Histoire

Le Nouveau-Mexique est l'avant-dernier territoire a être entré dans les Etats dits "contigus" - c'est-à-dire se jouxtant sur le continent. Il a pourtant la capitale la plus vieille des Etats-Unis : Santa Fe fut fondée en 1610, l'année où mourait Henri IV. Quelques années plus tôt, Don Juan de Onãte avait conduit, dans cette haute vallée du Rio Grande, 400 colons et leur cohorte d'animaux domestiques. Ils réussirent si bien que, 162 ans plus tard, alors que l'Espagne faisait reculer vers le sud la majorité des presidios et des missions, Santa Fe, autosuffisante, fut avec San Antonio du Texas la seule communauté du nord à subsister. A sa suite, d'autres implantations naquirent dans la vallée du Rio Grande : villages d'élevage et d'agriculture, missions chargées de convertir les indiens et d'en faire des citoyens espagnols.

L'implantation humaine sur le territoire est très ancienne : au nord-est, on a retrouvé à Clovis et Folsom des pointes de flèches datant de 12 000 ans, dont la facture n'existe qu'en Amérique du Nord. Au nord d'Alamogordo et près d'Albuquerque, des gravures rupestres ont plus de 1000 ans. Sur le Plateau du Colorado, les ruines plus récentes des civilisations anasazis de Pueblo Bonito, d'Aztec, les constructions troglodytes des Mogollons de Gila Cliff marquent l'ouest de l'Etat. A Taos, Pecos, Santa Fe, Albuquerque, Abo, Quarai, Gran Quivira et bien d'autres endroits subsistent les vestiges de la colonisation espagnole, ainsi que des villages indiens toujours habités.

A l'arrivée des Européens, deux types de civilisation prévalent chez les indiens. Les pueblos pratiquent l'agriculture. Ils sont ouverts à de nouvelles techniques, et plus faciles à coloniser, parce qu'ils sont sédentaires. Mais leur attachement à leur religion va donner du fil à retordre aux missionnaires. Les Apaches au sud et à l'est, les Utes au nord, sont nomades. Pendant l'été, ils cultivent des jardins, dont ils tirent un peu de maïs, du tabac et des courges, mais vivent surtout de chasse. Bien souvent, le pillage des ranchos espagnols et des pueblos indiens constitue pour eux une ressource importante.

Une tribu évolue entre les deux : dans le nord-ouest du territoire et dans l'Arizona, les Navajos venus du Canada adoptent l'élevage, l'agriculture et des techniques nouvelles, comme le tissage et la poterie. Mais ils ne se laisseront jamais convertir, ni rassembler systématiquement dans des villages. Ils ne cesseront leurs pillages qu'après avoir été vaincus par l'armée américaine.

Hormis quelques explorateurs français, puis américains, le plus souvent embastillés par les Espagnols sous l'inculpation d'espionnage, les premiers Américains arrivent en 1821. Ils auraient probablement subi le même sort si le Mexique n'avait gagné son indépendance quelques mois plus tôt. Ces hommes, des commerçants, viennent d'ouvrir la piste de Santa Fe : pendant 59 ans, jusqu'à ce que le chemin de fer les ait complètement remplacées, les caravanes de chariots viendront chargées de produits industriels, et repartiront chargées de peaux.

Lorsque le Texas acquiert son indépendance sur le Mexique, il revendique un territoire bien plus important que celui qu'il occupe aujourd'hui : une bonne moitié du Nouveau-Mexique et une partie du Colorado. Quelques incidents frontaliers ont lieu, mais l'absence totale de civilisation sur les centaines de kilomètres qui séparent le Rio Grande de la côte n'est pas propice aux corps expéditionnaires. En février 1845, le Texas rejoint l'Union. L'année suivante, les Etats-Unis entrent en guerre contre le Mexique, et gagnent _ils les paieront après les avoir conquis, les territoires occupés aujourd'hui par la Californie, le Nouveau-Mexique, l'Arizona et une bonne partie du Colorado et de l'Utah. Le contentieux entre Texas et Nouveau-Mexique est alors réglé, et les frontières actuelles adoptées.

Pendant la Guerre de Sécession, le territoire du Nouveau-Mexique, éloigné des grands champs de bataille du sud et de l'est, n'est pas contesté longtemps et reste aux mains du nord. Kit Carson, ancien trappeur, guide, agent indien et colonel de volontaires, s'y distingue.

