
Big Bend n'est pas un simple parc : c'est toute une région, délimitée par la grande courbe du Rio Grande, un triangle arrondi de plus de 19 000 km2. Rien étonnant à ce que lorsqu'on vient de l'est, 110 km séparent le dernier village, Marathon, du premier "Visitor Center". Sur la carte, le parc paraît petit dans cette immensité, mais couvre plus de 320 000 hectares de désert, de montagnes et de plaine alluviale.
![]() |
![]() |
|
Entre Marathon et Big Bend, le désert de Chihuahua. Les buissons de créosote, ainsi nommée pour son odeur de goudron, laisse partout apparaître le sol (03/99) |
Big Bend au lever du jour, entrée occidentale (05/01) |
Il ne tombe ici que 10 à 15 centimètres d'eau par an : la végétation est basse, clairsemée. La créosote domine et laisse partout voir le sol jaune. Ici où là, le jet d'un yucca pointe au dessus des arbustes et dans les creux où un peu d'eau subsiste assez longtemps, fleurs du désert et "bluebonnets" rehaussent le paysage de leurs tâches éparpillées. Moins aimables, quelques oponces pointent leurs palettes épineuses.
Le paysage change dans les montagnes Chisos, où il arrive au coeur de l'hiver que se dépose une neige éphémère. Elles sortent brutalement du sol : en quelques kilomètres d'une route en lacets, l'altitude passe de 550 à 1640 mètres, dans un bassin entouré de dents, comme le centre d'une couronne. Entre les pics s'ouvrent de belles vues sur le désert. Le bassin est suffisamment frais et humide pour porter quelques arbres. Le sommet le plus élevé, Emory Peak, culmine à 2370 m : en altitude, on rencontre chênes, érables, bouleaux, pins Ponderosa et sapins de Douglas.
![]() |
![]() |
|
Les Chisos au petit matin (05/01) |
Dans les Chisos (05/01) |
![]() |
![]() |
|
Les sentiers sont nombreux dans la montagne, et bien qu'ils soient balisés, on dit qu'on s'y perd facilement : si vous décidez de vous éloigner des lots de stationnement, il sera plus prudent d'avoir une carte à petite échelle, et de l'eau en quantité. Vous pourrez vous procurer les cartes dans l'un des quatre "Visitor Center". En réalité, les indications des panneaux paraissent parfois un peu obscures, mais si l'on ne bifurque pas trop, on peut marcher longtemps sans se perdre. Les Chisos sont si chaotiques que les indiens pensaient qu'après avoir construit la Terre et le ciel, le Créateur avait jeté là ses rochers inutilisés !
![]() |
![]() |
|
Le cirque à l'intérieur des Chisos (06/01) |
Vue depuis les Chisos (03/99) |
La région n'est pas seulement désertique, elle est déserte : les Espagnols l'appelaient "El Despoblado", littéralement, le Dépeuplé ! Ce n'est que depuis peu qu'au printemps, en mars surtout, Big Bend se peuple d'être humains : quelques jours de vacances, la température déjà tiède, mais pas encore insupportable, font venir randonneurs et campeurs. Un peu de monde vient encore à l'automne mais, isolé, à l'écart des grands circuits touristiques, Big Bend ne reçoit que 300000 visiteurs par an, un seizième de ce que voit le Grand Canyon. Le reste de l'année, les lieux sont occupés par une vingtaine d'ours noirs et de couguars, ainsi que des herbivores comme l'antilope pronghorn, le pécari, le cerf à queue blanche, le cerf mulet...

"El despoblado" (03/99)
Tous ces animaux, comme les serpents et certains lézards, peuvent être dangereux s'ils se sentent menacés. Les ours chercheront toujours à s'approprier vos réserves de nourriture, pour peu que vous les laissiez à leur portée. Pour réfréner ces goulus, l'administration de parc a installé dans les campings des boîtes métalliques, sortes de coffres-forts anti-ours !

Au "Visitor Center" du Chisos Basin, poubelle résistant aux ours (05/01)
Le Rio Grande et ses berges offrent un autre spectacle : lorsqu'on approche, le sol s'aplanit, devient plus clair, plus sablonneux. Voici le taillis de tamaris, de trembles et de roseaux qui séparent le chemin de l'eau. Cette verdure abrite de nombreux oiseaux, mais aussi le serpent copperhead : les rencontres sont rares, mais mieux vaut être prévenu ! A l'écart de l'eau, ce sont les serpents à sonnette qui occupent le terrain. Bien que les probabilités d'une morsure soient faibles, il faut regarder où l'on va et où l'on s'assied, lorsqu'on quitte les sentiers.
![]() |
![]() |
|
Mélange de résidus de tuff volcanique et de coulées de basalte (05/01) |
A la tombée du jour (03/99) |
Alors que le Rio Grande coulait déjà ici, le temps et les forces tectoniques ont relevé le terrain : le fleuve a patiemment creusé, à la même vitesse que s'élevait le sol, de profonds canyons à travers le calcaire. Dans le parc, le Rio Grande en traverse trois : Santa Elena, Mariscal et Boquillas. A l'ouest, un point de vue s'ouvre sur le canyon de Santa Elena, dont les falaises s'élèvent 450 mètres au-dessus de l'eau. Alors que du point d'observation, il suffirait de traverser quelques dizaines de mètres de fourré pour être au bord du fleuve, on voit s'élever les barres des deux gigantesques falaises, comme si elles étaient de l'autre coté du fleuve qui s'y engouffre pourtant : l'une est américaine, l'autre appartient au Mexique !
