Fort Sumner State Monument

Déportation des Navajos

Pat Garrett tue Billy the Kid


situation


Il y a deux choses à voir à Fort Sumner : la première est le petit cimetière, où se trouvent les tombes de Billy the Kid et de Lucien Bonaparte Maxwell, derrière le musée Billy the Kid. C'est à Fort Sumner que Pat Garrett a abattu le Kid, dans la chambre de Peter Maxwell. Après que sa pierre tombale ait été dérobée plusieurs fois, il a fallu enfermer la tombe de Billy derrière un barreaudage.

La deuxième chose, c'est Bosque Redondo et ce qu'il reste de l'ancien fort : c'est là que furent déportés les Navajos, du printemps 1864 à l'été 1868.

Cette tribu n'a pas ses origines au Nouveau-Mexique : on pense qu'ils sont venus des plaines du sud du Canada. Ils arrivèrent entre le XIIIème et le XVIème siècle, selon les avis. Ils allaient à pied : leurs seuls animaux domestiques étaient des chiens, dont chacun portait ses vingt-cinq kilos de bagages.

Combien de temps mirent-ils pour faire le voyage : des années seulement, allant avec le dessein de s'établir ailleurs ? Ou des siècles, déplaçant leurs campements au fur et à mesure que de nouveaux adultes prenaient leur indépendance et formaient une nouvelle bande ?

Ils vinrent par les Plaines, en logeant le piémont des Rocheuses. Certains, qui avaient traversé les montagnes, arrivèrent par le Plateau du Colorado. D'autres, semble-t-il, étaient allé jusqu'au Pacifique, qu'ils suivirent, puis tournèrent vers l'est et traversèrent le Grand Bassin. Leurs dialectes étaient déjà différents, mais avaient la même souche linguistique : l'Athapascan. Les Pueblos les appelèrent " Apachus " : les " Ennemis ". Certains se mirent à cultiver la terre : les Pueblos les nommèrent " Apachus de Nabaho " , " Ennemis des grands Champs ". La langue espagnole ne conserva que le dernier mot, qui devint " Navajos ".

Ils vivaient de chasse, de cueillette, et de ce qu'ils pouvaient prendre à d'autres, quand l'occasion s'en présentait. En arrivant dans le sud-ouest, ils découvrirent la culture du maïs. Puis, ils apprirent des Pueblos le tissage, et des Espagnols l'équitation, l'élevage des moutons, le travail et l'usage de la laine.

Malgré ce début d'agriculture, difficile dans ces régions au climat désertique et fantasque, les jeunes qui voulaient constituer un troupeau, les pauvres, quand la récolte avait été mauvaise, lançaient des raids sur les tribus voisines, sur les ranches des Néo-Mexicains, puis plus tard, des Américains, pour se procurer bétail, moutons et chevaux.

Ces expéditions avaient un autre objectif : le florissant commerce des esclaves. Pour un domestique, les Espagnols étaient prêts à donner des chevaux. En Navajo, cheval se dit " Ce par quoi l'homme vit " : les rapts d'enfants ne suscitaient pas chez eux de blocage moral :

Le commerce pâtit toujours de l'agitation et de l'instabilité : partout, les Américains essayaient d'organiser la paix entre les tribus. Ils firent de même avec les Navajos. Mais les agents des Indiens n'étaient pas nommés pour leur compétence, mais par appui politique. Ils quittaient le confort de l'est, venaient s'établir en plein désert, se donnaient souvent de leur mieux à leur tâche, mais n'arrivaient ni à comprendre les Indiens, ni à se faire comprendre d'eux.

A Washington, bien sur, c'était pire. Seuls les Etats étaient représentés : les Territoires n'étaient que gouvernés. Représentants et sénateurs ne connaissaient que les pays de l'Est et du Middle-West. Ils n'avaient aucune idée des déserts de l'Ouest, et n'avaient jamais connu d'Indiens. Les agents essayaient de transmettre ce qu'ils comprenaient des besoins des Navajos, qui ne pouvait comprendre eux-mêmes la civilisation à laquelle ils étaient confrontés.

