
Sous la lisière occidentale du Llano Estacado s'étend une ligne de dunes presque ininterrompue. Soulevé par le vent, le sable de la vallée de la Pecos vient buter sur l'escarpement qu'il réussit, par endroits, à escalader pour continuer de s'étendre vers l'est. L'orientation des vents change avec les saisons : les dunes sont sans cesse modifiées mais conservent un équilibre global qui se maintiendra tant qu'un élément particulier ne deviendra pas prépondérant. Le vent d'ouest, légèrement prédominant mais équilibré par la pente, ne suffit pas à déplacer les dunes vers l'est.
Les sables les plus anciens sont vieux de plus d'un million d'années, mais ont été recouverts, lors des changements climatiques, par des sols de nature différente, calcaires, argileux, organiques... Les dunes que l'on voit aujourd'hui ont commencé à s'entasser il y a 20 000 à 25 000 ans. Elles sont composés à 98% de quartz, arraché aux Rocheuses par la Pecos, roulé, affiné dans le courant, puis déposé sur les rives et dans les bras morts. Là, le vent l'a pris pour l'entraîner vers l'est, lui a fait remonter peu à peu la pente de la large vallée, et l'a abandonné lorsque celle-ci est devenue trop raide.
Le champ de dunes de Monahans s'étend sur 110 kilomètres du nord au sud, et 30 kilomètres environ de largeur. Le Parc Régional n'en protège que 1554 hectares. Près de la moitié des dunes est libre. L'autre partie est fixée par la végétation, en particulier des chênes nains qui ressemblent en tout aux rouvres des forêts d'Europe, feuilles, glands et même galles, sauf que leur hauteur ne dépasse que très rarement un mètre. Pour trouver de l'eau, ces petits chênes étendent sous le sable des racines qui peuvent atteindre vingt mètres.

Les chênes nains (03/99)
Trente centimètres d'eau tombent en moyenne chaque année, concentrés du printemps au début de l'été. Alors le désert fleurit, et certaines espèces éphémères ressuscitent, le temps de se reproduire.
Sous les dunes, des sols plus anciens, peu perméables, ont permis la formation d'une nappe phréatique surélevée, dont l'eau apparaît dans certains creux et alimente des mares permanentes profondes de quelques dizaines de centimètres, où prolifèrent insectes et batraciens. Elles servent d'abreuvoir aux mammifères et de refuge aux oiseaux migrateurs : le désert grouille de vie !
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Dès qu'il y a de l'eau, elle s'accumule dans les creux (03/99) |
La moitié des dunes est fixée par la végétation (03/99) |
L'homme était déjà là il y a 10 000 ans, et l'on voit parfois resurgir des vestiges, silex taillés ou pierres calcinées dans les foyers en plein air. Bien longtemps plus tard, Comanches et Apaches se servirent des vallonnements humides pour se dissimuler et chasser, et ce n'est que lors de la construction du chemin de fer de la Texas-Pacific, à la fin du XIXme siècle, que les Américains se fixèrent dans la région.
En dehors de l'extraction du pétrole (on se trouve au-dessus du fameux Bassin Permien, une gigantesque réserve d'hydrocarbures), la seule ressource de la région est l'élevage. L'aridité est telle qu'il faut 170 hectares pour élever une vache, un rendement très faible si on le compare, en France, à une vache à l'hectare dans les herbages du Nivernais.
La traversée de la région, plane et désertique, semble sans attrait. Mais si votre route vous conduit sur l'Interstate 20, de Dallas à El Paso, le parc se trouve juste au bord, tout à fait propice à une pause au milieu du voyage. Une route carrossable permet de s'enfoncer dans les dunes, jusqu'à une pompe à pétrole brut, qui fonctionne pour symboliser la principale richesse de la région. Ce genre de chemin entre deux murs de sable paraît souvent lugubre. Abandonnez vite votre voiture sur un parking, enfoncez vous à pied dans les dunes, et ouvrez grands vos yeux : c'est une foule de petits détails qui vous fera plaisir. Terriers et traces d'animaux, mare qui apparaît soudain derrière une crête, fleurs d'après l'orage, massifs touffus des chênes nains sur les dômes de sable, roadrunner qui poursuit un lézard ou, plus contemporain, le jeu des adolescents qui descendent la face abrupte des dunes, juchés sur des disques de matière plastique. Des points les plus élevés, l'étendue des sables paraît infinie.
Si vous tenez à compléter la visite de la région, 37 kilomètres à l'est de Monahans se trouve le cratère laissé par un double météorite en se volatilisant au sol. Autre curiosité géologique, au nord avant Kermit, on peut voir de la route la dépression creusée par l'effondrement souterrain d'un lit de sel.
Temps minimum : 1/2 heure sans accès.
Site officiel du park : http://www.tpwd.state.tx.us/park/monahans/monahans.htm
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