
Big Thicket : le "Grand Hallier" est un bois épais qui, avant l'arrivée des bûcherons et des pétroliers, couvrait 14 000 km2, de la frontière de la Louisiane presque jusqu'à College Station, du nord de Houston presque jusqu'à Lufkin. L'un de ses buissons est si dense que les indiens l'appellent d'un mot qui signifie "yeux fermés", car on ne peut s'empêcher de serrer les paupières lorsqu'on essaie de s'y insinuer.
Le travail des industries du bois a réduit le Hallier de plus de 90%, et le législateur a préservé quinze parcelles dont la superficie cumulée couvre près de 400 km2. Le parc est ainsi constitué de neuf zones terrestres et de six corridors qui suivent des cours d'eau : neuf biotopes différents y sont représentés. Cela tient, bien sur, à la nature et à la perméabilité des sols, au relief local plus ou moins marqué, à l'ensoleillement, et même à l'âge de la végétation, c'est-à-dire tout le temps pendant lequel des espèces successives ont eu le temps de se développer en toute quiétude dans un environnement naturel.
Big Thicket est un paradis pour les naturalistes : 25 espèces de grands arbres, dont le magnolia, le cyprès chauve et le tupelo des marais, plusieurs espèces de pins et de chênes, le hêtre, le hickory, plus de 300 espèces d'herbacées et de fleurs, quatre espèces de plantes carnivores, des fougères qui n'ont pas changé depuis les dinosaures, plus de 1000 espèces de champignons, au moins 180 espèces d'oiseaux, dont certaines sont devenues très rares, 50 espèces de mammifères, tatous, ratons-laveurs, castors, belettes, loutres, hermines, cerfs, et un marsupial, l'opossum, 30 espèces d'amphibiens, grenouilles, crapauds et salamandres, 60 de reptiles, dont l'alligator, le serpent à sonnette, et plusieurs espèces de lézards et de tortues, 98 espèces de poissons, depuis le rare poisson-spatule jusqu'au barbeau et au poisson-chat... On n'en finirait pas de les énumérer !
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Champignons sur une souche (06/00) |
Le Grand Hallier : la piste de Kirby (06/00) |
- "Que de richesses !" nous direz-vous. "Mais nous, pauvres mortels qui passons, qui n'avons jamais assez de temps à donner à un point particulier dans ce pays où il y a tant à voir, où aller pour avoir un aperçu rapide des choses les plus typiques ?"
Rendez vous au centre d'accueil, une dizaine de kilomètres au nord de Kountze. Entrez. Du printemps à l'automne, votre premier réflexe doit être d'acheter un produit anti-moustiques (insect repellent). A la fin de l'automne et en hiver, les risques sont moindres, mais renseignez-vous quand même. L'odeur de la citronnelle ne vous sera pas forcément agréable, mais les moustiques la détestent vraiment : enduisez les parties dénudées de votre anatomie, et portez de préférence des vêtements flottants : dès votre entrée dans le sous-bois, vous aurez l'agréable sensation de repousser sans effort une armada de douloureux insectes sans en éprouver jamais la piqûre.
A partir du "Visitor Center", la piste de Kirby (Kirby Nature Trail) vous emmène à travers bois vers une rivière, Village Creek, et revient en boucle à son point de départ. Le sentier descend en pente douce. Le sol est tapissé de feuilles mortes, d'où émergent de grands arbres et des bouquets d'arbustes. Bientôt, vous voici au bord d'un "slough", une mare d'eau brune venue d'on ne sait où qui remplit un creux du terrain. A chacune de ces mares, qui peuvent s'étirer suffisamment pour ressembler à des ruisseaux, poussent des bosquets de cyprès chauves, ou de tupelos des marais. La ressemblance entre les deux arbres est grande : vous les reconnaîtrez tous deux à leur tronc qui s'évase à la base, et à leurs racines qui ressortent de terre en formant de hautes pointes, que l'on prend d'abord pour les souches d'arbres disparus. Attention aux mocassins ! Et là, il ne s'agit pas de vos chaussures, mais du mocassin d'eau, un serpent venimeux qui affectionne ces mares. Il n'y en a pas un derrière chaque racine, mais ouvrez l'oeil quand même.
Lorsque le soleil joue avec l'eau brune des mares, les reflets peuvent donner d'excellentes photos. Mais la région est humide : il y pleut 130 à 150 centimètres d'eau par an, et il y a quelques chances que vous trouviez un ciel voilé. En été, la chaleur se combine à l'humidité, mais à aucun moment la marche ne paraît éprouvante. Vous avez de grandes chances de rencontrer un armadillo, le nez à terre comme un chien truffier, qui cherche quelque chose à déguster. Si vous n'êtes pas trop près, il se laissera observer comme s'il ne vous avait pas vu, mais vous le verrez détaler au moindre bruit suspect.
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Les racines " agressives " des cyprès d'eau (06/00) |
Sur la piste de Kirby, un armadillo surpris se précipite dans son trou (06/00) |

Bizarres excroissances (06/00)
Village Creek, entre deux berges encaissées, coule paresseusement vers la Neches River. Un petit pont l'enjambe, et vous permet de continuer un moment en remontant son cours. Vous pouvez aussi continuer pendant des kilomètres en longeant Turkey Creek, un affluent, ou prendre tout de suite le chemin du retour. Au "Visitor Center", une petite fontaine vous permettra de vous débarrasser de votre armure de citronnelle.