Les Navajos continuaient leur brigandages. De plus en plus d'électeurs d'origine américaine se plaignaient. On envoya quelques expéditions : les vieux chefs nantis affirmaient leur bonne volonté, remboursaient sur leur propre troupeau, mais n'arrivaient pas à arrêter les jeunes.

A la fin, on confia la tâche au colonel Kit Carson. Il connaissait bien les Peaux-Rouges. Il s'appuya sur ceux qui détestaient le plus les Navajos : leurs ennemis traditionnels et leurs victimes ordinaires. Appuyé de quelques centaines de soldats seulement, Carson laissa se déchaîner la vindicte des Utes et des Pueblos.

La campagne commence en juillet 1863. Plutôt que de rechercher le combat avec un ennemi qui s'évanouit sur un territoire immense, Kit Carson pratique la politique de la terre brûlée. Il détruit les récoltes, massacre les troupeaux, affame ses adversaires. Les Navajos se dispersent, disparaissent avec ce qui leur reste de moutons et de chevaux. Mais le froid et la faim ont raison d'eux : à la fin de l'hiver, presque sans un coup de feu, Carson a vaincu.

Carleton, le général en commande, pense que pour que les raids cessent, il faut donner aux Navajos le moyen de vivre autrement, c'est-à-dire l'agriculture. Il faut leur enseigner comment vit l'homme blanc. Et pour cela, la première chose à faire est de les avoir sous la main : on les envoie à Bosque Redondo, au bord de la Pecos. Un fort de l'armée y surveille déjà 400 Apaches Mescaleros. Dans ce lieu sans arbres, on ajoute près de 7000 Navajos, sans baraquements, sans encadrement, sans même d'interprête : il faut traduire du navajo à l'espagnol, puis à l'anglais.

Les Navajos vaincus, qui ont passé un très mauvais hiver, font de leur mieux pour s'adapter. Mais ils ont très peu fréquenté l'homme blanc : n'ayant jamais vu de café, ils pensent que c'est un aliment. Ils lavent les grains plusieurs fois, comme ils feraient de haricots, jettent le jus et trouvent que c'est tout de même bien dur à mâcher. " Mais comment les blancs peuvent-ils aimer ça ? " se disent-ils. Cependant, peu à peu, avec l'aide des soldats, ils apprennent et s'organisent.

Ils essaient de cultiver du maïs et des haricots, creusent, plantent, irriguent, binent. Pour rien : Chaque année apporte sa misère : la sécheresse, les chenilles, l'inondation... La récolte est perdue : Les Mescaleros ont repris le maquis. Les Navajos commencent à faire de même.

1868 : U.S. Grant, le vainqueur de la Guerre de Sécession, est élu président. On considérait avant lui les tribus comme des nations, avec qui on traitait. Il pense que les Américains, plus évolués, doivent exercer sur elles une tutelle pour les faire accéder peu à peu à leur niveau. Personne n'imagine le temps qu'il faut pour effectuer cette mutation : passer du néolithique au modernisme ; surtout pas le Congrès, qui décide de l'utilisation de l'argent public.

Le général Sherman va sur place en personne : manifestement, les Navajos ne sont pas dans des conditions où ils pourront survivre. La décision était prise de les envoyer dans le " Territoire Indien ", futur Oklahoma. Mais ils demandent à rentrer chez eux, en promettant de se tenir tranquilles. Sherman dit oui : Joyeux malgré leur misère, les Navajos repartent, moins de trois semaines après la rencontre. Ils vont faire en sens inverse les 480 kilomètres qui les ont conduit à Bosque Redondo quatre ans avant, toujours à pied, ou à cheval pour les mieux lotis.

Il ne reste des baraquements de Fort Sumner que quelques fondations, des pans de mur qu'on a remonté pour les visiteurs, un monument commémoratif et un "Visitor Center" qui a le mérite de raconter un peu de cette histoire, et montre les conditions de vie à Bosque Redondo. Pour une fois, on a le droit de manipuler un sabre et un mousqueton de cavalerie Sharp. On appréhende un peu de réalité : le sabre est très lourd :

Autres pages du site parlant de Billy le Kid : Las Cruces, Lincoln, Silver City.


Temps minimum : 1/2 heure. Fort Sumner est très à l'écart des routes touristiques traditionnelles.

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