
En comparaison des châteaux forts du moyen âge, de leurs hauts murs de pierre crénelés, de leurs redoutes et leurs donjons, le Fort des Parker semble une construction dénuée d'importance. Pour la dizaine d'hommes qui l'ont construit, il représente quatre mois de labeur, avant de pouvoir enfin travailler leurs champs, et sa fonction est bien celle d'un château fort : c'est là qu'abandonnant momentanément leurs cultures, ils viendront se réfugier en cas d'attaque des indiens.
En 1834, le Texas a 26 000 habitants sédentaires, et une dizaine de milliers d'indiens "sauvages". John Parker l'Ancien est venu de l'Illinois, accompagné de ses fils, de ses gendres, et de quelques autres familles : 38 personnes en tout, 16 familles et quelques adultes célibataires. Ils ont cherché une terre arable et se sont installés une centaine de kilomètres à l'ouest du poste le plus occidental, Fort Houston, proche de l'actuelle Palestine. Les Parker ne sont pas à proprement parler en territoire indien : aucune tribu ne réside ici, ni même à proximité. Mais les incursions des Comanches et des Kiowas, venus de l'ouest, vont parfois jusqu'à la côte : l'avant-poste des Parker y est particulièrement exposé.
Là où il n'y avait que la Prairie, coupée de bouquets d'arbres et de ruisseaux, ils ont ouvert des champs, et bâti quelques cabanes où ils dorment parfois, lorsque la journée a été trop rude pour rentrer. Mais le fort est le centre de vie : les maisons, de simples constructions de rondins, s'appuient sur la face intérieure d'une palissade de pieux, renforcée de deux tours d'angle surmontées de fortins. En cas d'attaque, on parquera les bestiaux dans la cour et on se tiendra aux meurtrières, le fusil armé, prêts à se défendre si les assaillants déclenchent les hostilités.
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Tour d'angle (06/00) |
Depuis un fortin, la cour et les cabanes de rondin (00/06) |
Au printemps 1836, un autre danger menace : voulant mettre fin définitivement à l'agitation indépendantiste des Texans, le général Santa Anna, président de la République mexicaine, est entré au Texas avec 7 000 hommes. Il a investi l'Alamo, massacré sa garnison, et quelques semaines plus tard, fait exécuter sans nécessité 400 prisonniers désarmés à Goliad ; puis il s'est mis à la poursuite de l'armée révolutionnaire texane qui, faible en hommes et désorganisée, semble fuir devant lui.
Le fort, suffisant pour contenir des indiens, ne résisterait pas un instant à une armée aguerrie dotée d'artillerie. Comme la grande majorité des habitants, le clan Parker a d'abord reflué en direction de la Louisiane, l'Etat américain le plus proche ; puis, apprenant la victoire de Sam Houston et la capture de Santa Anna, les Parker sont rentrés chez eux. Leur premier souci est de rassembler le bétail égaré et de s'occuper des champs. Les femmes remettent leurs maisons en route. Chacun est à sa tâche, et il n'y a au fort qu'une demi-douzaine d'hommes, les femmes et les enfants, lorsque se présente un groupe de plus 500 indiens, Comanches et Kiowas.
Benjamin Parker, le fils du vieux John essaie de parlementer. Il est tué et scalpé. La porte du fort est restée grande ouverte. Plutôt que d'y chercher refuge, chacun tente de rejoindre les hommes aux champs. La confusion est grande : les Américains essayent de sauver leur peau, individuellement ou en petits groupes ; les indiens agissent selon leurs impulsions. Ils ne semblent même pas avoir pour objectif de razzier le fort : quelques hommes, revenus le lendemain, pourront rassembler suffisamment de chevaux pour fuir. Outre ceux-ci, vingt et une personnes, dont dix-neuf femmes et enfants, réussiront à joindre Fort Houston, après six jours de marche presque sans nourriture. En plus de Ben Parker, quatre hommes ont été tués alors qu'ils protégeaient la fuite des femmes et des enfants.
Trois gosses, Cynthia Ann Parker, son frère John, et James Pratt Plummer ont été enlevés, ainsi que deux femmes adultes, Rachel, la mère de James, enceinte de trois mois, et Elizabeth Kellogg. Cette dernière, vendue de tribu en tribu, sera rachetée aux Cherokee par Sam Houston après six mois de captivité. Pour Rachel Plummer, l'épreuve dure plus longtemps : mise en esclavage par les Comanches, elle voit son nouveau-né massacré quelques semaines après sa naissance. Un marchand de Santa Fe verse sa rançon 18 mois après sa capture. Son fils James restera plus de six ans chez les indiens avant d'être racheté à son tour.