Une quinzaine de kilomètres au nord, la petite section de Hickory Creek Savannah offre deux petits circuits faciles au milieu des plantes carnivores. Allez-y sans crainte ! Même si vous n'êtes pas du tout enveloppé, vous êtes trop gros pour elles. La plupart du temps, on marche sur une passerelle qui protège les plantes des pas des visiteurs. Les moustiques, qui abondait le long de Kirby Nature Trail, semblent inexistants : braves petites plantes carnivores !
Le sol est si pauvre, ici, que ces végétaux ont trouvé le moyen de se procurer des sels minéraux grâce à la chair des insectes. Le principe est de les attirer grâce à leurs couleurs vives et à l'odeur sucrée d'un nectar. La proie est retenue par les sucs, ou s'engage dans un long tube garni de poils tournées vers le bas, d'où elle ne peut ressortir : il n'y a plus qu'à digérer ! Les botanistes pensent que les plantes carnivores ont commencé d'exister lorsque des insectes, tombés dans des fleurs en cupule pleines d'eau, se seraient noyé puis décomposé. La plante, absorbant un peu d'eau par ses pétales, aurait ainsi profité d'une manne inespérée, et se serait spécialisée au fil des siècles.
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Pitcher Plant : en français "Sarracénie". (06/00) |
La fleur de la sarracénie (06/00) |
Curieusement, ici, c'est le feu qui maintient le biotope : les pousses venues d'autres zones sont consumés et meurent, alors que les racines des plantes indigènes continuent de vivre, et refleurissent tout de suite après l'incendie.
Il y a beaucoup d'autres endroits du Big Thicket où l'on pourrait s'attarder. Certains passionnés y consacrent leur vie, et c'est à eux que l'on doit une si bonne connaissance de ces environnements. Si vous avez l'intention d'y passer du temps vous-mêmes, sachez que certains endroits sont difficiles d'accès : un bon 4x4 sera utile sur certains chemins détrempés.
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Big Sandy Creek Unit : eau et arbres (10/00) |
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Temps minimum :
Vous pouvez aussi vous faire une petite idée du Big Thicket en visitant le parc régional de Village Creek. Situé près de Lumberton, au nord de Beaumont, il ne fait pas partie de la Grande Réserve, mais appartient bien au Big Thicket. Sur des chemins aisés, vous pourrez marcher de mare en mare et longer la rivière. Sur ce terrain horizontal, les "sloughs" sont nombreux et s'allongent comme de véritables ruisseaux sans courant, parfois interrompus par des parties sèches. Malgré l'isolement de certains d'entre eux, vous remarquerez des signes de vie : comment des poissons seraient-ils venus là ? D'après les rangers, les inondations sont fortes : l'eau monte vite, et haut. Pendant ces périodes, les mares communiquent momentanément, entre elles et avec la rivière. Lorsque l'eau baisse, les poissons restent piégés dans les mares, qui restent alimentées par les suintements du sol.
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Ce bras d'eau morte est un " slough " (10/00) |
Les racines des cyprès et tupelos sortent du sol comme des souches (10/00) |
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Village Creek, où finit par se rassembler l'eau (10/00) |
Une étonnante humidité, contrairement à la réputation du Texas (10/00) |
Temps minimum : 1 heure
La réserve est située au nord de la section de Big Sandy Creek. C'est l'une des rares au Texas, qui foisonnait autrefois d'indiens, et ces indiens là ne sont pas originaires du Texas !
Les deux tribus vinrent de l'Alabama, à 850 kilomètres d'ici. Malgré l'aide de Sam Houston, alors président de la République du Texas et qui avait longtemps vécu chez les indiens, les connaissait bien et les appréciait, elles eurent du mal à obtenir la propriété de cette terre, mais possèdent aujourd'hui 1750 hectares, malgré la convoitise des industries forestières. Les deux tribus avoisinent ensemble cinq cents individus, et avec le temps, une langue commune s'est formée, dans laquelle se tiennent les conseils de tribu.
Leur production artisanale se résume à des paniers d'aiguilles de pin tressées, certains très réussis, mais rares et chers. En saison, la réserve devient un centre touristique : on peut y camper, faire du bateau ou pêcher dans le joli lac Tombigbee. En bus ou comme passager d'un train à vapeur miniature, on fera un tour dans les bois de la réserve, une manière originale de voir un bout du Big Thicket.
Au village, un musée, en cours d'aménagement en juin 2000, jouxte un magasin de souvenirs où l'on trouve la production de plusieurs tribus des Etats-Unis. Le musée raconte l'histoire des deux tribus, leurs légendes, et comment elles vivaient autrefois. Pour couronner la visite, s'il n'est pas trop tard, on peut assister à une danse traditionnelle en grande tenue d'apparat.
Temps minimum : 1/2 heure
Site officiel de Big Thicket : http://www.nps.gov/bith/index.htm.
La carte du parc sur le site officiel.
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© et crédit photos : America dreamZ.
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