
L'incursion de Cavelier de la Salle sur la côte texane, avec 170 colons, déclenche l'expédition d'Alonso de Leon : celui-ci quitte Coahuila le 23 mars 1689 avec 85 soldats, un moine franciscain, un officier et un enseigne. Un Français récemment capturé, Jean Géry, les guide : bon diplomate, il parle au moins deux langues indigènes et connaît les sentes traditionnelles. Entre le Rio Grande et le Colorado, trente tribus lui font fête et, bientôt, Leon le considère comme son ami. Les tribus du Texas oriental ont un cri de reconnaissance : "Tejas, Tejas...". Il signifie "amis, alliés". La région située à l'est de la rivière Medina va devenir la Provincia de los Tejas : le futur Etat a trouvé son nom.
Trois semaines après le départ, un indien apprend à Leon que les survivants de la colonie ont été ravagés par les maladies ou massacrés par les Karankawas. Les Espagnols arrivent au Fort Saint Louis le 22 avril : il n'y a là que deux maisons et quelques cabanes ; en guise de Français, seulement trois cadavres... Les Espagnols leur donnent une sépulture chrétienne, et se disent que les autres ont été dévorés par les alligators. Lors du voyage de retour, Jean Géry disparaît : il préfère sa famille indienne à la civilisation.
L'année suivante, Alonso de Leon et le frère Massanet reviennent brûler les vestiges du fort. Le 22 mai 1690, ils fondent la première mission espagnole durable du Texas : San Francisco de los Tejas, dans la tribu des Hasinaïs, à proximité d'un affluent de la Neches qu'ils nomment San Pedro. Elle ne durera que trois ans : la petite vérole tuent deux franciscains et chez les indiens, qui n'ont aucune immunité contre cette maladie, les pertes sont beaucoup plus importantes. Sans même que les malheureux indiens aient vu un Européen, les maladies importées se transmettaient de tribu en tribu : des historiens contemporains estiment que la population des deux Amériques aurait ainsi été réduite de 80 à 90%. La rougeole, aujourd'hui bénigne, fit des centaines de milliers de morts comme, en Europe, la peste et le choléra venus d'Afrique et du Moyen-Orient.
Agités par leurs sorciers, les survivants attribuent la responsabilité aux aspersions d'eau bénite : devant l'hostilité croissante des Hasinaïs, les moines doivent repartir dès 1693. Pourtant, 23 ans plus tard, à la demande même des indiens, la mission renaîtra.

Les restes de San Francisco de los Tejas ont disparu, mais l'Etat du Texas commémore son existence dans un State Park où trône l'église reconstruite (06/00)
Cette première "entrada" (les Espagnols nomment ainsi leurs incursions dans le "despoblado", c'est à dire hors de la civilisation) sera suivie de plusieurs autres, irrégulièrement espacées dans le temps. Rares celles qui passent au pied des "Balcones", les falaises du Hill Country : la route indienne bifurque vers le sud-est bien avant, et reste là où un bois épais la protége des Apaches. Difficile à traverser, El Monte Grande s'étend, parallèle au Golfe, sur presque toute la hauteur du Texas.
Ces explorateurs, lors de chaque voyage, ont coutume de nommer les lieux rencontrés : ruisseaux, rivières, gués, haltes, campements sont inscrits et décrits dans leurs journaux. A cause des longs intervalles qui séparent les expéditions, quelques rivières, quelques endroits changent d'abord de nom, mais pour d'autres, peut-être plus caractéristiques, la transmission est précise. Le premier passage dans la région de l'actuelle San Antonio date de 1691 : on donne au campement le nom du saint du jour, Saint Antoine de Padoue. Dix-huit ans plus tard, lorsque l'expédition suivante arrive au même endroit (18 ans entre deux voyages... Comme tout est lent à cette époque !), le journal précédent a été bien étudié : la rivière reçoit le même nom.
Neuf ans passent encore avant que le gouvernement de Nouvelle-Espagne ne décide d'y fonder un fort, le presidio, une mission et une colonie. Le chef de l'entrada, Martin de Alarcon, emmène le Père Oliveiro et un groupe de soixante-quinze personnes, des soldats, ainsi que sept familles d'artisans et de gardiens de troupeaux. Ils ont avec eux plus de 500 chevaux, des mulets, du bétail, des moutons, des chèvres, des semences : tout ce qui peut contribuer au succès de leur implantation.
Le 1er mai 1718, ils fondent, près de sources au pied des "Balcones", la mission San Antonio de Valero : elle deviendra célèbre 118 ans plus tard sous le nom d'El Alamo. Le 5 vient le tour du presidio de San Antonio et de la Villa de Bexar.