Après la Guerre Civile, alors que les états de l'Ouest, du centre et de l'Est se développent grâce à l'industrie, aux mines et au commerce, le Nouveau-Mexique, isolé, loin des côtes, entouré de déserts, reste faiblement peuplé. Hormis quelques richesses minières _charbon, pétrole, gaz, or, argent, il se consacre à l'agriculture, là où il y a de l'eau, et à l'élevage où il y en a moins. Bien qu'il ait atteint depuis longtemps la population minimale imposée de 50 000 habitants, le Nouveau-Mexique ne devient un Etat qu'en 1912.

Les déserts vont justement faire son renouveau ! Dans la course de vitesse où il faut battre Hitler, le 16 juillet 1945, les Américains font exploser la première bombe atomique dans le bassin de Tularosa. Le laboratoire de physique nucléaire de Los Alamos contribue après guerre à la croissance rapide d'Albuquerque.

La voiture, la civilisation des loisirs, les crises industrielles et les caisses de retraite feront le reste : les gens viennent ici chercher le soleil, de meilleurs conditions de vie. De nombreux touristes envahissent villes pittoresques, réserves indiennes, stations de ski, parcs et monuments nationaux.

Géographie

L'Etat du Nouveau-Mexique est l'un des plus variés qui soient : d'est en ouest, on passe de la Prairie à la montagne, puis à la Région des Plateaux, où les flancs dénudés de pittoresques canyons révèlent l'histoire de la Terre. L'altitude est élevée : 1500 mètres à Albuquerque, 2100 mètres à Santa Fe. Le sommet le plus haut, Wheeler Peak, dans les Sangre de Cristo, est juste en dessous de 4000 mètres. Les barrières montagneuses, source de pluie, soumettent les paysages à six zones climatiques différentes, du désert à l'alpage, puis à la roche nue : en quelques kilomètres, la végétation passe des yuccas aux genévriers, puis aux pins ponderosas, aux épicéas et aux bouleaux.

Le Rio Grande court dans un rift, une vallée d'effondrement bordée de montagnes. A l'est, celles-ci séparent le fleuve de la Prairie, entrecoupée de ressauts montagneux et de bassins désertiques. La lisière orientale de l'Etat est occupée par le Llano Estacado, un plateau d'une extraordinaire planéité, dont les ressources sont l'agriculture, l'élevage et l'extraction du pétrole et du gaz.

Le seconde vallée notable du Nouveau-Mexique est celle de la Pecos. Longtemps parallèle au Rio Grande, la rivière, pompée pour les besoins de l'irrigation, forme le fil conducteur d'une série de petites villes, centrées sur l'élevage et le tourisme.

Au sud, le désert de Chihuahua envoie de longues langues dans les bassins du rift, où voisinent sables immaculés et champs de lave noire. Au sud-ouest, dans la région où se mêlent les montagnes du rift et la zone de transition entre désert et Région des Plateaux, les routes virevoltent de virage en virage au milieu des pins. Au nord, les Montagnes Rocheuses marquent le paysage.

Une bonne moitié de la population est regroupée dans la fertile vallée du Rio Grande, qui coupe l'Etat en deux du nord au sud : 700 000 personnes habitent Albuquerque ou les environs immédiats. A l'ouest, dans la Région des Plateaux, les villages sont rares, les villes plus encore. A l'est, la Prairie, grâce à l'élevage, entretient quelques villes moyennes.

Partout, dans la vallée du Rio Grande et sur le Plateau du Colorado, on sent les influences indienne et hispanique, une façon d'exister différente de celle de la plupart des Américains. Les indiens ne sont que 9% - chiffre énorme en comparaison de beaucoup d'autres états, mais les habitants d'ascendance espagnole représente 39% de la population. Les " Anglos " représentent un peu moins de la moitié de la population. Chaque tribu, Pueblo ou Navajo, a ses traditions artistiques : bijoux d'argent, poteries au décor délicat, fétiches traditionnels sont une composante grandissante de l'économie des tribus et du Nouveau-Mexique.

Le Nouveau-Mexique, changeant, surprenant par sa diversité géographique et humaine, demanderait des jours et des jours pour être vu dans son entier. On peut au moins s'en faire une idée rapide en le parcourant en zig-zag, du sud au nord et d'est en ouest, pour en apprécier les points les plus marquants.

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