du Basin & Range, son point culminant, Frary Peak, est à 6 597 pieds, 400 mètres au-dessus du niveau le plus élevé du lac Bonneville, il y a 16 000 ans. Pourtant, au sens propre, elle-même n'est plus, en temps ordinaire, qu'une presqu'île : ouverte en 1969, une route de onze kilomètres la relie à la terre ferme. Mais lorsque de hautes eaux, de 1982 à 1992, firent disparaître celle-ci, Antelope Island redevint inaccessible. Lorsque de telles circonstances se produisent, des bacs sont mis en service. Avant que des embarcations ne soient disponibles, on accédait à la pointe sud par un banc de sable immergé à faible profondeur, un long gué où les premiers éleveurs poussèrent leurs troupeaux ; avant les vaches, les animaux sauvages avaient emprunté le même chemin. La route actuelle mène à la pointe septentrionale où, après l'acquisition de 200 hectares, le state park fut créé en 1969. L'administration acheta le reste de l'île en 1981.
Antelope Island est, avec la plage de Saltair, contiguë à l'autoroute I 80, le seul parc régional du Grand Lac Salé. Longue de 24 kilomètres, large de 8, elle couvre plus de 100 km2. Le nord bénéficie d'un peu de civilisation : "Visitor Center" et son petit musée, administration du parc, port de plaisance, terrains de camping et plage de Bridger Bay, pour ceux que l'eau très salée n'effraie pas, ou qui ont la curiosité de s'y baigner.

Antelope Island se reflète dans l'eau du Great Salt Lake (07/03)
A peine engagé sur la route d'accès que voici déjà des raisons de s'arrêter : l'eau à l'apparence presque visqueuse, les oiseaux, avocettes, courlis, grèbes et mouettes de Californie, venus se gorger de minuscules crevettes et de larves de mouches d'eau saumâtre et, peut-être, au loin, un grand pélican blanc sur son chemin de Gunnison Island aux eaux claires des marais de Willard Bay.

Un vol de phalaropes : juillet est le mois où ils sont le plus nombreux (07/03)
Pour les géologues, l'île est un paradis : son épine dorsale est constituée d'une roche parmi les plus vieilles accessibles sur Terre, un gneiss âgé de trois milliards d'années, formé à l'époque où la croûte terrestre commençait juste à dessiner les premiers continents ! Il suffit d'un peu de marche pour le voir, là, comme si de rien n'était, vert sombre veiné de blanc, six cents fois plus vieux que le plus vieux des ancêtres de l'homme ! Cette formation géologique porte le nom de Farmington Canyon, mais ne cherchez pas sur l'île : le canyon est en face, dans les Wasatch. Quelques excroissances de gneiss descendent jusqu'au bord de l'eau : on en voit au bord de la route, sur la côte est. Mais la montagne a subi deux périodes de métamorphisme et celui-ci pourrait bien n'avoir "que" 1,7 milliard d'années.

