Copper Breaks State Park

En pays comanche


situation


Aux confins des "Plaines Vallonnées", les "Rolling Plains", le Parc Régional de Copper Breaks (les Falaises de Cuivre) crée une rupture dans l'étendue plate. La falaise domine la plaine alluviale de la Pease River, la majeure partie du temps un filet d'eau que les pluies peuvent enfler en torrent brutal, comme en témoignent la largeur de son lit et les marécages qui, malgré l'aridité, subsistent le long de son cours.

La Pease River   Le saut de Copper Breaks

La Pease River (06/00)

Le saut de Copper Breaks (06/00)

Un affluent traverse le parc où, barré, il forme deux lacs successifs. Un autre ruisseau naît à la tête d'une combe : Bull Canyon. Les Américains nomment ce type de relief "box-canyon", ou "slot-canyon". C'est une gorge fermée sur trois cotés. Les convoyeurs de troupeaux appréciaient d'en trouver sur leur route : il suffisait d'y parquer les bêtes et de surveiller la sortie.

Ici, curieusement, le quatrième coté est fermé aussi : ce qui restait de la falaise amincie, rongé par l'érosion, s'est éboulé et l'amas de terre qui ferme le canyon délimite une cuvette où stagne un petit étang marécageux. Il n'est guère à l'écart des routes goudronnées mais le paysage est charmant et la Nature sauvage. Arbres, arbustes, ajoncs et carex croissent au bord de l'eau encadrée de falaises rouges. Nul doute que, posté judicieusement à l'abri des regards et sous le vent des animaux, on peut les observer, lorsqu'ils viennent boire. Les chances de voir un armadillo ou une harde de biches sont grandes. Raton laveur et opossum sortent plutôt la nuit. Peut-être un porc-épic ou un coyote fera-t-il son apparition. L'eau de l'étang attire aigrettes et hérons, et se couvre de canards en hiver.

Bull Canyon et son étang   La falaise effondrée qui barre Bull Canyon

Bull Canyon et son étang (06/00)

La falaise effondrée qui barre Bull Canyon. A l'arrière plan, la plaine de la Pease (06/00

Partout on sent une vie intense : sur le plateau, crickets et sauterelles se lèvent sous les pas. Des libellules entièrement noires, à l'exception du point bleu clair qui orne le bout de leurs ailes, dansent autour des promeneurs. Un faucon passe à tire d'ailes. L'oiseau moqueur, perché dans un fouillis de branchioles, pousse son cri goguenard.

Le nom de Falaise de Cuivre n'est pas du à la couleur rouge du terrain : il y a bien du cuivre ici, en quantités trop faibles pour être exploitées économiquement, et de toute façon protégé par le parc. George B McLellan, général en chef de l'armée de l'Union pendant quelques mois, en tenta l'exploitation. Mais le sol est si argileux que lorsqu'on voulut fondre le minerai, on n'obtint que des briques à haute teneur en cuivre.

Le "Visitor Center" illustre de façon vivante l'histoire et la géographie de la région, et l'existence des hommes qui s'y sont succédé. Copper Breaks State Park, avec ses sites facilement accessibles, n'a peut-être pas la grandeur monumentale d'autres lieux plus fameux, mais il est charmant. C'est un parc que l'on peut voir en été, sans craindre de manquer des oiseaux migrateurs, qui le fréquentent peu.

affluent de la Pease   abri de pique-nique

L'affluent de la Pease et, au fond, un des lacs (06/00)

Un abri de pique-nique (06/00)

Copper Breaks se trouve en plein pays comanche. La bande des Noconis vivait là. En 1860, à quelques kilomètres du parc, elle fut rejointe par une expédition constituée de Texas Rangers, d'une vingtaine de dragons et de soixante-dix civils. Les Américains ramenèrent une femme : c'était l'épouse du chef Peta Nocona, qui venait d'être tué. Elle s'appelait Naduah. Elle avait les yeux bleus...

Vingt-quatre ans plus tôt, une petite fille de neuf ans, Cynthia Ann Parker, avait été enlevée par les Comanches lors d'un raid sur une ferme isolée. Sa famille la cherchait toujours : rapidement, il s'avéra qu'elle était Naduah. Cynthia Ann Parker s'était parfaitement accoutumée à la vie des indiens. Elle réapprit l'anglais, mais ne réussit jamais à se faire à ce retour "chez les siens". Elle languit. Quatre ans plus tard, sa petite fille Topsannah mourut. Privée de ses enfants et de son mari, la pauvre femme ne tarda pas à mourir elle aussi.

