
A 2100 mètres d'altitude, au pied de la chaîne des Sangre de Cristo, Santa Fe s'étale au soleil à flanc de plateau.

Les Sangre de Cristo. Les feuilles rouges de l'automne lui ont fait donner ce nom de Sang du Christ (10/85)
Au XVIme siècle, à Mexico, le récit du voyage de Cabeza de vaca et de ses compagnons a propagé la rumeur qu'au nord, il y a des cités aux toits couverts d'or ! En 1540, Francisco Vasquez de Coronado conduit la première expédition sérieuse, passe à Zuñi, traverse le Rio Grande, pousse jusqu'au Kansas et revient bredouille au bout de deux ans de voyage : pas la plus petite trace d'or dans la région... D'ailleurs, les indiens d'ici n'en connaissent pas l'usage.
Ce n'est qu'en 1598 qu'on entreprend de coloniser la moyenne vallée du Rio Grande. Don Juan de Oñate remonte le fleuve, annexe la région au nom du roi d'Espagne et s'installe avec 400 soldats, prêtres et colons à proximité de l'actuelle Española. D'après ses plans, la nouvelle capitale est fondée onze ans plus tard par un nouveau gouverneur : Don Juan Peralta.

La plus vieille maison de la ville : les poutres ont été coupées entre 1720 et 1750, mais les parties les plus anciennes dateraient de 1610. Les plus vieux vestiges d'occupation indienne remontent à 1300. La maison se trouve au Barrio de Analco. Ce mélange d'espagnol et de nahuatl signifie: Quartier de l'autre côté de la rivière. La population de souche espagnole vivait sur la rive nord : la cohabitation des deux races n'était pas admise (06/05)

Plus vieux bâtiment en service des Etats-Unis, l'ancien palais des gouverneurs date assurément de 1610. Lew Wallace y écrivit Ben Hur, en même temps qu'il essayait de mettre fin à la guerre du bétail où étaient impliqués Billy the Kid et John Chisum. Il est devenu musée d'Histoire (09/83)
La vallée du Rio Grande se peuple. Les Espagnols introduisent l'équitation, l'élevage, le travail et l'usage de la laine. Le Nouveau-Mexique, comme la plupart des colonies nouvelles, ne rapporte pas grand chose, et l'Espagne lui consacre peu d'argent. L'administration est réduite, l'armée inexistante. Les prêtres catholiques s'efforcent de diffuser la religion chrétienne : tout irait bien si leur prosélytisme ne cherchait en même temps à faire disparaître celles de Pueblos.
Excédés, les Pueblos se révoltent. Pour la première fois, ils réussissent à coordonner les tribus dispersées et, le 10 août 1680, tous les villages se soulèvent. Débordés par le nombre, les Espagnols fuient: leur convoi reflue vers El Paso, le gué sur le Rio Grande. Les Indiens détruisent tout ce qui peut rappeler l'Espagne, brûlent croix et archives. Aujourd'hui encore, des Américains d'origine hispanique proclament leurs droits, qu'ils ne peuvent prouver, sur les ranches de grands propriétaires.
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La mission San Miguel, construite en 1610, reconstruite en 1645, incendiée en 1680 et de nouveau reconstruite en 1710 (06/05) |
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La victoire est totale. Douze ans passent avant que les Espagnols ne reviennent, mais leur influence économique subsiste : les Pueblos ont appris des techniques utiles, qu'ils transmettent aux Navajos par les mariages intertribaux.
En 1821, le Mexique acquiert son indépendance. L'Espagne, jalouse de son industrie, a imposé jusque là que les biens manufacturés consommés dans ses colonies proviennent de la Mère Patrie : le commerce avec les pays voisins est interdit. Mais le Mexique est plus libéral. William Becknell, parti de Franklin, Missouri, conduit à travers prairies et montagnes une caravane de mulets chargés de marchandises. Il vient avec des prix plus bas et des produits nouveaux: il est accueilli à bras ouverts et réalise un profit substantiel. La piste de Santa Fe est ouverte : pour plusieurs décennies, elle va devenir le chemin du commerce entre Mexicains, Américains et indiens des Plaines.