L'accès au canyon de Boquillas _du nom du village mexicain sur la rive opposée : Boquillas del Carmen, est un peu moins facile : il faut escalader un raidillon à pied, redescendre et marcher plusieurs centaines de mètres pour entrer dans la gorge.
![]() |
![]() |
|
Le canyon de Boquillas (05/01) |
Le canyon de Santa Elena. A gauche, le Mexique, à droite, les Etats-Unis (07/94) |
L'histoire de Big Bend est aussi contrastée que le parc : d'abord fond marin pendant 500 millions d'années, après une forte période d'érosion qui fit disparaître les sédiments accumulés pendant 140 millions d'années, la région de Big Bend revient momentanément sous l'eau et en sort à la fin du Crétacé. L'ère des dinosaures se termine : on a retrouvé des parties du squelette d'un ptérodactyle de 15 mètres d'envergure. Une aile, partiellement reconstituée, est présentée au "Visitor Center" de Panther Junction.
Il y a 36 millions d'années, lorsque se forme la province du Basin and Range, un volcanisme violent construit à travers ces sols sédimentaires les épanchements de laves et de cendres dont naîtront les Chisos.
Il faut remonter à 10 000 ans pour trouver des traces d'occupation humaine. Les glaces polaires descendaient alors beaucoup plus au sud (la fonte des glaces n'est pas un fait moderne : on sait qu'en France, le glacier du Rhône s'étendait jusqu'à Lyon, et qu'il y a 20 000 ans, le Missouri et l'Ohio étaient la limite méridionale des glaces du pôle nord !). Le climat était plus frais, plus humide. L'Amérique du Nord abritait de grands animaux : mammouths, mastodontes, bisons géants et chameaux, dont se nourrissaient ces hommes. Ces animaux disparurent : une explication est qu'ils furent chassés jusqu'à l'extinction ; une autre qu'ils ne s'adaptèrent pas au changement de climat. Les humains se rabattirent sur des gibiers plus petits, puis devinrent fermiers, et sédentaires.
Les Espagnols, lorsqu'ils s'installent dans la région, en 1684, n'y trouvent presque personne. Mais bientôt, les Apaches Mescaleros font de Big Bend un de leurs territoires. Ils deviennent rapidement une plaie pour les villages du nord de la Nouvelle Espagne, qu'ils pillent sans vergogne. Les Comanches, cavaliers émérites, viennent quelques dizaines d'années plus tard. Big Bend est pour eux le chemin naturel qui mène au Mexique. Bientôt, leur réputation dépasse celle des Apaches, et la trace laissée par leurs chevaux laisse le pays nu : sur leur piste, la végétation ne repoussera pas pendant des années.
L'occupation moderne des lieux commença avec l'élevage : pour que vive du bétail, il suffit de lui donner suffisamment d'espace. Mais c'est surtout la découverte de sulfure de mercure qui attira les Américains. Terlingua date de cette époque. L'exploitation commença en 1903. Quarante années plus tard, les mines étaient épuisées. Deux mille personnes travaillaient à Big Bend, et durent partir vers d'autres horizons. Aujourd'hui, seuls quelques motels et les attractions touristiques, telles que la descente du Rio Grande en raft, permettent de conserver une faible population.
Big Bend n'est pas un parc à visiter au coeur de l'été. Il fait si chaud qu'en quelques minutes, on n'a plus qu'une idée : regagner la voiture, dont la climatisation peine pourtant à fournir un peu d'air frais. Mais pour des vacances d'automne ou de printemps, c'est une région idéale. Si vous préférez la solitude, l'hiver peut très bien convenir : les nuits seront fraîches, mais assurément le soleil brillera. Vous risquez cependant d'avoir froid, si se lève le vent au nord. En tous cas, quelque soit la saison, une chose au moins vous surprendra : la pureté de l'air. L'éloignement des grands centres industriels et le faible taux d'humidité lui donnent un goût fantastique : on se réveillerait la nuit pour se sentir respirer ! Malheureusement, il suffit de remonter de quelques centaines de kilomètres vers le nord pour que ce bien-être disparaisse.
Si vous venez à la fin du printemps, c'est l'occasion pour vous d'une remise en forme : l'air sec et une ou deux bonnes marches dans la montagne vous nettoieront peau, bronches et poumons. On ne s'en rend guère compte, car la transpiration s'évapore immédiatement, mais on élimine une extraordinaire quantité d'eau par l'épiderme.
![]() |
![]() |
|
Les Chisos (05/01) |
Tuff Canyon, bordé d'ocotillos (05/01) |
Temps minimum : 4 heures. En fait, une journée entière est à peine suffisante pour faire le tour du parc, et en marchant très peu.
Climat : extrêmement sec et chaud. C'est une région qu'il vaut mieux voir entre octobre et avril. La chaleur sera moins accablante, et on en profitera bien mieux. C'est aussi l'époque où les Américains viennent les plus nombreux.
Site officiel du parc national : http://www.nps.gov/bibe/index.htm.
La carte du parc sur le site officiel.
COMMENT Y ALLER : Accès depuis l'aéroport régional le plus proche :
| ORGANISER VOTRE VOYAGE :
FAIRE DES CADEAUX : |
|
LIVRES : cliquer ICI (ou cliquer sur un titre).
|
© et crédit photos : America dreamZ.
![]()