Seize kilomètres au nord-est du parc, quatre collines alignées s'élèvent du sol plat. La prairie d'autrefois a depuis longtemps cédé à la charrue, mais l'impression ne doit pas être très différente. Ces collines, sacrées pour les Comanches, portent toujours le nom de Medecine Mounds. Au sommet de la plus élevée, les sorciers allaient renforcer leur pouvoir : c'était la résidence d'un esprit tutélaire, qui assurait succès à la chasse et à la guerre, et protégeait les guerriers des projectiles ennemis.

Medecine Mounds

Medecine Mounds, les collines sacrées des Comanches (06/00)

La société comanche ne rendait la vie facile ni aux hommes, ni aux femmes. Dans ces groupes restreints, personne n'était anonyme : chacun était pour tout soumis à l'appréciation permanente des autres membres de la bande. Les hommes devaient être des chasseurs et des guerriers : mourir au combat était en soi la réalisation d'une vie, même si la peur existe toujours. Mais elle était dominée. Certains faisaient voeu de ne jamais reculer devant l'ennemi : pour eux, la mort venait vite. Les femmes s'occupaient de la maison, la tente conique faite de peaux de bison tannées posée sur des perches. Depuis la découpe et l'assemblage des peaux jusqu'à l'érection de la tente à l'arrivée au campement, c'était leur travail. Elles cuisinaient la viande que ramenait l'époux, avec les baies et les tubercules qu'elles avaient récoltés.

Aux unes, les tâches régulières, répétitives, lassantes. Aux autres, les efforts intenses et les dangers des expéditions de chasse, de pillage ou de guerre, les cavalcades où il faut éviter les cornes du bison blessé, les chevauchées jour et nuit en poussant les troupeaux de chevaux volés, pour prendre rapidement du champ devant les poursuivants.

Pourtant, il arrive qu'une femme accompagne une expédition, et même qu'elle arrose l'ennemi de flèches : cela divertit de la monotonie quotidienne ! D'autres fois, elle n'est là que pour prendre soin du matériel de son mari, détenteur d'un bouclier sacré auquel il doit toute son attention. De retour, les hommes s'occupent paresseusement de leurs armes et de leurs chevaux, pendant que les femmes reviennent aux tâches de tous les jours, la cuisine, le tannage des peaux, la confection des vêtements...

Cela ne signifie pas qu'elles n'ont pas d'influence sur la vie de la tribu : certaines ont voix au conseil. Mais elles sont sous la domination complète de leur époux, qui a sur elles droit de vie et de mort. Certaines sont porteuses d'un pouvoir, comme peut l'être un homme : celui de guérir, celui de prédire. Leur mari le leur a transmis : un homme-médecine vieillissant peut ainsi donner à son épouse un moyen de subsister lorsqu'elle sera veuve.

Quand son mari meurt, en signe de deuil, la femme se lacère bras et jambes à coup de couteau, et entretient les blessures pendant plusieurs semaines, souvent plusieurs mois. C'est une coutume courante chez les tribus des Plaines. Chez les anciens Shoshones, il semble que la femme était sacrifiée pour suivre son époux dans la mort : lacérations et mutilations volontaires ne sont qu'une survivance relativement bénigne destinée à adoucir la vie et préserver la tribu. Parfois, une femme part avec un autre homme. Ils doivent fuir et vivre seuls au moins le temps nécessaire pour que la colère et la honte du mari s'apaisent et que l'affaire puisse être soldée par un don de chevaux.

Les Comanches vivaient dans l'ouest du Texas, et leur territoire débordait dans l'Oklahoma. Ils étaient venus du nord des Rocheuses, des actuels Etats du Colorado et du Wyoming, où ils appartenaient à la tribu des Shoshones. A ces latitudes, le cheval, apporté par les Espagnols, commençait tout juste à apparaître. Au Nouveau-Mexique et le long du cours inférieur du Rio Grande, il était d'usage courant dans les presidios, les missions et les pueblos.