L'église San Valero, El Alamo. Cette église de pierre, très postérieure à l'arrivée des colons, date de 1756. Le fronton arrondi a été ajouté plusieurs années après la bataille (06/00)
Les indiens qui vivent là, aujourd'hui désignés sous le nom générique de Coahuiltecans, combinaison de Coahuila et Texas, qui recouvre plusieurs tribus, associent déjà largement l'agriculture à la chasse. Sédentaires et pacifiques, ils sont vulnérables aux attaques des Comanches et des Apaches : malgré les contraintes des devoirs religieux et les travaux imposés par les moines, ils trouvent dans le village une certaine protection, grâce aux remparts et aux soldats du presidio. Les nouvelles techniques apportées par les frères, irrigation, tissage, outils de fer, et plus tard les murs de pierre, ajoutent l'aisance matérielle à une relative sécurité militaire.
Les quelques moines n'ont appris au cours de leurs études ni l'architecture, ni la construction, mais vont faire accomplir à ces indiens des travaux étonnants. Des barrages détournent l'eau de la rivière pour irriguer les cultures : un ravin à franchir ? On bâtit un aqueduc... Bientôt, le pays est transformé. A quelques lieues en aval du village, les prairies naturelles situées entre la San Antonio et la Cibolo deviennent un centre d'élevage : les premiers ranches américains, bientôt légendaires, naissent à cette époque.
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Barrage et aqueduc alimentent la mission "Espada". Signe de l'ignorance technique des moines, le barrage, contre toute règle de résistance, est convexe afin d'augmenter la capacité de la retenue (12/99 - 06/00) |
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Le pont canal (06/00)
Deux ans après San Valero, c'est le tour de San Jose y San Miguel de Aguayo, fondée par le père Margil de Jesus. C'est aujourd'hui la plus impressionnante, par la taille et la diversité de ses bâtiments. Elle était presque en ruines lorsque, pendant les années noires de la Grande Dépression, elle fut réhabilitée et mise en état d'accueillir des visiteurs.
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Le mur d'enceinte protégeaient les habitants des prédateurs apaches et comanches (06/00) |
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San Jose
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La fenêtre de la Rose (12/99) |
La sacristie (12/99) |
En 1724, le général Pedro de Rivera y Villalon est envoyé inspecter la frontière septentrionale de Nouvelle-Espagne : en trois ans et demi, il parcourt 11000 kilomètres et visite tous les établissements du Pacifique au Golfe du Mexique. Les presidios du Texas oriental, très isolés, sont presque en ruine, et les missions ne rencontrent auprès des indiens Caddos qu'un très maigre succès, tant au plan de la religion qu'à celui de la civilisation : le rapport de Rivera conclut au regroupement de deux presidios avec celui de San Antonio.
L'Eglise adopte des conclusions similaires : en 1731, trois établissements sont ainsi déplacés au pied du Hill Country. La plus ancienne de toutes, San Francisco de los Tejas, s'appellera désormais San Francisco de Espada. San Jose de Nazonis devient San Juan de Capistrano. Nuestra Señora de la Purisima Concepcion conserve son nom, auquel on ajoute "de Acuña", pour honorer le vice-roi de l'époque. Disposées en alternance de part et d'autre de la rivière, en aval de la ville, les missions sont sur la route du presidio La Bahia, bâti sur les ruines de la colonie de Cavelier de la Salle.
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San Francisco de Espada (12/99) |
Nuestra Señora de la Purisima Concepcion de Acuña (12/99) |
Par essence, les missions ne sont pas éternelles : une fois la population catéchisée, lorsque sont acquises les techniques d'agriculture et d'artisanat qui portent les indiens au niveau des citoyens espagnols, la présence des moines n'a plus de raison d'être.
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San Juan de Capistrano. (12/99) |
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En 1793, quarante ans avant celles de Californie, les cinq missions sont sécularisées. La plupart des habitants, métissés, ont reçu, de leurs parents autant que des moines, l'éducation nécessaire pour s'intégrer à la civilisation espagnole. Les rares indiens pur-sang sont au même niveau de connaissances. Les bâtiments seront laissés à l'abandon ; la terre, soumise, productive, est distribuée aux indiens, devenus citoyens espagnols, à l'exception de grands ranches que réussissent à s'approprier quelques personnages haut placés. Les moines sont remplacés par des prêtres séculiers.
Aujourd'hui, les missions ne sont pas seulement des monuments historiques mais le centre de paroisses où chaque église sert une congrégation. A Espada, maisons et jardins entourent les vieux murs. Dans le clocher de San Jose, un carillon complexe égrène les heures et le Dimanche, des mariachis animent la messe. Cette présence conserve aux lieux une âme, et l'on n'éprouve pas, lors de la visite, la nostalgie que pourraient inspirer de vieux murs sans vie. Desservies par Mission Road, les cinq établissements sont rassemblés dans le "San Antonio Missions National Historical Park".
Mieux vaut commencer par Espada et remonter progressivement vers la ville : dans la paix du matin, on est souvent seul dans la grande cour vide. Ensuite, une gradation vous emmène vers Capistrano, l'aqueduc et le barrage, puis San José, Concepcion et enfin, San Valero, El Alamo, en plein centre de la ville.
Le "Visitor Center", à San Jose, possède un agréable petit musée où l'on fait voir vêtements, outils, armes, uniformes et modes de vie de l'époque espagnole.
Site officiel : http://www.nps.gov/saan/
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