Mount Rushmore National Memorial

Crazy Horse Memorial


Localisation


"La mort aux trousses", d'Alfred Hitchcock, où Cary Grant et Eva Marie Saint, poursuivis par l'espion James Mason, tentent de se dissimuler jusque sur le nez de Georges Washington, rendit le mont Rushmore célèbre dans le monde entier. Vingt ans plus tard, la pochette d'un disque fit à nouveau le tour de la planète : le visage des cinq musiciens de Deep Purple remplaçait celui des quatre présidents. Au cours des années 1980, on évoqua l'idée d'ajouter le visage de Ronald Reagan à ses prédécesseurs. Avant lui, on avait parlé de John Kennedy et même, par une curieuse association d'idées, d'Elvis Presley ! La renommée mondiale du Crazy Horse Memorial, vingt-sept kilomètres au sud-ouest, reste à faire.

L'économie du Dakota du Sud languissait. Directeur de la Société Historique et historien officiel de l'Etat, Doane Robinson imagina d'attirer les touristes avec trois personnages de légende sculptés dans une aiguille de roche des Black Hills : Kit Carson, Jim Bridger et John Colter. Un sénateur s'associa à l'idée : fort de cet appui politique, Robinson se mit en quête d'un sculpteur capable de mener l'oeuvre à bien.

En 1923, John Gutzon Borglum est bien connu du public : un portrait de Fremont, un buste de Lincoln, ses études à Paris et sa rencontre avec Rodin l'ont mis en contact avec des personnalités importantes, mais ses relations politiques pèsent moins aux yeux de Robinson que le chantier qu'il vient d'abandonner à cause d'un désaccord avec ses commanditaires : un portrait du Général Lee, taillé dans le granite de Stone Mountain, près d'Atlanta.

Mont Rushmore

Washington, Jefferson, Roosevelt et Lincoln (06/91)

Le sculpteur s'empare du projet et décide, au lieu des héros de l'Ouest, de sculpter dans la roche quatre grands présidents des Etats-Unis : Washington, général de l'Indépendance et premier président des USA, Jefferson, l'un des rédacteurs de la constitution et promoteur de l'expansion vers l'Ouest, Lincoln, garant de l'unité nationale, et Théodore Roosevelt, premier à affirmer les Etats-Unis sur la scène internationale. La roche de l'aiguille désignée par Doane Robinson est fragile... Après plusieurs jours d'exploration, les deux hommes trouvent, au flanc de Harney Peak, point culminant des Black Hills, une falaise orientée au sud-est: le grain fin du granite résistera longtemps aux éléments.

Les 4 présidents font du projet une grande cause nationale, que l'Etat Fédéral propose de financer entièrement. Le sculpteur n'accepte que la moitié, et rassure les habitants du Dakota du Sud : il n'aura pas recours à leurs impôts ! Le complément, assure-t-il, il ira le demander aux financiers de l'Est. L'ouverture officielle du chantier a lieu le 10 août 1927, en présence du président Coolidge.

Chaque visage mesurera 18 mètres de haut : comment en délimiter les contours ? Pour une fois, les unités anglo-saxonnes vont simplifier les choses. Borglum fait une maquette au 1/12me. Un pied égale douze pouces : il suffira de reporter les mesures du modèle sur la montagne, unité pour unité. Un mât, une vergue orientée grâce à un rapporteur et un fil à plomb, dans chacune des deux échelles, sont les seuls outils nécessaires. Une surface d'approche, 100 à 150 mm en surépaisseur des traits définitifs des quatre présidents, est dégrossie à la dynamite et au marteau piqueur. Puis, on fore en nids d'abeilles jusqu'au tracé final et on abat les cloisons au marteau pneumatique.

Deux fois, Borglum doit modifier son plan. Jefferson devait être à droite de Washington : un manque de matière le fait transférer à gauche. Ailleurs, une roche pourrie oblige à enfoncer le tête de Roosevelt plus profond que prévu. Mauvais hivers et difficultés de financement ralentissent l'ouvrage : 14 ans se passent à sculpter la montagne, dont seulement six et demi sont utilisés, pendant lesquels plus de 300 personnes travaillent sans relâche.

