
Au cours des quelques siècles qui précèdent notre ère, l'agriculture prend assez d'importance pour que les hommes du Sud-Ouest deviennent sédentaires. Leur mode de vie, leurs savoir-faire vont fonder une civilisation : on les appelle "Anasazis", d'un mot navajo qui signifie "Ennemis de nos ancêtres" ou "Les Anciens", selon les traducteurs.
Au sixième siècle après Jésus Christ, ils inventent la poterie. C'est un grand progrès pour la cuisson des aliments : on peut mettre les pots directement sur la flamme. Deux siècles plus tard, l'arc et les flèches remplacent le javelot et l'atlal. A la même époque, le haricot s'ajoute à leur régime alimentaire, apportant des protéines supplémentaires. Ils occupent le Plateau du Colorado au Nouveau-Mexique, et aux angles contigus de l'Arizona, du Colorado et de l'Utah, jusqu'à la latitude du Grand Lac Salé.
D'autres civilisations sédentaires se développaient dans les régions voisines : Mogollons au Nouveau-Mexique, Hohokams et Sinaguas en Arizona, Fremont dans l'Utah... Ces noms ont été donnés par les archéologues : avant l'arrivée des Espagnols, il n'existe pas de document écrit. Chez les tribus qui leur ont succédé, aucune tradition orale ne fait mention de leur existence.
L'habitat évolue lui aussi : au début, on stockait les réserves et on s'abritait dans des puits recouverts de branchages. Puis on a bâti des murets pour rehausser les bords. Une technique plus subtile a transformé les murets en murs : plus besoin de creuser ! Enfin, on a appris à construire des maisons à étages : ces hommes étaient devenus suffisamment ingénieux pour donner une épaisseur supérieure aux murs du bas, afin qu'ils supportent le poids des étages.
A Mesa Verde, Colorado, débute au sixième siècle la construction d'abris, sous les surplombs laissé par l'effondrement de pans des falaises. Les abris se transformeront petit à petit en véritables immeubles.
Au Nouveau-Mexique, le site le plus important est Chaco Canyon. Occupés entre 850 à 1150, les bâtiments de plusieurs étages forment une série de villages qui ont pu abriter jusqu'à 6000 personnes. Le plus grand s'appelle "Pueblo Bonito" : il avait 600 pièces, disposées en demi-lune autour d'une cour intérieure.

Partout dans la vallée, des ruines aux couleurs plus sombres que les falaises (05/01)
Les murs sont faits d'un noyau de blocs de grès. De chaque coté, un placage de lauzes soigneusement calibrées protège le mur porteur. La cohérence de l'ensemble est assurée par un mortier de terre. Des poutres brutes soutiennent les planchers, ainsi que des plates-formes à mi-hauteur des murs, qui servent d'étagères ou de couche. On accède aux terrasses par des échelles. Des portes relient les pièces entre elles. Celles qui ouvrent sur les terrasses ont souvent la forme d'un té.
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Les pueblos de Chaco Canyon (05/01) |
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A l'intérieur de l'enceinte, creusées dans le sol, se trouvent plusieurs kivas, lieux de réunion et de culte.
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Le nombre de kivas est impressionnant ! On pense que les puits carrés de la grande kiva, visibles sur les photos du centre et de droite, servaient de caisse de résonnance à des tambours de peaux martelés avec les pieds. (05/01)
Dans ces bonnes conditions sociales et économiques, la population croît régulièrement. Mais le climat change. A la fin du XIIIme siècle, trente années de sécheresse se succèdent sans rémission. Les Anasazis sont-ils devenus trop nombreux pour leur habitat traditionnel ? Sont-ils forcés d'émigrer par des bandes de chasseurs pillards, nouveaux venus dans la région ? Quoi qu'il en soit, ils partent en hâte, ou comme s'ils allaient revenir, laissant derrière eux de nombreux objets d'utilité courante. Peut-être aussi que la valeur des biens abandonnés n'en justifiait pas le transport, à une époque sans chevaux.
Les Anasazis quittent Chaco Canyon, le Canyon de Chelly, Mesa Verde et leurs autres habitats traditionnels. A la même époque, les Mogollons, les Hohokams, les Sinaguas quittent aussi leurs régions d'origine.
Chaco Canyon est très isolé, sur un plateau herbeux dépourvu d'arbres, sauf dans l'abri des vallons. L'arroyo Chaco étend son lit entre deux falaises basses. Le paysage est désolé, mais agréable. Un grand silence, troublé seulement par le vent et les cris d'oiseaux, contribue à donner aux lieux un caractère antique, un peu mystérieux.
On accède à Chaco Canyon par des chemins de terre : la route goudronnée ne reprend qu'en arrivant au parc. Sur la terre battue, en venant du sud, le chemin paraît un peu longuet : mieux vaut arriver du nord.
Avant même d'arriver au "Visitor Center", voici Fajada Butte : trois dalles de grès, perpendiculaires à la falaise, captent les rayons du soleil, qui marquent sur une spirale gravée dans la falaise les équinoxes et les solstices. Le site est interdit d'accès au public depuis 20 ans, afin qu'il ne se dégrade pas plus.

Fajada Butte (05/01)
Le "Visitor Center" est neuf, et présente une belle collection d'objets trouvés lors des fouilles, les différents types de construction des murs et une riche librairie.
Chaco Culture est très grand ! une journée entière ne suffit pas à tout voir. Si le pueblo le plus proche du "Visitor Center" est "Una Vida", "Pueblo Bonito" est le plus grand. En forme de "D", il s'étend au pied d'une falaise en partie effondrée. Comme les autres "grandes maisons", sa construction avait été planifiée, et réalisée par étapes. On peut se promener dans les ruines, et un chemin mène sur la falaise, d'où l'on a une bonne vue d'ensemble.
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La demi-lune de Pueblo Bonito (05/01) |
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Le chemin de la falaise: pas pour les cul-de-jatte ! (05/01)
Chaco Canyon et ses quatorze vilages furent le centre d'une culture qui s'étendait loin : des reliques d'autres "Grandes Maisons", comme Pueblo Bonito, se trouvent à plus de 100 kilomètres de Chaco Canyon. Des routes bien tracées reliaient entre elles les agglomérations. Les archéologues pensent que tous les villages du canyon n'étaient peut-être pas habités en permanence, mais que les plus grands constituaient un centre à la fois religieux et administratif. Les gens n'y seraient venus que pour de grandes fêtes religieuses. Il aurait également servi de lieu de stockage, pour les périodes de pénurie. Dans ce cas, seuls des administrateurs, des gardiens et des artisans y auraient habité, et les grandes maisons auraient été hôtels avant la lettre, destinés à accueillir les visiteurs en quête de commerce tout au long de l'année, et les fidèles pour les cérémonies.

Les Anasazis avaient même taillé ces marches dans une falaise. Ce n'était pas une route nationale : une vallée passe à quelques centaines de mètres ! Probablement un chemin cérémoniel... (05/01)
Site officiel de Chaco Culture : www.nps.gov/chcu.
La carte du parc sur le site officiel.
Temps minimum : 3 heures avec accès (depuis les entrées sur la NM 44 et la NM 197).
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© et crédit photos : America dreamZ.
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