Sans cheval, la vie est difficile. Les chiens ne portent que des charges limitées : il faut ramener le gibier, parfois un cerf, sur ses épaules. Lorsqu'on descend dans la Prairie pour chasser le bison, si on n'est pas harcelé par une tribu rivale, il faut d'abord trouver une falaise à laquelle conduit une pente douce. Sur la déclivité, des barrières sont disposées en entonnoir pour former une voie qui conduit au précipice. Des hommes, dissimulés sous des peaux de bison auxquelles on a laissé la tête, font semblant de brouter et se rapprochent progressivement du gouffre, pendant que le reste de la tribu rabat le troupeau vers le piège. Le moment venu, les rabatteurs emballent les animaux, qui n'ont d'autres voie que de se ruer vers la falaise. Les faux bisons, au dernier moment, sautent par-dessus le bord et s'accrochent aux aspérités de la roche pendant que les animaux de tête, poussés par le troupeau affolé, basculent au-dessus d'eux. En bas, d'autres chasseurs achèvent les bêtes estropiées à coups de flèches et d'épieu.

Pour tous, la chasse est dangereuse : il suffirait qu'un animal dominant se retourne contre les rabatteurs pour que d'autres le suivent, dans une volte du troupeau tout entier ; les leurres risquent d'être encornés, piétinés s'ils sont trop lents, ou précipités dans le vide avec leurs victimes ; même en bas, les chasseurs risquent une blessure dans l'éboulis où les bêtes meuglent leur agonie. Les bisons une fois dépecés, il faut ramener au camp les lourdes peaux et les quartiers de viande.

Avec le cheval, tout est différent ! On peut envoyer des éclaireurs localiser les bisons, puis rapidement déplacer le camp entier à proximité du troupeau. Une part de danger, bien moindre qu'autrefois, subsiste lorsqu'on poursuit les animaux qu'on tue à la flèche ou à la lance, mais les chevaux dressés semblent prendre plaisir à la chasse autant que les hommes.

On peut s'aider du cheval pour arracher la dépouille à la carcasse. Ramener la viande au camp n'est plus l'énorme effort qu'il était autrefois. Malgré l'individualisme, la discipline règne : chaque automne, c'est de la nourriture de la bande pour tout l'hiver qu'il s'agit. Le cheval sert à razzier les ranchos des Espagnols et des Américains, pour acquérir encore plus de chevaux, et permet d'attaquer les tribus sédentaires de l'est : les Comanches contrôlent un territoire plus étendu et beaucoup plus riche que lorsqu'ils appartenaient aux Shoshones. Pour acquérir des chevaux, tous les moyens sont bons : troc, vol, pillage, meurtre et, à l'intérieur de la tribu, cadeaux rituels en toutes circonstances. Au XIXme siècle, il était courant qu'un guerrier possède une centaine d'animaux.

Les Comanches étaient de fiers guerriers. Pour occuper leur territoire au Texas, ils durent repousser vers le sud les Apaches arrivés quelques dizaines d'années avant eux. Dans la langue des Utes, "Comanche" signifie "Celui qui veut me combattre sans répit" : c'est dire le dynamisme et l'agressivité de la tribu. En quelques dizaines d'années, elle avait occupé les terres qui s'étendait du Rio Grande à l'Arkansas, des Rocheuses aux premières forêts du Texas : un territoire grand comme la moitié de la France, contrôlé par une tribu de 20 000 personnes ! On les retrouvait fréquemment au Colorado, et leurs expéditions s'enfonçaient fréquemment au coeur du territoire mexicain.

Leurs raids n'étaient du goût ni des Mexicains, ni des Américains. Les Espagnols, loin de leurs bases, avaient adopté une attitude surtout défensive. Les Américains, dont la civilisation avançaient rapidement vers l'ouest, réagirent avec les Texas Rangers, des compagnies franches d'hommes en civil, lourdement armés, enrôlés par l'Etat du Texas pour quelques mois, dont les petits groupes inépuisables et déterminés pistaient les pillards et les engageaient chaque fois qu'ils en avaient l'occasion.

Les Comanches résistèrent une quarantaine d'années à l'avance des Américains : il fallut l'intervention de l'armée des Etats-Unis pour vaincre leur dernière résistance. La bataille décisive eut lieu à Palo Duro Canyon : moins d'un an plus tard, tous étaient dans les réserves de l'Oklahoma, encore nommé "Indian Territory".


Temps minimum : 1h 30

Site officiel du parc : http://www.tpwd.state.tx.us/park/copper/copper.htm

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