
San Antonio est la deuxième ville du Texas pour le nombre d'habitants, si l'on excepte la métropole constituée par Dallas, Fort Worth et les communes attenantes, elle est la plus chargée d'histoire, la plus étonnante par son mélange de cultures, l'une des plus réputée des Etats-Unis, et pourtant parfaitement ignorée de la plupart des Européens.
C'est aussi la plus ancienne : en 1718, une expédition venue de Nouvelle-Espagne fonde là une mission, un presidio et un minuscule village, la Villa de San Antonio de Bexar, dont le nom usuel devient bientôt Bexar. Treize ans plus tard, la communauté est renforcée par l'arrivée de 55 hommes, femmes et enfants venus des Canaries. Il a fallu six mois pour les décider à ce long voyage. Plus de vingt meurent en route, mais ceux qui arrivent ajoutent 20% à la population du village : ils vont profondément contribuer à sa transformation. Il y a déjà deux missions à San Antonio, mais cette année-là, 1731, en voit naître trois autres : lors d'une tournée d'inspection, le général Pedro de Rivera y Villalon a jugé que les presidios du Texas oriental étaient fort peu utiles. Il en fait déplacer deux à San Antonio, ainsi que trois missions, avec leurs habitants civils.
Trente et un ans plus tard, une nouvelle circonstance historique, pourtant fort éloignée du Texas, va renforcer Bexar : en 1762, Montcalm est tué devant Québec. Les Français perdent la bataille des Plaines d'Abraham. L'année suivante, le traité de Paris marque la fin de la Guerre de Sept Ans : les Anglais y gagnent le Canada et tous les territoires français de la rive gauche du Mississippi, partie orientale de la Louisiane. La politique internationale transforme cette défaite en débâcle : Louis XV est dans l'obligation de céder la Louisiane occidentale à son cousin Charles III, roi d'Espagne.
Quarante ans après Rivera, le Marquis de Rubi, accompagné de l'ingénieur Nicolas de Lafora, inspecte à nouveau les postes frontières. A son retour, sa conclusion est que les postes avancés destinés à contenir une entrée possible des Français de Louisiane sur le territoire espagnol n'ont plus aucune utilité. Le danger, maintenant, ce sont les tribus nomades : pour mieux résister aux attaques régulières des Apaches et Comanches sur les troupeaux et les gens, il propose de concentrer les forts sur une ligne qui, au Texas, suivra le Rio Grande. Seuls deux postes avancés doivent subsister. Santa Fe au Nouveau-Mexique et San Antonio au Texas sont suffisamment importantes et prospères pour subsister.
Pourtant, en 1834, San Antonio, une des trois "grandes" villes du Texas, ne compte que 2 400 habitants. Renforcée depuis une dizaine d'années par l'arrivée d'Américains, Nacogdoches, sur les lieux mêmes qu'ont vidé successivement Rivera et Rubi, en a 3 500. L'indépendance du Texas, son entrée dans l'Union et l'immigration venue d'Europe vont modifier la taille et la composition de sa population : en 1860, San Antonio abrite 8 000 habitants, dont 1 500 sont d'origine allemande. En 1890, ils sont 49 000. Aujourd'hui la ville a un million d'habitants. Partout l'on sent l'influence des racines multiples qui l'ont marquée : Espagnols et Mexicains, Allemands, Américains, mais aussi Français, Irlandais, Polonais sans oublier la présence indienne venue du fond des âges. San Antonio est une ville différente !
L'un de ses attraits les plus renommés est le "River Walk". La rivière San Antonio décrit au milieu de la ville un grand méandre, long de quatre kilomètres et demi. Un projet proposé d'aménagement fut proposé en 1929. On borda la rivière de quais de 1939 à 1941. Dans les années 1970, restaurants, bars, hôtels et commerces vinrent s'y installer et sont aujourd'hui la source d'une plaisante animation.
Le long du "Paseo del Rio" (littéralement, la Promenade de la Rivière), on peut marcher, ou se promener en bateau à fond plat, en écoutant les commentaires d'un guide. Après la marche, comment résister au plaisir de s'asseoir à la terrasse d'un café, dans la pénombre des parasols? Comment ne pas entrer dans les magasins, dont les vitrines font tout pour retenir le chaland ? Comment ne pas s'appuyer à la balustrade d'un pont, et rêver en regardant passer sur l'eau verte le défilé des barges chargées de touristes, qui voguent doucement dans la lumière tamisée par les arbres ?
Lorsqu'on flâne dans les rues du centre-ville, on a l'impression de couper et recouper la rivière sans cesse : trente cinq ponts l'enjambent, tous différents. D'innombrables escaliers permettent de changer de descendre vers la rivière. Pour supprimer définitivement les risques d'inondation, un grand tunnel a été creusé sous la ville. Les commerces du Paseo del Rio n'ont désormais plus grand chose à craindre.
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The River Walk (El paseo del Rio)(03-12/99) |
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River Walk le soir (06/00)
En s'enfonçant vers l'ouest dans la vieille ville, on trouvera d'abord la Plaza de las Islas. C'était autrefois le centre de l'activité civile : citoyens éminents ou fortunés y résidaient. On y voit aujourd'hui la façade de l'imposant Palais de Justice, et celle de la cathédrale San Fernando, construite de 1738 à 1758, qui abrite une partie des cendres des combattants de l'Alamo. Ensuite, c'est Market Square, nommée Plaza de Armas à l'époque espagnole, où se trouvait le presidio. Le palais des gouverneurs, construit en 1749, y a été transformé en musée. Le terme de palais, lorsqu'on voit ce bâtiment massif et sans décoration, laisse imaginer de bien piètres logements pour ceux qui n'appartenaient pas à la classe supérieure. Les deux places ne sont séparées que par la longueur de la cathédrale : c'est dire combien, à l'origine, la bourgade était petite !
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La cathédrale San Fernando (12/99) |
Le Palais des gouverneurs (12/99) |

