
John Wayne, paraît-il, en rêvait depuis vingt ans. Lorsqu'il entreprit de tourner The Alamo, il savait s'engager dans une entreprise gigantesque : le film, le plus cher jamais tourné entièrement aux Etats-Unis jusque là, coûta plus de 9 millions de dollars de 1959. En tenant compte de l'inflation, cela ferait 64 millions en 2007. Le nouveau western John Lee Hancock, avec Dennis Quaid et Jason Patric, lancé en 2004, coûta près de 100 millions : pour lui aussi, on était parti de zéro ! Chaque réalisateur, à 45 ans d'intervalle, construisit entièrement son décor : celui de John Wayne est devenu Alamo Village.

Du toit des Low Barracks, l'église et le bureau de Travis (03/99)
Le véritable lieu de la bataille, entouré de bâtiments et de maisons, en plein coeur de San Antonio, était inutilisable : John Wayne cherchait un endroit où planter son décor. De son côté, James T Shahan, propriétaire d'un ranch et maire de Brackettville, Texas, essayait de relancer l'économie de la petite ville, durement touchée par la fermeture d'une base militaire : Fort Clark, fondé ici en 1852, y avait attiré les premiers civils ! D'abord destiné à lutter contre les Comanches, maintenu au début du XXme siècle grâce à l'instabilité politique du Mexique, il eut en garnison pendant la Deuxième Guerre Mondiale une division entière de cavalerie : plus de 12000 hommes ! Mais les chars remplaçaient les chevaux et, en 1946, l'administration mit fin à l'existence de Fort Clark. Toutes ces bouches à nourrir, ces soldats à équiper, ces cavaliers à monter disparurent, et rien ne les remplaça. Voisin des Shahan, le Hobbs Ranch avait accueilli deux longs métrages : Arrowhead (Le Sorcier du Rio Grande), dont l'action se déroule justement à Fort Clark, avec Charlton Heston, en 1953 et, en 1955, The Last Command (Quand le clairon sonnera), avec Ernest Borgnine et Arthur Hunnicut : ce dernier y tient justement le rôle de Davy Crockett, et le film s'achève par la chute de Fort Alamo.
La rencontre entre leux deux hommes eut lieu, mais c'est la présence à Brackettville de Chato Hernandez, artisan capable de construire des bâtiments en adobe, comme l'auraient fait les Espagnols du XVIIIme siècle, qui fit basculer la décision. La négociation continua : John Wayne avait un budget à tenir; James Shahan voulait plus que quelques façades le temps d'un tournage. Il lui fallait un décor durable, capable d'attirer d'autres réalisateurs à Brackettville. A terme, l'association de ces deux caractères aboutit à la construction de plus de trente bâtiments : saloon, prison, maisons d'habitation, église, cantina... Une vraie petite ville de l'Ouest dont la diversité permet, avec quelques retouches, de s'adapter dans l'espace et le temps à des scenarii très divers.

Aucune fausse façade : tous les bâtiments sont en dur. Pierre, brique, bois, style hispanique ou yankee : il suffit pour le cinéaste de bien cadrer ses plans ! (03/99)
Le village, peu à peu agrandi, ne chercha jamais à reproduite la capitale du Texas en 1836 mais John Wayne avait voulu la mission fidèle à ce qu'avait été le fort pendant le siège. Il joua lui-même le rôle de Crockett. Richard Widmark tenait celui de Jim Bowie, Richard Boone celui de Sam Houston et Lawrence Harvey était WB Travis. Le film lança Alamo Village : les deux westerns les plus célèbres tournés par la suite sont Les deux cavaliers (Two Rode Together), de John Ford, en 1960, où Richard Widmark joue un sous-lieutenant, et James Stewart un vieux filou de coureur des Plaines, puis Bandolero, d'Andrew McLaglen, en 1967, où le même James Stewart, astucieux et sans scrupules, sauve la vie de son frère Dean Martin, au nez et à la barbe du shérif George Kennedy, avec pour spectatrice la belle Raquel Welch. Plus de deux cents films, séries télé et clips publicitaires ont été tournés ici : cinquante ans plus tard, rien ne semble vieilli, mais chaque nouvelle réalisation a amené de légers changements.
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A deux ans d'intervalle, l'église, repeinte de neuf, a changé d'allure (03/99 - 05/01) |
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Historiens et amateurs trouveront dans la mission fortifiée tout ce qui peut les intéresser. Un ou deux détails clochent : l'église n'avait pas encore de fronton arrondi; l'entrée n'était pas tounée vers le nord, mais le sud et, bien sur, la rivière manque, avec Bexar dans son méandre. Mais les bâtiments sont là, les Long Barracks, où Travis avait son bureau, les Low Barracks où mourut Bowie, l'église bien sur, et la palissade que gardaient Crockett et ses compagnons du Kentucky. Chacun, d'ailleurs, sera probablement passé d'abord à San Antonio visiter ce qu'il reste des lieux.