La Grand Place, entourée de magasins, bars et restaurants, accueille régulièrement le marché indien (09/98)
Le gouvernement mexicain, soucieux de peupler ces vastes étendues que personne au Mexique ne songe à occuper, accorde aux Américains de s'installer. S'ils adoptent la nationalité mexicaine et se convertissent au catholicisme, ils ont le droit de posséder de la terre. Mieux ! Celui qui s'engage à promouvoir l'établissement de champs, de villages et d'artisans reçoit en concession un immense domaine. Ainsi, Charles Beaubien et Guadalupe Miranda vont règnent sur 685 900 hectares, un ranch plus grand que le département de la Seine et Marne. Le fils de Beaubien, encore adolescent, reçoit 415 000 hectares qui s'ajoutent à celles de son père. Ceran St Vrain, l'associé de William Bent, en obtient 1 638 000 hectares, prairies et montagne. Peu à peu cependant, après l'annexion du Nouveau-Mexique par les Américains, la poussée de la population grandissante, des quatters qui s'installent sans autorisation, oblige les grands propriétaires à vendre.

Established 1603, affiche l'enseigne ! On sait que The Original Trading Post était là avant 1840, mais il y a bien peu de chances pour qu'un établissement commercial ait existé avant la fondation de la ville ! Son aspect s'est quelque peu amélioré, mais le style reste le même (09/83)
En 1846, sous prétexte d'incidents à la frontière texane, les Etats-Unis envahissent le Mexique. Le général Stephen Watts Kearny entre au Nouveau-Mexique. Le gouverneur Armijo s'enfuit : sa capitale se rend sans se battre ! Toujours légalistes, après avoir gagné la guerre, les Américains achètent les territoires conquis.
Santa Fe reste une petite ville. Malgré ses 70 000 habitants, malgré l'activité trépidante des Américains, elle conserve son caractère hispanique. Maisons, bâtiments commerciaux, parkings sont construits dans le style des pueblos indiens : murs ocres d'adobe, un pisé de boue et de paille, toits en terrasse, moignons de poutres rondes qui débordent des murs... La construction moderne utilise quelques artifices : les poutres ne souteniennent plus le toit; sous le crépi trop mince d'immeubles à bas prix, on distingue l'aggloméré des maisons de bois; et si l'unité de style donne à la ville un cachet exceptionnel, certaines banlieurs récentes montrent qu'une excessive uniformité conduit au résultat inverse de celui qu'on recherche.
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Institute of American Indian Art : l'adobe est de plus en plus présent, mais le style Renaissance Espagnole du Lensic Theater, un cinéma construit en 1931, transformé en Performing Art Center, ne dépare pas (09/98 - (09/83) |
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La région, appréciée des artistes depuis près de deux siècles, alimentée par les productions traditionnelles des Indiens Pueblos et des artisans hispaniques, est devenue un grand centre artistique: Santa Fe en est la capitale. Au nord, Chimayo, réputé pour son tissage, et Taos ; au sud, Madrid. Toutes sont sur l'ancien Camino Real, le Chemin du Roi.

Le marché indien, devant le Palais des Gouverneurs (09/98)
Partout on voit les poteries rouges de San Ildefonso, Acoma, Laguna, Zia, et les magnifiques céramiques noires de Santa Clara. Les magasins regorgent des conchas d'argent, des peintures de sable et des célèbres couvertures des Navajos. Les poupées kachinas, les bijoux et les fétiches des Hopis et des Zunis sont dans toutes le vitrines. Dans tous ces objets se retrouve souvent la tradition millénaire de civilisations disparues : Anasazis, Hohokams, Sinaguas et Mogollons. On dirait parfois que cette ville n'est qu'un grand centre commercial, un "mall" dédié à l'objet d'art. Mais la demande est forte et on en fait pour tous les goûts, même le pire !
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Une ville d'art et d'artistes (06/05 - 09/98) |
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De la Grand Place partent des rues souvent étroites et sinueuses. En suivant Canyon Street vers la rivière et le Barrio de Analco, on verra beaucoup de galeries d'art, tableaux et sculptures, des jardins fleuris, quelques restaurants...
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Pink Adobe Restaurant. L'échelle sert à augmenter la ressemblance avec les pueblos traditionnels, mais ceux-ci n'auraient pas une porte au rez-de-chaussée ! (06/05) |
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Indiens et Hispaniques représentent plus de la moitié de la population du Nouveau-Mexique: c'est presque autant de catholiques. Eglises et monuments religieux abondent. Quoi de plus naturel? Depuis 1853, le siège de l'évêché est ici.
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La cathédrale Saint François d'Assise (09/98) |
Nostra Señora de Guadalupe, bâtie en 1781, présente aujourd'hui les collections historiques de l'archevêché (06/05) |

