Valley of Fire State Park

Lost City Museum


situation


Si l'on est à Las Vegas pour quelques jours, plaisir ou travail, et qu'on ait envie de voir autre chose que des casinos et un désert pelé, si l'on va vers Zion National Park, ou qu'on en vienne, on peut passer un bon moment à Valley of Fire State Park. Si, de surcroît, on s'intéresse aux indiens précolombiens, la visite du Lost City Museum s'impose : Overton est à moins de 20 kilomètres.

alley of fire
Carte de Valley of Fire State Park et Lost City Museum

Lorsqu'on vient de Zion, il faut tourner vers le sud dans Moapa Valley, sortie 93, une quarantaine de kilomètres après Mesquite. La Nv 169 conduit jusqu'au parc, et on passera d'abord devant le Lost City Museum, juste à la sortie sud d'Overton. De Vegas, plusieurs chemins sont possibles : le plus court consiste à prendre l'Interstate 15 vers le nord jusqu'à la sortie 75, et tourner vers le sud sur la Nv 169 : celle-ci conduit droit à l'entrée occidentale du parc. Le plus pittoresque passe par l'Interstate 515, vers le sud, puis l'US 93 jusqu'à la sortie de Boulder City. North Shore Road s'embranche environ deux kilomètres plus loin. Si on a un peu de temps, on poussera jusqu'au barrage de Hoover, à 5 kilomètres : il fournit l'eau et l'électricité sans lesquelles Las Vegas ne serait qu'une ville insignifiante. North Shore Road longe une baie du Lake Mead, et donne accès aux marinas, et à la plage publique de Boulder Beach. Il faut vérifier son niveau d'essence à Boulder : ensuite, aucune station-service jusqu'à Overton, 130 kilomètres plus loin.

Black Canyon

Black Canyon, en aval du barrage de Hoover (09/01)

La Vallée de Feu ! Son nom vient de la couleur du grès, que le moindre rayon de soleil enflamme : idéal pour les photographes de mode, le tournage de clips publicitaires et le cinéma. Joanne Whalley et Val Kilmer dans Kill Me Again, Sharon Stone et Arnold Schwarzenegger dans Total Recall et, plus récemment, Megan Fox et Shia LaBeouf dans Transformers, y ont tourné. Quant aux westerns... Dale Evans et Roy Rogers vinrent pour Heldorado, Burt Lancaster pour Fureur Apache, Stella Stevens et Jason Robards pour Un Nommé Cable Hogue. Mais là où les couleurs sont les plus naturelles, les formes les plus photogéniques, là où le paysage sert le mieux l'action, c'est dans Les Professionnels, joué par Lee Marvin, Burt Lancaster, Robert Ryan, Jack Palance et Claudia Cardinale. A peu près un tiers du film est tourné dans Valley of Fire, et ce sont souvent des moments intenses !

film les Professionnels

Les Professionnels n'a pas été tourné en Espagne ! Indice ? Les pétroglyphes.

Sculptés par le vent et l'eau, les roches ont des formes étranges, souvent fantastiques. Elephant Rock est tout près de l'entrée orientale : quelques pas derrière la station de péage suffisent pour l'avoir dans son viseur.

Elephant Rock

A peine dissimulé par les rochers, Elephant Rock garde l'entrée de Valley of Fire State Park (09/08)

Ce grès rouge a la même origine que celui de Red Rock Canyon, de l'autre côté de Vegas : un désert de dunes, un erg. Recouvert d'autres minéraux, le sable s'est imprégné de calcite et d'oxydes, puis le temps l'a mis à nu, façonné, creusé de fenêtres, d'arches et d'alvéoles, lissé ici, ailleurs hérissé d'aiguilles, de dents, de lames...

Valley of Fire Valley of Fire

Une dentelle minérale, dont la teinte change selon l'éclairage et le lieu (09/01)

 

Valley of Fire

Un peu de dissolution par l'eau, de fracturation par le gel et beaucoup d'érosion due aux vents de sable ont creusé ces multiples trous (09/01)

Formes et couleurs ont inspiré quelques noms : Seven Sisters, protubérances laissées par l'érosion au-dessus d'un sol plat; Arch Rock; Beehives, les ruches; White Domes, une zone où les oxydes ont marbré le grès lisse de teintes variées. On peut même voir quelques troncs pétrifiés, de même époque que ceux de Petrified Forest. Mouse's Tank est un creux de rocher, assez profond et ombragé pour que l'eau s'y maintienne plusieurs semaines malgré la chaleur sèche du désert Mojave. Un indien païute recherché pour meurtre, Little Mouse, avait la réputation de s'y désaltérer lorsqu'il se cachait dans le dédale des canyons !