La crête est faite d'une des roches les plus anciennes du monde : trois milliards d'années ! (07/03)
L'île recèle d'autres minéraux, de diverses époques : dolomies, ardoises, quartzite du début du Cambrien, conglomérats et diamictites. Presque partout, les 300 premiers mètres de pente sont couverts par les sédiments du lac Bonneville disparu : ceux-ci masquent les roches plus anciennes.
Du lac glaciaire subsistent, bien visibles si l'on prend un peu d'altitude, les terrasses formées sur ses rives à différentes époques, au gré du niveau de l'eau. La ligne la plus haute, à 1593 mètres, est nommée Bonneville. En aval, vers 1490 mètres, les terrasses "Provo" datent de l'époque où le niveau du lac se stabilisa, après s'être brutalement vidé d'un bon tiers de son eau ! La Bear River, alors affluent de la Snake River, fut détournée vers le lac par des coulées de lave : celui-ci déborda avec suffisamment de force pour rompre une crête, à l'endroit connu aujourd'hui sous le nom de Red Rock Pass, dans l'Idaho. L'échancrure libéra cent mètres de hauteur d'eau ! Cinq mille milliards de mètres cubes de liquide cherchaient une sortie : une rivière se forma pour quelques mois entre le lac et la Snake River. On a calculé son débit maximal à 420 000 m3 par seconde, trois fois celui de l'Amazone, 1500 fois celui de la Seine à Paris, si la comparaison signifie quelque chose ! Les énormes blocs de Massacre State Park, dans l'Idaho, roulés par le courant, gros comme de petites maisons, témoignent de la force du flot.
Profond d'environ 300 mètres, le lac Bonneville couvrait 52 000 km2, près d'un quart de l'Utah. Lorsqu'il s'assécha, 13 000 milliards de tonnes d'eau cessèrent de peser sur la croûte terrestre. Celle-ci se souleva lentement, comme on voit aujourd'hui s'élever le bouclier canadien, allégé du poids des glaciers continentaux : les terrasses d'Antelope Island sont une quinzaine de mètres au-dessus des terrasses correspondantes au flanc des monts Wasatch.
Le "Visitor Center" domine Bridger Bay, une anse bordée de sable presque blanc. On croit d'abord à des dépôts de sel mais, à l'examen, ces grains sont presque ronds, d'un à deux millimètres de diamètre et leur couleur persiste lorsqu'on veut les nettoyer. Le sable, ici, ne provient pas de la réduction de blocs en particules de plus en plus fines... Ces grains là naissent dans les courants du lac, de l'accumulation de cristaux de calcite autour d'un noyau formé par les déjections des crevettes. A l'exception de quelques vasières, toutes les plages du Lac Salé en sont couvertes. A cause de sa ressemblance avec des œufs de poisson, cette roche est nommée oolithes.
Malgré la proximité d'Ogden et de Salt Lake City, malgré ses 400 000 visiteurs par an, l'île reste sauvage. Outre les oiseaux migrateurs, l'aigle et le faucon pèlerin y vivent. On peut voir aussi blaireaux, coyotes, chats sauvages, cerfs mulets et pronghorns, mais l'attraction réside surtout dans une harde de bisons à demi sauvages. Les premiers furent amenés sur l'île en 1893 : dix-sept bêtes achetées par le fermier local. Elles s'y trouvèrent si bien qu'elles sont aujourd'hui six cents.

Dans la brume de chaleur, une harde de bisons est allé ruminer sur la vase (07/03)
Des enclos, sur le plateau au sud du "Visitor center", permettent de les rassembler, compter, trier, soigner, mais ces animaux vivent depuis toujours en liberté : on a de bonnes chances de les apercevoir depuis la route du sud, et même de rencontrer un promeneur solitaire, rêvant à Dieu des bisons sait quoi.
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Cette femelle solitaire allait à l'opposé de la harde ! (07/03) |
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Le réseau de routes, sur Antelope Island, est très limité : un raidillon, au pied duquel on voit parfois les dégâts de la dernière tempête, conduit au "Visitor Center". De là, une boucle mène à la plage de Bridger Bay, aux corrals et aux terrains de camping. Sur la rive orientale, une route conduit au ranch établi par Fielding Garr en 1848, l'année suivant l'arrivée des Mormons, où l'élevage dura jusqu'en 1981. Le state park en fit un musée. La route s'arrête aux deux tiers de l'île, dont la partie méridionale reste entièrement sauvage. Pour visiter vraiment, profiter de la Nature et des animaux, il faut prendre son temps et marcher : de nombreux chemins s'enfoncent dans la montagne et accèdent aux lieux les plus reculés.
Lorsque John Charles Fremont et Kit Carson explorèrent l'île, en 1845, les pronghorns y vivaient en abondance : les explorateurs firent bonne chasse, et bonne chère. C'est ainsi que Fremont, après s'être régalé d'antilopes, donna leur nom à l'île. Eradiquées par la chasse, elles furent réintroduites il y a quelques années.
Site officiel : http://www.utah.com/stateparks/antelope_island.htm
Temps minimum : 2 heures.
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© et crédit photos : America dreamZ.
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