Le rôle des moines n'a pas toujours été exemplaire, mais leur influence a profondément marqué la population et l'Histoire (09/98)
Le premier évêque, puis archevêque du Nouveau-Mexique, Jean-Baptiste Lamy, était français: sa reponsabiltié s'étendait aussi à l'Arizona et au Colorado, mais le sud de la région dépendait de Dallas. Lamy fit construire la cathédrale Saint François, ainsi que Notre Dame de Lorette (Loretto Chapel !), dont l'escalier en colimaçon éveille d'autant plus d'admiration chez les Américains que le nom de son charpentier s'est perdu. Les traditions indiennes se mêlent souvent au christianisme, en même temps que leurs religions traditionnelles s'expriment au grand jour, accompagnées de danses et de cérémonies.
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Le Lamy Building, juste au sud de la mission San Miguel, était autrefois le dortoir des garçons du Collège Saint Michel (05/06) |
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A la fin du XIXme siècle, les Américains fondèrent plusieurs internats réservés aux jeunes indiens, pour leur donner une éducation qui leur permette de s'intégrer à la société moderne. Sur la NM 14 (Cerrillos Road), la Santa Fe Indian School est désormais gérée par le Conseil des 19 tribus pueblos. A la fois collège et lycée, elle prépare ses élèves à entrer à l'Université.
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Depuis plus de cent ans, les enfants indiens viennent de toute la région pour étudier ici... (06/05) |
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...alors que leurs parents travaillent, de plus en plus nombreux, dans les casinos tribaux (09/98)
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L'administration tend partout à s'étendre : depuis le Palais des Gouverneurs, le Nouveau-Mexique a eu quatre nouveaux capitoles : voici le dernier en date (06/05) |
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Santa Fe est une des villes les plus agréables de l'Ouest américain, et l'une des plus chères aux Etats-Unis. En 2007, la municipalité a fortement augmenté le salaire minimum légal, bien au-dessus de la base nationale. On arrive pourtant à se loger à des prix raisonnables, mais il faut chercher sur Cerrillo plutôt qu'au centre-ville !

400 ans en 2010 ! Quelques groupes de maisons de pisé se sont transformés en une belle ville, dont l'architecture retrace l'existence toute entière. Abandonnée pendant 12 ans, elle aurait pu disparaître mais, fondée pour être une capitale, elle l'est restée. Trois cent jours de soleil par an, un ciel pur et lumineux, les paysages grandioses des alentours en ont fait un paradis pour les peintres. Races, religions et cultures s'y mêlent depuis toujours et lui ont forgé une personnalité singulière : elle se distingue des autres villes américaines, et ceux qui le peuvent viennent y vivre. On y trouve toujours quelque chose à découvrir, et l'on y revient à chaque occasion.
Autre page de ce site traitant de la piste de Santa Fe : Bent's Old Fort
Autre page de ce site traitant de Billy le Kid : Fort Sumner, Las Cruces, Silver City
Temps minimum : arriver dans l'après-midi. Dîner et coucher. Repartir le lendemain. Si on est vraiment pressé, on peut voir le centre-ville en 1 heure.
Site de la Chambre de Commerce de Santa Fe : www.santafechamber.com
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