Le réservoir naturel est dans une petite gorge parallèle à Petroglyph Canyon, un étroit défilé au fond sablonneux, bordé de falaises où les Anasazis ont gravé des dessins, parfois directement dans la roche, souvent dans le "vernis du désert", une couche d'oxydes sombre qui se forme au fil des siècles. C'est un véritable trésor archéologique : les gravures s'y succèdent de roche en roche et couvrent une face de grès sur laquelle il semble impossible de travailler. Peut-être ces hommes venaient-ils dans le canyon pour des raisons religieuses, subjugués par la beauté des lieux : ils se sont exprimé sur la roche en de nombreux endroits, plus ou moins faciles d'accès. Sur une boucle de la Nv 169, un atlatl et son javelot sont représentés sur un panneau, auquel on accède par une centaine de marches.

Petroglyph

On reconnait, un peu à gauche du centre, l'effigie du serpent à cornes, dieu de l'eau et, juste au-dessus, une patte griffue, peut-être la marque du clan de l'ours (09/01)

Petroglyph   Petroglyph

Les Américains l'appellent "desert varnish", le vernis du désert. En grattant, on fait ressortir la couleur naturelle de la roche. Ces gravures, souvent difficiles à interpréter, témoignent de l'activité artistique et spirituelle des tribus indiennes (09/01)

Si on peut sans doute attribuer une signification religieuse à certaines gravures rupestres, comme les rondes, les animaux ou celles qui ressemblent à des mains, d'autres nous semblent totalement dépourvues de sens (09/01)

Présentes dans le monde entier, gravures et peintures rupestres sont très répandues dans le sud-ouest des USA. Le Lake Mead couvre plus de 600 km². Il a 150 mètres de fond. L'eau a remonté les vallées et noyé d'innombrables vestiges préhistoriques : maisons isolées, greniers, silos, campements, villages abandonnés depuis des siècles. Ceux-ci étaient nombreux dans la basse vallée de la Virgin, où l'eau s'est avancée de huit kilomètres. Pour préserver la mémoire de ces sites et les objets qui s'y trouvaient, le Civilian Conservation Corps construisit le Lost City Museum. Géré par l'Etat du Nevada, il est situé sur une terrasse, douze mètres au-dessus de la Muddy River, à l'emplacement d'un hameau en partie reconstruit. Lost City est le nom populaire ; les archéologues appellent ces constructions disparues "Pueblo Grande de Nevada". Plus nombreux le long de la Muddy au cours moins fantasque, hameaux et maisons individuelles s'étendaient sur une cinquantaine de kilomètres, champs dans la plaine alluviale, habitations sur les terrasses, à l'abri des crues. On a même retrouvé des mines, d'où les Anasazis extrayaient du sel.

Anasazi évoque Mesa Verde, Chaco Canyon, Aztec et Bandelier, plus de 700 kilomètres à l'est. Même si les contacts étaient rares, les échanges existaient : plusieurs poteries venues de la région de Wupatki figurent dans l'inventaire des objets retrouvés. Il y avait des villages dans la région de St George, de Zion, de Kanab, d'autres disséminés sur les plateaux au nord du Grand Canyon. Contrairement aux tribus voisines, plus portées à la chasse et à la cueillette, les Anasazis étaient agriculteurs : maïs, courge, haricot formaient leur alimentation de base. Ils cultivaient aussi le tabac (on a retrouvé des pipes) et, là où il y avait assez d'eau, le coton, qu'ils tissaient. Ils connaissaient la vannerie depuis très longtemps, et l'art de la poterie.

Lost City Museum

Les femmes passaient une bonne partie de leur temps à moudre le grain dans cette position inconfortable : les squelettes montrent des cals osseux au niveau des genoux, formés au fil de ces séances quotidiennes. Au début du XXme siècle, fidèle à la coutume, une fille passait 3 jours de suite à moudre avant de se marier, pour démontrer ses capacités de ménagère (09/08)

Les femmes construisaient la maison, dont elles étaient propriétaires. Elle possédait aussi les champs, que les hommes cultivaient. La chasse dans le désert mojave devait être peu fructueuse : on a retrouvé très peu d'os parmi les déchets. Il y avait dans les ruines des fétiches zoomorphes, des perles et des pendentifs de stéatite, de coquillages et de turquoise. Le sel extrait des mines, devait être un objet de commerce autant que de consommation locale.