A partir de 1939, pendant que son père cherche des fonds dans l'Est, Lincoln, le fils du sculpteur, dirige le chantier. John Gutzon Borglum meurt en mars 1941. Au mois d'octobre suivant, Lincoln met fin aux travaux de finition, faute d'argent. Le " Sanctuaire de la Démocratie " a coûté près d'un million de dollars (le double du devis initial !) dont, finalement, 836000 ont été pris sur les deniers publics, mais Borglum a tenu sa promesse d'épargner les contribuables du South Dakota. Depuis, seuls les aménagements extérieurs ont été modifiés.

Le monument draine plus de deux millions de visiteurs par an. Les plus pressés se contentent de jeter un coup d'oeil depuis la terrasse, mais la plupart suivent la piste des Présidents jusqu'au pied de la falaise et reviennent par le "Sculptor's Studio", où sont exposés maquette et outils utilisés pour les travaux. Ceux qui couchent à proximité, ou passent en fin de journée, profitent des illuminations. De Memorial Day (fin mai) à Labor Day (début septembre), l'éclairage des projecteurs est précédé d'une présentation et d'un film. Puis l'intensité de la lumière augmente graduellement jusqu'à ce que la montagne soit en pleine lumière. Le reste de l'année, on doit se contenter d'observer les célèbres visages se détacher sur le ciel noir.

Black Hills

Black Hills (07/03)

Seule montagne entre le Mississippi et les Rocheuses, seul refuge lorsque le blizzard balaye la Prairie, seule région à des journées de cheval où l'on trouve des arbres pour les mâts des tipis, dès l'arrivée des Sioux dans la région, les Black Hills deviennent un de leurs territoires sacrés. Le traité de 1868 leur en garantit la propriété ; la découverte d'or, en 1874, déclenche une ruée que le gouvernement fédéral ne fait pas grand chose pour réfréner. Malgré leur éphémère victoire à la Little Big Horn, deux ans plus tard, à nouveau spoliés, les Lakotas plient, mais n'oublient pas leur montagne sacrée. La région se peuple, l'agriculture s'installe, le territoire des réserves se stabilise et, peu à peu, les Sioux s'intègrent dans la civilisation américaine. Eux aussi veulent leur symbole : en 1939, des chefs tribaux écrivirent à Korczak Ziolkowski pour lui demander de sculpter dans les Collines Noires une effigie de Tashunke Witko, Cheval Fou... Le " Sanctuaire de la Démocratie " n'est pas achevé que, déjà, naît l'idée du Crazy Horse Memorial.

Ziolkowski ne sait rien des Sioux : il travaille quelques mois avec Borglum, puis leur rend visite à Pine Ridge, où il découvre la culture et l'Histoire des indiens des Plaines. Il réalise une maquette, une effigie du guerrier lakota, hautain, le bras droit tendu, l'index pointé en réponse à une question des émissaires du gouvernement américain :

- "Où sont vos terres ?"
- "Elles sont là où sont mes ancêtres !"

Crazy Horse en 1991 Crazy Horse en 2003

L'évolution du monument de 1991 à 2003 (06/91-07/03)

En 1943, il s'engage et se bat en Europe. A la fin de la guerre, alors que l'administration lui propose de sculpter des monuments aux morts, il préfère accepter la proposition des Sioux et fait voeu de ne percevoir pour la construction du monument ni subvention, ni salaire. En compagnie de Henry Standing Bear, frère de l'auteur des "Souvenirs d'un chef Sioux", il déniche un beau massif granitique que, déjà imprégné de culture indienne, il nomme Thunder Mountain.

Ziolkowski paie les premiers terrains de sa poche et commence les travaux sous couvert d'exploitation minière. A temps perdu, il construit la cabane de rondins où il vivra. Il pense d'abord ne sculpter, en haut de la montagne, qu'un monument de la taille du Mont Rushmore, puis décide que son oeuvre occupera toute la falaise : six fois plus en hauteur. C'est deux cents fois plus de roche à détacher, réduire et déblayer !