La cour vue en enfilade depuis le "parvis" de l'église (03/99)
James Shahan mourut en 1996, mais sa veuve, aidée par ses enfants, continue l'exploitation. Au village, deux pièces ont été transformées en musée, où sont exposées les affiches du lancement, de nombreuses photos prises pendant le tournage, quelques accessoires et même une maquette pour enfant. En temps ordinaire, plusieurs magasins vendent souvenirs, vêtements et autres colifichets et, le temps d'un tournage, certains propriétaires deviennent figurants.
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Deux canons conservés au musée (05/01) |
Partout le souci du détail (03/99) |
Deux fois par an, en mars et en octobre, des cow-boys poussent les longhorns du ranch dans la grand rue et, le 1er week-end de septembre, des concours de tir et des courses de chevaux ont lieu au son de la musique country.

Quelques longhorns du ranch Shahan. Ils ont eu leur part dans un épisode de Colorado Saga, consacré à ces animaux (05/01)
Toute la saison d'été, des cow-boys déguisés en acteurs se provoquent et ses battent devant la cantina, le saloon mexicain. Deux ou trois personnes habitent ici en permanence et, si l'on vient un jour de semaine, lorsque les touristes sont rares, leur présence un peu anachronique n'empêche pas de ressentir dans les rues vides une sorte de solitude du passé.

L'un des deux voyous a déjà assassiné le shérif ! (05/01)
John Lee Hancock voulut un film le plus proche possible de la vérité historique : les personnages sont ressemblants, dans la mesure où l'on a d'eux un portrait; le scenario conforme à l'Histoire, lorsqu'elle est connue ; la mission fortifiée et San Antonio de Bexar sont aussi véridiques que possible. Hancock ne voulut pas utiliser Alamo Village et reconstruisit entièrement ville et mission, une quarantaine de kilomètres à l'ouest d'Austin. Mais il n'y avait, cette fois-ci, pas de James T Shahan et ce nouveau décor ne fut pas bâti pour durer : c'est d'autant plus dommage que c'était la seule représentation exacte de San Antonio en 1836.

Aucun des deux westerns n'eut le succès attendu. John Wayne avait investi 1,2 million de dollars, via sa propre compagnie, Batjac Productions : plusieurs nouveaux films et plus de 10 ans furent nécessaires pour rembourser ses créanciers. Pendant tout le temps qu'il resta en salle, le film de John Lee Hancock n'engrangea que 30 millions de dollars de recette : bien peu pour payer 100 millions d'investissement ! On pourrait croire que ni la légende, ni l'Histoire n'intéressent plus les Américains. Pourtant, chaque année, des millions de touristes vont à San Antonio et visitent l'ancienne mission.

A San Antonio, un très vieux chêne, auprès du puits de l'ancienne mission (03/99)
Brackettville est en plein désert, au sud-ouest du Texas, sur l'US 90, la route touristique vers Big Bend National Park, à 200 km de San Antonio, 500 de Houston et 650 de Dallas, mais Alamo Village reçoit entre 20 000 et 25 000 visiteurs l'an. Beaucoup, bien sur, viennent pour les animations, les longhorns, les courses de chevaux, les concours de tir ou le décor de cinéma. Nombreux sont ceux qu'attire cette unique ressemblance historique et la possibilité de rêver un moment sur les remparts de Fort Alamo.

Ces véhicules hippomobiles ne sont pas ici que pour les visiteurs : attelés, ils deviennent des accessoires de cinéma (03/99)
site officiel : http://thealamovillage.homestead.com/alamovillage.html
Temps minimum : 3/4 heure
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