Le séquoia

L'arbre
du général Grant Dans la deuxième moitié du XIXme siècle, les séquoias furent abattus en masse. Pourtant, le bois de ces gros arbres, fragile, est inutilisable pour la charpente : on en faisait des crayons et des piquets !

La famille des Taxodiaceae existe depuis 200 millions d'années au moins. L'un des vestiges les plus anciens, une pigne datant du Jurassique, fut trouvé en France. L'espèce qui croît sur les pentes de la Sierra porte le nom scientifique de sequoiadendron giganteum. Sur la cote ouest, son cousin le redwood est nommé sequoia sempervirens. Il dépasse le sequioadendron par la taille mais est d'un volume beaucoup plus faible. Dans la même famille, le cyprès chauve, le cryptomeria du Japon, le pin à ombrelles, l'athrotaxis de Tasmanie sont loin d'être aussi gigantesques. Autrefois, le territoire des séquoias s'étendait jusqu'aux Montagnes Rocheuses : on en retrouve des fossiles jusque dans le sud du Colorado. La renaissance de la Sierra Nevada, il y a vingt millions d'années, provoqua la séparation des espèces : les redwoods se cantonnèrent aux chaînes de la côte, tandis que les séquoias se limitaient aux pentes de la montagne.

Les séquoias poussent entre 1400 et 2500 mètres d'altitude, où ils trouvent suffisamment d'humidité et un froid supportable. Leur vie peut dépasser trois mille ans : leur écorce, épaisse en moyenne de soixante centimètres, ne contient pas de résine et protége les parties vives du feu. Leur feuillage, très au-dessus du sous-bois et des autres arbres, est lui aussi protégé contre le feu.
L'arbre du général Grant (06/02)
Tous portent les cicatrices laissées par les nombreux incendies qu'ils connurent pendant leur longue vie, mais il suffit que subsiste un peu de liber pour que l'arbre reste vivant : plus d'un siècle après l'attaque des bûcherons, son tronc scié aux neuf dixièmes, l'un d'eux vit toujours (on se demande d'ailleurs ce qui a empêché ces braves gens de terminer leur travail !). Leur bois plein de tanin résiste aux insectes, aux champignons et à la putréfaction : des tas de sciure vieux de plus de cent ans n'ont pas encore disparu ! Les séquoias ont tout de même un ennemi involontaire, une fourmi qui fragilise leur écorce et facilite l'implantation des insectes et des moisissures.

Les séquoias ne meurent pas, ils tombent. Leurs racines ne s'enfoncent pas de plus de deux ou trois mètres dans le sol, mais s'étendent très loin autour du tronc : cela suffit, avec leur tronc épais, à donner aux arbres une grande stabilité. Mais lorsque le sol est meuble, le vent puissant ou la neige trop abondante, les grands corps s'abattent et meurent. La foudre les atteint plus qu'aucun autre, eux dont la cime domine si largement la forêt, mais ne suffit pas toujours à les tuer.
Il n'y pas de bonheur sans tache : privilégiés par l'existence, les séquoias ont du mal à se reproduire ! Leurs pommes, de la taille d'un gros oeuf de poule, peuvent rester vertes vingt ans, attachées aux branches, sans s'ouvrir. Ainsi, un arbre arrive à porter en même temps vingt mille pignes fertiles. Très hautes au-dessus du sol, elles ne sont pas atteintes par les incendies. Au contraire, les courants d'air chaud les dessèchent et les aident à s'ouvrir, libérant les pignons minuscules. Ceux qui ont la chance de se poser sur un sol enrichi par les cendres et bien exposés germent rapidement. D'autres phénomènes aident les pignes à répandre leur semence : l'écureuil gris lorsqu'il fait ses réserves d'hiver, et une larve parasite qui fore les cônes. Les incendies sont donc bénéfiques à la croissance et à la reproduction du sequoiadendron. On ne l'a compris qu'il y a une vingtaine d'années : après avoir lutté cent ans pour enrayer les feux naturels et protéger l'espèce, les rangers allument aujourd'hui des feux contrôlés, qui éclaircissent le sous-bois, donnent de la lumière aux jeunes pousses et font s'ouvrir les pommes.

Dans de bonnes conditions de terrain et de lumière, la croissance du séquoia est rapide, plus d'un mètre par an. Elle ressemble un peu à celle de l'homme : comme l'adolescent, il grandit d'abord rapidement. Entre 100 et 400 ans, sa croissance verticale ralentit, cesse et il se met à prendre du ventre. Quelle que soit sa taille ou son âge, il n'arrête jamais d'accroître son volume.
L'écorce fibreuse du séquoia
L'écorce fibreuse du séquoia (06/02)
Allez les voir dans : SEQUOIA NATIONAL PARK

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