Le Palais de Justice (12/99)
En continuant vers l'ouest, on arrive à une grande place, Farmers Market Plaza. Au sud, elle est bordée par un quartier à l'ambiance typiquement hispanique, avec ses peintures vives, ses rues ombrées, ses magasins de souvenirs et ses restaurants "southwest", que nous appellerions "tex-mex" en France. La différence n'est pas que linguistique ! Préparée par des Mexicains d'origine, qui connaissent les produits et les recettes depuis des générations, cette cuisine semble avoir une saveur différente : chaque jour, les restaurants de San Antonio consomment un million de tortillas ! Jusqu'en 1943, on voyait sur la place de jeunes femmes vendre tamales et chile con carne, comme dans Zorro : les règlements sanitaires les obligèrent à fermer leurs boutiques ambulantes.
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Farmers Market Square (12/99) |
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La rive gauche de la San Antonio éveille d'autres souvenirs : les arbres d'une grande place dissimulent presque les murs de l'ancienne mission San Antonio de Valero, connue du monde entier sous les noms d'El Alamo, The Alamo ou, comme on l'a parfois appelée, Fort Alamo. Oui ! C'est ici que sont morts Davy Crockett, William Barrett Travis, Jim Bowie et 240 hommes, Mexicains, Texans et Américains, venus défendre l'indépendance du Texas contre la tyrannie centralisatrice du dictateur mexicain Santa Anna. Chaque année, le week-end le plus proche de l'anniversaire, des volontaires grimés tentent de faire revivre cet événement fondateur de la République du Texas, qui persiste dans la mémoire de tous les Américains.
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L'église de la Mission (03/99) |
Les volontaires en uniforme mexicain (03/99) |

L'ancien cloître (03/99)
Un long temps peut lpasse avant que la mémoire collective ne s'installe : après la bataille, les murs et les bâtiments qui pouvaient être utilisés à des fins civiles le furent. La ville progressa, rejoignit la mission, et ce n'est qu'en 1906 que les Filles de la République du Texas, qui s'affirment descendantes des combattants de l'Alamo, entreprirent de préserver le site. La photographie n'existait pas en 1836, et personne n'avait peint l'ancienne mission : celle-ci a été partiellement remise dans l'état où l'on suppose qu'elle était avant la bataille.
L'église est devenue un sanctuaire. Un bâtiment a été ajouté, qui vend livres, cartes postales et souvenirs. Dans les "long barracks", anciens logements des moines et quartiers momentanés des défenseurs de l'Alamo, on a installé un petit musée. A noter pour les historiens amateurs : un autre bâtiment contient les archives détenues par les Filles de la République du Texas. Il faut montrer patte blanche pour y avoir accès.

Mais si vous voulez vraiment voir l'Alamo telle qu'elle était, roulez 245 km vers l'ouest, jusqu'à Bracketville. C'est aussi la route qui conduit à Langtry et au Parc National de Big Bend. Quelques kilomètres au nord de Bracketville, Alamo Village a été construit par John Wayne pour la réalisation de son film sur la bataille.
San Antonio de Valero n'était que la première de cinq missions, disposées en quinconce de part et d'autre de la rivière en aval de la ville, au long d'une route de 17 kilomètres. Deux d'entre elles furent fondées à San Antonio : San Valero et San Jose. Les trois autres, venues du Texas oriental, sont San Francisco de la Espada, San Juan de Capistrano et Concepcion. Reconstruites depuis les années 30, elles constituent une véritable attraction en elles-mêmes.
Quelques centaines de mètres au sud de l'Alamo, à l'angle du méandre de la San Antonio, la "Villita", initialement le "faubourg", qui existait bien avant 1836 (c'était initialement le quartier des soldats du presidio), est devenu un agréable quartier de galeries d'art.
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La Villita (06/00) |
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San Antonio n'est pas constituée que de "vieille" Histoire : dans l'ombre de rues souvent trop étroites pour la hauteur des immeubles, les façades travaillées, qui datent presque toutes de la fin du XIXme et du début du XXme siècle, les décors aux couleurs chatoyantes, les fioritures d'un style qui semble unique ont fait classer la vieille ville espagnole parmi les plus attractives des Etats-Unis et, selon l'avis de certains, du monde entier.
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El Alamo (12/99) |
Banque de la fin du XIXme siècle (12/99) |

Ponceau au pied des grands immeubles (12/99)
Même en affectant la décontraction, l'esprit américain est là : San Antonio possède un très grand zoo, et surtout le plus grand aquarium d'eau de mer des Etats-Unis, le Texas Seaworld où, à 240 kilomètres de la mer, on peut voir jouer des orques.

Modernisme ? (06/00)
On aime s'amuser à San Antonio : les fêtes sont fréquentes. La plus importante, Fiesta San Antonio, dure 10 jours, pas moins ! A chaque mois d'avril, elle est l'occasion d'une parade de barges fleuries animées par des musiciens, de présentation de robes anciennes, de l'élection du roi Antonio, de la reine des adolescentes et de la reine de l'ordre de l'Alamo, et d'une grande bataille de fleurs. On s'y écrase sur la tête des coquilles d'oeufs remplies de confettis, les "cascarones" et plusieurs soirées à la Villita, nommées "A Night in Old San Antonio", sont consacrées à écouter des musiques folkloriques en mangeant les mets assortis. Si San Antonio attire six millions de touristes par an, ce n'est pas sans raison.
Temps minimum : 1/2 journée (hors missions)
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