Castroville

Les Alsaciens du Texas


situation


Après qu'en 1821, le Mexique a conquis son indépendance, commence l'époque des "empresarioS". Les Etats-Unis, par nature expansionnistes et voisins d'une province aussi dépeuplée que le Texas, inquiètent le gouvernement mexicain : celui-ci imagine de confier à des promoteurs la concession de vastes territoires, à charge pour eux de décider des familles à venir s'y installer. On les appelle "empresarios". L'affaire peut-être très profitable : nombreux sont ceux qui s'y intéressent, plusieurs obtiennent des concessions, peu réussiront à attirer suffisamment de gens pour satisfaire à la loi.

En 1836, le Texas gagne à son tour sa guerre d'indépendance. Mais le principe subsiste : il faut peupler le pays ! L'un de ces empresarios est français. Henri Castro, ancien garde impérial et consul de France au Rhode Island, obtient un contrat au début de 1842 : il doit faire venir 600 personnes, couples ou mâles célibataires, dans les trois ans qui suivent. Les célibataires recevront 128 hectares, les couples le double. Sous réserve d'avoir construit une maison, de cultiver au moins six hectares et de résider sur sa terre, un émigrant en devient automatiquement propriétaire : en avance sur les Etats-Unis, le Texas fait ce qu'a toujours demandé David Crockett lorsqu'il était député.

Castro part pour la France, et se met en quête d'émigrants : il a une concession de plus de 400 000 hectares à l'ouest de San Antonio. Il réussira à faire venir 2 100 colons. C'est en Alsace, dans la région de Mulhouse, qu'il a le plus de succès.

Mais l'affaire n'est pas si simple. "Un bon tien vaut mieux que deux tu l'auras" : l'attrait de terres peu chères est-il suffisant pour abandonner sa famille, ses amis, ses coutumes ? Et si peu que l'on possède en Alsace, qu'a-t-on à gagner dans ce Texas désert, sans villes importantes, avec un gouvernement lointain, des voies de communication sommaires et le risque permanent des indiens ?

Castro sait "dorer la pilule". Moins d'un an après la signature du contrat, les premiers colons débarquent à Galveston. Castro est toujours en France. Rien n'est prêt : lorsqu'il revient, certains l'attendent depuis plus d'un an et demi ! La colère gronde !

Pour satisfaire les Alsaciens, Castro doit acheter un supplément de terrain plus proche de la grande ville, et le 3 septembre 1844, un petit bout de France s'installe au bord de la Medina, 40 kilomètres à l'ouest de Bexar (aujourd'hui San Antonio), avec ses savoir-faire, ses habitudes, sa langue, sa religion.

Encore aujourd'hui, le village montre l'attachement de ces Alsaciens à leurs traditions : avec son église Saint Louis, ses maisons aux toits à pentes inégales, sa rue de Paris et son ancien moulin transformé en auberge, aujourd'hui classé monument historique, Castroville est probablement l'endroit le moins texan du Texas. La langue s'est maintenue, bien que de moins en moins de jeunes la parlent, comme il en est des dialectes en France. Eloignés d'Alsace pendant 160 ans, les habitants fiers de leurs origines ont réappris les danses traditionnelles, et le groupe des Alsatian Dancers offre un spectacle pour la Saint Louis.

Castroville   Castroville

Un style typique (03/99)

A droite, le long de l'US 90, une petite rue conduit le long de maisons traditionnelles (03/99)

 

Castroville

L'ancien moulin transformé en auberge : Landmark Inn. (03/99)

Le petit groupe de personnes qui a fondé le village va grandir rapidement : en 1884, la bourgade a 1000 habitants. Puis la population diminuera, pour se remettre à croître après la Seconde Guerre Mondiale : elle dépasse aujourd'hui 2000 personnes.

Au milieu du village, non loin de l'église, une stèle rappelle les noms des chefs de famille qui ont fondé Castroville.

La stèle

Ni américaine, ni hispanique, ni allemande, Castroville fait partie de ces quelques villes américaines qui ont une personnalité à part. A travers les ans, les siècles, elle conserve un petit goût de France. Comme l'Ill ou la Bruche, entre les pacaniers, la Medina coule lentement.


Temps minimum : 1/2 heure


COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

  • Houston situé à 370 km à 4 heure(s) de route.

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