
Comme une mer beige, plus lisse que l'eau de la mer, la "playa" du Désert de la Roche Noire s'étend sur plus de 1000 km2. Soixante et onze kilomètres de long, 11 de largeur : pas un végétal, pas un animal. Rien que l'immense étendue de limon, craquelé par la sécheresse toute la durée des mois d'été.
Le désert de Black Rock, cinq fois plus étendu, est divisé en deux branches comme un Y dissymétrique et penché. La branche ouest, où se trouve la playa, est de forme allongée. La branche orientale est plus large, plus arrondie, plus vallonnée. La Quinn River et ses maigres affluents y coulent _quand ils coulent, et s'arrêtent dans un étang intermittent. Utilisée comme réserve naturelle et centre de recherche, son accès est interdit aux voitures et autres véhicules, y compris les vélos. Mais on peut s'y enfoncer à cheval ou à pied, à condition d'avoir suffisamment de courage, l'équipement nécessaire, un bon sens de l'orientation ou un GPS.
La branche occidentale connaît une animation qui lui fera peut-être à force retirer le nom de "Désert" : 120 000 personnes y viennent chaque année, attirées par la minéralogie, la botanique, la zoologie, les sports mécaniques, le VTT, la randonnée, et un grand festival nommé "Burning Man", qui s'y tient tous les ans depuis 1990, pendant six jours à compter de Labor Day, l'équivalent de notre premier mai au début de septembre.
Certains n'y entrent que pour rouler sur la surface parfaitement lisse : on rapporte que le sol est si doux qu'on à l'impression de se déplacer en bateau, sans vagues ni sillage. Chaque hiver, le sol de la playa se couvre d'eau. Les fines particules de terre, soulevées par les remous, se déposent dans les empreintes et les creux et lissent le sol au point que toutes les traces de l'été précédent disparaissent, y compris celles des 25000 participants à "Burning Man".
Il y a d'ailleurs une autre similitude ave les bateaux : comme aucune route n'est tracée, un autre voiture peut arriver de n'importe où. Il faut se garder à droite et à gauche, autant que de ce qui est devant. Les trains sont un autre danger. Une vingtaine longent le désert chaque jour à 110 km/h, mais dans ces grandes étendues, on ne s'attend guère à les voir surgir : attention aux passages à niveaux.

Pas de chance, cette année-là : au tout début de juin, il venait de pleuvoir sur la playa (06/95)
Le pire qui puisse arriver, c'est de s'envaser : lorsque la terre est humide, elle devient visqueuse comme de la graisse et on peut rester bloqué, sans même y être réellement enfoncé. Certains conducteurs ont du attendre la saison sèche pour aller récupérer leur voiture. D'autres, mal préparés à une traversée du désert, sont morts d'épuisement. De juin à septembre, la playa est en général praticable. Le reste de l'année, évitez la. Des sources _beaucoup sont thermales, naissent au pied des chaînes qui entourent le désert : le sud-est du Désert peut rester humide toute l'année. Si un orage vous surprend au beau milieu de l'étendue beige, le mieux est d'attendre que le sol sèche, ce qui va assez vite grâce au soleil et au vent, mais peut tout de même durer plusieurs longues heures. Renseignez vous à Gerlach ou Empire et regardez ce que font les autres. On entre sur la playa par la NV 34, en quittant la NV 447 par la droite.

La végétation autour de la playa : joshua tree, buissons et fleurs (06/95)
Un beau jour d'octobre 1997 où le sol était sec, la Thrust 2, une voiture propulsée par un réacteur et conduite par des Anglais _ils sont fous ces Bretons ! a passé le mur du son sur la playa. Vitesse : 1228 km/h ! Le record n'a pas été égalé depuis. Contrairement aux lits de sel de Bonneville Flats, les records de vitesse à Black Rock Desert sont une exception : la fine poussière qui monte du sol, si elle passe à travers sans dommage une turbine, est extrêmement néfaste aux moteurs alternatifs.
A 1170 mètres d'altitude, Black Rock Desert est un fond de l'ancien lac Lahontan, qui couvrait 22 000 km2 du Nevada il y a 12 500 ans. Le limon s'est accumulé sur des centaines de mètres d'épaisseur, jusqu'à trois mille à certains endroits. En quarante kilomètres, sa pente n'est que de douze centimètres et demi. Il est légèrement bombé, ce qui procure parfois l'illusion qu'une voiture, au loin, flotte sur l'air au lieu de rouler. Dans les anciens marécages qui bordaient le lac, on a retrouvé le squelette d'un mammouth, aujourd'hui exposé au Nevada State Museum de Carson City. Aux abords 0000de la playa, vous pourrez peut-être observer une harde d'antilopes pronghorn, parfois des chevaux sauvages ou, plus fréquemment, des burros, descendants des ânes des Espagnols et des prospecteurs américains. Dans les montagnes vit le mouflon, ou bighorn, et sur le sol rampe le serpent à sonnette, de sinistre mémoire et pourtant bien inoffensif pour les plus gros que lui, lorsqu'il n'est pas surpris.

On sait tout de cet animal : il avait 50 ans, pesait 6 tonnes et mesurait 4 mètres au garrot. Il est mort il y a 17 000 à 20 000 ans. Il ne nous manque que son nom ! (09/01)
Le Désert est entouré de montagnes. Certaines sont basses, d'autres dominent le fond de plus de 1300 mètres. Elles sont le plus souvent d'origine volcanique et n'ont que quinze à vingt millions d'années. Celle qui sépare les branches du Y, Black Rock Mountain, est vieille de 280 millions d'années : elle a été poussée là, on ne sait comment, par les forces tectoniques, alors qu'elle se trouvait à un millier de kilomètres. En avant de son flanc occidental, une grosse éminence sombre a donné son nom à la région.

La playa et les Black Rock Mountains. On voit la Roche Noire, à droite, devant la montagne (06/95)
La Roche Noire était un point de repère pour les pionniers : une branche commune aux pistes de Californie et d'Oregon traversait le sud du Désert. Elle aboutissait à Surprise Valley, une havre de verdure après toutes ces semaines passées dans les bassins arides.
Au sud du Black Rock Desert, Gerlach a 430 habitants, un magasin, une station d'essence et des restaurants. C'est là, ou bien à Empire, qu'il faut vous avitailler : ensuite, plus rien avant Denio Junction, cent quatre vingt cinq kilomètres. A Empire, une carrière de gypse et une usine fournisse en plaques de plâtre près du dixième des besoins américains.
Si vous continuez vers le nord et l'Oregon, vous longerez un court moment le National Wildlife Refuge de Sheldon : il est consacré à l'antilope pronghorn. Une route y entre. Sauf lorsqu'elles sont habituées à l'homme, les pronghorns sont sauvages. Mais elles sont curieuses, et dans les Grandes Plaines, les indiens profitaient de ce trait de caractère. L'un d'eux agitait une couverture : ce mouvement insolite attirait les animaux. Les autres, en embuscade, décochaient leurs flèches lorsque les antilopes étaient à portée.

Pronghorn mâle (09/98)
Site des rangers de Black Rock Desert : http://www.blackrockrangers.org/desert.html
Site officiel de la réserve naturelle de Sheldon :
http://www.npwrc.usgs.gov/resource/birds/chekbird/r1/sheldon.htm
Temps minimum : 1/2 h, à condition de passer par là.
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