Lost City Museum Lost City Museum

Les outils du chasseur : une pointe d'obsidienne "importée" et une gourde. Cinq-cents ans plus tôt, l'arc avait remplacé l'atlatl (09/08)

 

Lost City Museum Lost City Museum Lost City Museum

Fétiche incrusté de turquoises, une poterie ancienne et une récente. Le matériau noir du fétiche est un asphalte naturel, que l'on ne trouve que dans le Bassin de l'Uintah, 700 kilomètres au nord : le commerce allait bien ! (09/08)

Les fouilles permirent aux archéologues d'appréhender l'évolution des habitations, de la maison-fosse à demi enterrée aux bâtiments de plusieurs pièces, hors sol, aux murs de pierre assemblées à la boue. Circulaires au début, les murs se redressent pour permettre de cloisonner. Cette évolution de l'architecture suit celle de l'économie et de la société : les habitations familiales, d'abord dispersées au milieu de leurs champs, se regroupent en hameaux de 3 à 5 familles, où les réserves de nourriture sont conservées dans des stockages communs.

Lost City Museum Lost City Museum

Seule une partie des maisons a été rebâtie, sur l'emplacement d'anciennes. Sur le tracé du fer à cheval, des cercles de pierres montrent l'endroit où se tenaient les murs des constructions voisines. Le grain était stocké dans les petites pièces, presque sans ouvertures, plus nombreuses, peut-être pour diviser le risque. Les portes sont très basses. Entrer dans une pit-house devait être encore pire : le plancher était un mètre sous le niveau du sol. (09/08)

Le plancher, parfois simple terre battue, pouvait être recouvert de pisé, de dalles de grès mince plus ou moins jointives, ou même de dalles masquées par nouvelle une épaisseur de terre. Le bois était rare : les pièces sont petites, pour cause de poutres courtes. Près du Colorado, qui charrie des grands arbres lors des crues, on en a trouvé de plus vastes. Les sépultures étaient souvent sous un plancher. La pièce était détruite et ses murs abattus fermaient le tombeau : les habitants du Pueblo Grande de Nevada semblent avoir aimé être enterrés chez eux, dans la position du foetus, entourés de poteries, de tissus, et de tout ce qu'il leur faudrait dans l'au-delà. Parfois, un chien les suivait dans leur dernier voyage : on en a retrouvé plusieurs à côté d'un squelette humain.

vannerie

La vannerie est périssable : on n'a retrouvé que des fragments. Celles-ci, récentes, sont de même facture (09/08)

Devant le musée, un panneau indique que "cette grande civilisation disparut autour de 1150, peut-être à cause d'une sécheresse sévère et très étendue". Installés depuis un siècle, les "Virgin Anasazis" abandonnèrent la région en peu d'années. Les anneaux de croissance des arbres confirment qu'une sécheresse s'abattit sur la région de 1120 à 1150 mais le cours de la Muddy, assez régulier, aurait pu permettre à beaucoup de rester. Il se peut que la rivière se soit mise a creuser son lit, laissant la plaine alluviale trop haut pour être irriguée facilement : on a constaté ce phénomène en plusieurs endroits. La salinisation des champs est une autre possibilité : c'est un problème récurrent des régions désertiques.

Les archéologues ont constaté qu'au cours des 50 années ayant précédé l'abandon, très peu de poteries, abondantes jusque là, étaient arrivées du plateau voisin. Une hypothèse séduisante est que ce changement climatique aurait obligé les voisins des plateaux à migrer vers l'est : ne voulant pas rester isolés de leur tribu, entourés de Païutes au mode de vie différent, peut-être hostiles et certainement intrusifs, les gens de la Virgin seraient partis en même temps. La construction de Coombs Site, dans l'Utah, commence en 1160 : il se peut que certains Anasazis de l'ouest l'aient habité, même si son architecture est plus conforme à celle de Wupatki ou Mesa Verde. Il est vraisemblable que certaines familles restèrent dans la région, abandonnèrent peu à peu leurs cultures et revinrent à la vie de chasseur-ceuilleur. Les autres, celles qui avaient pris la piste, sont parmi les ancêtres des Hopis.

elephant

Plus petit, mais si ressemblant qu'il semble avoir été façonné de main d'homme, un deuxième éléphant se trouve au sommet d'une crête, au nord d'un parking de la North Shore Road, une trentaine de kilomètres avant la route du parc (09/08)

Visitor Center et musée ferment à 16h30.


Temps minimum : 2 h pour le parc, 45 mn pour le musée


Site officiel du parc : http://parks.nv.gov/vf.htm


COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

  • Los Angeles situé à 550 km à 6.5 heure(s) de route.

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