Une forte ligne de peinture blanche montre où sera la tête du cheval (06/91)

Il utilise, pour tracer le contour de la statue en lignes visibles de loin, plus de 600 litres de peinture : la première charge de dynamite explose le 3 juin 1948. Trente-sept ans plus tard, à la fin de 1985, huit millions de tonnes de roche ont été arrachées à la montagne, un volume capable de contenir 10000 appartements de 120 m² ! Les chalumeaux à propane, dont la flamme fond le granite comme neige au soleil, ont remplacé les foreuses pneumatiques, mais dix ans, de 1988 à 98, sont nécessaires pour qu'apparaisse le visage du lakota, presque une fois et demi plus haut que ceux du Mont Rushmore. La plume de ses cheveux mesurera 13 mètres et l'on calcule que, sur son bras, pourront se tenirr 4000 personnes ! Le sculpteur imaginait que son travail durerait 30 ans : cinquante après le début des travaux, on ne voit encore pas se dessiner la tête du cheval !



Tashunke Witko : Cheval fou (07/03)

La dynamite coûte cher et, souvent, l'argent manque. Fidèle à sa promesse, par deux fois, Ziolkowski a refusé une subvention de dix millions de dollars : si le public comprend ce qu'il est en train de faire, il paiera pour visiter. Emballé par ce credo, un visiteur a donné 60000 dollars ; sans être jamais venu, quelqu'un en a envoyé 230000. L'Etat Fédéral contribue à sa manière : ces dons sont exonérés d'impôts.

Korczak Ziolkowski mourut en 1982. En 2003, à 77 ans, sa veuve Ruth dirigeait l'ensemble des opérations : chantier de taille, Indian Museum of North America et Native American Cultural Center où, chaque été, sont accueillis gratuitement artistes et artisans de diverses tribus, Indian University et Medical Training Center. Sept de ses dix enfants, et plusieurs de ses petits-enfants l'assistent dans l'exploitation quotidienne.

 

Indian Museum of North America (07/03)

Native American Cultural Center (07/03)

Ces institutions sont ici par la volonté de Ziolkowski : il a voulu un organisme dédié aux indiens d'Amérique du Nord, sans but lucratif, culturel, éducatif et humaniste. Le monument lui-même ne serait que le moyen, grâce aux entrées payantes et aux dons, de financer l'éducation des tribus amérindiennes et permettre à leurs membres d'accéder à leur rang naturel dans la société et l'économie.

Lorsque l'hiver empêchait de travailler, Korczak aménageaient les dépendances. Ce fut, d'abord, un escalier de 741 marches, pour accéder au sommet de la montagne, puis un puits, un lac artificiel, une ferme laitière, l'Avenue des Chefs, la terrasse, l'atelier, le musée indien et puis sa propre tombe, à 150 mètres du pied de la falaise. Il profita aussi de ces temps morts pour réaliser d'autres oeuvres : statue de Wild Bill Hickock pour Deadwood, mémorial de Sitting Bull, portrait de Standing Bear...

Au fil des années, il dut subir quatre opérations de la colonne vertébrale et un pontage cardiaque. Malgré les risques, affaibli par le diabète et l'arthrite, il continua, jour après jour, dimanches et fêtes, jusqu'à ce que la mort l'emporte. Ses dernières paroles furent pour Ruth : "Tu dois travailler sur la montagne, mais va lentement, et fais bien."

On estime, en fonction des ressources, que le travail sur Crazy Horse pourrait durer 50 ans encore.

Il n'existe aucune représentation graphique de Cheval Fou : le guerrier refusa toujours de se laisser photographier. L'Indian Cultural Center présente un dessin qui pourrait être lui. Le guerrier de la montagne symbolise ainsi tous les Lakotas, et tous les indiens d'Amérique du Nord.

Crazy_ horse vu de face


Site officiel du Mount Rushmore : http://www.nps.gov/moru/

Site officiel du Crazy Horse Memorial : http://www.crazyhorsememorial.org/


Mount Rushmore : temps minimum 1 heure.

Crazy Horse : temps minimum 1 heure.


COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

  • Salt Lake City situé à 1040 km à 10.5 heure(s) de route.
  • Chicago situé à 1520 km à 17 heure(s) de route.

Accès depuis l'aéroport régional le plus proche :

  • Rapid City situé à 60 km à 1 heure(s) de route.

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