John et Cynthia Ann Parker furent élevés par les Comanches. Si ceux-ci pouvaient être cruels, ils aimaient les enfants qu'ils adoptaient, et les élevaient comme les leurs : de nouveaux membres renforçaient la tribu, à une époque où la vie dangereuse et les maladies contagieuses venues d'Europe, contre lesquelles les indiens étaient peu ou pas immunisés, rendaient la mortalité élevée et même augmentaient la stérilité. John devint un guerrier, quitta la tribu, servit dans l'armée confédérée et termina sa vie au Mexique. L'histoire de sa soeur est célèbre : elle avait neuf ans lors de l'attaque. N'ayant d'autre choix, elle s'intégra dans la bande des Noconis. Le temps venu, elle épousa Peta Nocona, leur chef.
Les expéditions incessantes des Comanches, ruineuses et meurtrières, gênaient les Américains, comme autrefois elles avaient gêné les Espagnols, puis les Mexicains. En 1860, une troupe constituée de rangers, de dragons et de civils se lança à leur poursuite. Les hommes rejoignirent les Noconis près des sources de la Pease River. Peta Nocona fut tué. Sa femme, la fameuse Cynthia Ann, renommée Naduah par les Comanches, fut capturée.
Elle avait les yeux bleus. Elle ne parlait plus l'anglais mais, pensant qu'elle pourrait bien être la petite fille enlevée vingt-quatre ans plus tôt, les rangers prévinrent l'un des ses oncles. Ce ne fut que lorsque celui-ci prononça son prénom, Cynthia Ann, qu'elle eut une réaction. Sa famille se mit alors en devoir de lui réapprendre sa langue, et de la réintégrer dans le monde des Américains. De Peta Nocona, Naduah avait eu trois enfants : une fille, Topsannah, et deux garçons adolescents, qui ne se trouvaient pas avec la bande lors de la bataille de la Pease River. Topsannah n'avait que quelques mois. Elle mourut en 1864, et Cynthia Ann ne tarda pas à la suivre dans la tombe. Totalement intégrée à la tribu, elle n'avait jamais réussi à se faire à la vie des Américains, malgré leurs soins et leurs attentions. L'un de ses fils mourut peu après.

Le visage altier de Quanah Parker (08/86)
L'autre, Quanah, prit la place de son père à la tête de la bande, puis de la tribu et devint un chef de guerre réputé parmi les blancs comme parmi les Comanches. Quatorze ans après la Pease River, la bataille de Palo Duro Canyon mit fin à l'existence libre des Comanches. Dans l'infini des Plaines, dissimulés dans les profonds canyons qui bordent le Llano Estacado, ceux-ci se croyaient inexpugnables. Mais une nuit de septembre 1874, les soldats du colonel Ranald McKenzie descendirent silencieusement les pentes du canyon. A l'aube, ils attaquèrent. Les indiens résistèrent, mais il était trop tard : le camp était investi. Les Américains tuèrent délibérément 1000 chevaux sur les 1400 qu'avaient avec eux les Comanches. Ceux-ci, démoralisés, privés de leur moyen de transport et de leur fortune, durent se rendre dans les réserves de l'Oklahoma.
Quanah devint un éleveur de chevaux réputé, et fut même juge de paix pour les tribus des réserves. Chef chez les Comanches, il resta un homme éminent dans le monde des hommes blancs, connaissant parfaitement les faiblesses de ceux-ci et sachant interpréter les lois et les règlements à l'avantage de ses frères indiens. Lorsqu'il apprit l'histoire de sa mère, il prit le nom de Parker et réussit à faire amener sa dépouille dans l'Oklahoma. Il mourut en 1910. Il est enterré à coté d'elle, comme il l'avait souhaité.
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Les pièces sont meublées dans le style de l'époque (06/00) |
Un chariot de colporteur (06/00) |
La reconstitution du Fort des Parker se trouve sur l'emplacement de l'original. La longueur de la palissade, les bastions dont les meurtrières permettent de tirer aussi bien dans la cour que vers l'extérieur, les maisonnettes de rondins : tout ce travail fut ruiné en quelques heures, car après le drame, les occupants jugèrent plus prudent de reculer vers des zones plus peuplées et ne revinrent jamais. Pourtant, l'avance américaine était inexorable. Après 1874, hormis la réserve des Alabamas-Coushattas, venus d'états voisins grâce à Sam Houston, il n'y eut pratiquement plus d'indiens au Texas. Encore les Alabamas-Coushattas eurent-ils du mal à se maintenir : la section du Big Thicket (le Grand Hallier) qu'ils occupent est toujours convoitée par les industries forestières.
Temps minimum : 1/4 heure.
Site officiel du park : http://www.tpwd.state.tx.us/park/oldfort/oldfort.htm
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