Rocky, Pleasure et Kentucky Mountain Horse : chevaux d'allures


L'est du Kentucky est une région de montagnes, pauvre depuis toujours. Longtemps, on y survécut plutôt qu'on ne s'y développait. On ne possédait pas un cheval parce qu'on était riche, on était riche d'en avoir un, et il servait à tout : monte, attelage, bât, labours... Les routes n'étaient souvent que des chemins, trop étroits ou raboteux pour les carrioles : l'équitation était une obligation dès lors qu'on voulait s'éloigner de chez soi.

Appalaches

Les Appalaches (04/02)

Appalaches

Les chevaux des Appalaches ont pour origine, comme tous ceux d'Amérique du Nord, les animaux introduits sur le continent par les Espagnols, dès 1526. A la centaine d'animaux débarqués cette année-là, abandonnés l'année suivante lors d'un retour précipité vers les Antilles, deux fois autant vinrent s'ajouter, capturés par les indiens ou échappés aux soldats de Hernando de Soto une quinzaine d'années plus tard.

Plusieurs tribus profitèrent probablement de ces animaux, mais les Chickasaws, du nord de l'Alabama, firent si bien qu'une race prit leur nom. Beaucoup de leurs montures ajoutaient au pas, au trot et au galop des allures intermédiaires : on retrouve cette caractéristique chez leurs descendants, dans le cheptel des Choctaws et des Cherokees. Les premiers colons anglais vinrent en 1607 : bientôt, ils croisaient leurs étalons importés du Royaume-Uni avec les juments locales. Les régions pauvres des piémonts des Appalaches ne profitèrent de ces reproducteurs qu'au second ou au troisième degré, et leurs animaux conservèrent leurs allures latérales.

Les Mountain Horses marchent naturellement l'amble rompu : cette allure "glissée", où le cheval lève peu ses pieds, est beaucoup moins fatigante pour le cavalier comme pour sa monture. Vingt, quarante, cent kilomètres nous paraissent aujourd'hui de courtes distances. Lorsqu'on doit les faire à cheval, sur des chemins inégaux, par tous les temps, un peu de confort n'est pas à dédaigner : il y a fort à parier que, dans la mesure de leurs moyens, les fermiers locaux favorisèrent la transmission de cette allure atavique.

Dans l'Ouest, les chevaux descendaient aussi des barbes espagnols. Ils étaient venus du Mexique, avec Francisco Vasquez de Coronado, l'explorateur, puis Don Juan de Oñate, le colonisateur de la vallée du Rio Grande. En 1540, Coronado en perdit quelques-uns. Un nombre bien plus grand fut abandonné en 1680, par les Espagnols en fuite devant les Pueblos révoltés. Sans tarder, un commerce s'instaura entre Pueblos sédentaires et indiens nomades, au point qu'une partie des Shoshones se sépara du reste de la tribu pour venir s'installer au Texas et se rapprocher de cette source inépuisable de montures : connus sous le nom de Comanches, ces indiens acquirent la réputation d'être les meilleurs écuyers des Plaines. Des milliers de mustangs en liberté s'adaptèrent à l'environnement difficile et varié de l'Ouest américain. L'arrivée des pionniers, trappeurs, mineurs, chasseurs, militaires, fermiers, éleveurs fut source de croisements avec des races de l'Est, mais le nombre était du côté des barbes espagnols et, au cours du XIXme siècle, la race n'évolua guère, et en certains endroits pas du tout.

L'un de ces étalons occidentaux arriva au Kentucky à la fin du XIXme siècle, avec une famille venue du Colorado, l'Etat des Montagnes Rocheuses : peut-être en signe d'admiration, ou de jalousie, parce qu'il était beau, les habitants de la région l'appelèrent "the Rocky Mountain Horse". Les témoignages de l'époque, transmis de bouche à oreille, disent que sa robe était chocolat foncé, sa queue et sa crinière blondes... et que lui aussi avait plus de trois allures. Ses amours avec les juments des montagnes donnèrent naissance à de nouvelles lignées.

La plupart des quadrupèdes posent leurs pieds en diagonale : antérieur gauche, postérieur droit, antérieur droit, postérieur gauche. Certains marchent l'amble. Ils posent d'abord les deux pieds du même côté, puis de l'autre : antérieur gauche, postérieur gauche, antérieur droit, postérieur droit. C'est le cas des dromadaires, que leur démarche chaloupée a fait surnommer "vaisseaux du désert". C'est ce qu'on appelle "allure latérale".

Chez ces races des Appalaches, l'amble rompu est inné, quoiqu'il diffère un peu de l'une à l'autre : ils ont toujours un sabot sur le sol, posent leurs pieds à intervalles réguliers, et l'on entend distinctement quatre battues. Ils arrivent ainsi à soutenir longtemps une vitesse de 10 à 30 kilomètres à l'heure, propre à chaque individu. Pour le cavalier, ce mouvement alterné "gauche-droite, gauche-droite" (qui déplaisait si fort au service militaire !) rappelle la marche et, selon certains spécialistes, limiterait les problèmes de dos et aurait même à cet égard des vertus thérapeutiques. Toujours selon eux, les femmes enceintes elles-mêmes pourraient monter sans risque. Un éleveur américain l'a décrit par ces mots : "On flotte comme un bateau sur l'eau calme". Aux Etats-Unis, l'allure porte les noms de "four beat gait", "single foot" ou "rack". En Europe, il est connu sous le nom islandais de "Tölt". L'amble, en Europe, fut longtemps considéré comme une allure anormale. Moins puristes, plus prosaïques, les Américains le mirent à profit.

Propice à l'endurance et à la randonnée, l'amble rompu n'est pas la seule qualité du Rocky Mountain Horse : celui-ci tire de ses origines rustiques la capacité de vivre dans des conditions peu sophistiquées. Autre avantage, non des moindres, cet animal a le pied sur, la tête froide, bon caractère, et apprécie la compagnie de l'homme.

L'avènement de l'automobile, de la machine agricole, des routes goudronnées, de l'urbanisation auraient probablement condamné les chevaux du Kentucky à la disparition progressive mais l'être humain aime parfois aller à l'inverse des tendances : en 1918, Sam Tuttle acheta une descendante du Rocky Mountain Horse à la robe chocolat et la fit saillir par un petit-fils de l'étalon : une lignée naquit qui, quatre ou cinq générations plus tard, continue d'aller naturellement l'amble rompu. Malgré la demande en recul, Sam Tuttle sut développer son élevage. L'un de ses étalons est resté célèbre : Old Tobe, à 34 ans, jouait encore son rôle de géniteur, mais surtout, il était le plus doux, le plus aimable des animaux : c'est à lui qu'on "confiait" les cavaliers inexpérimentés et les faibles, jeunes ou vieux. Avec sa longue crinière couleur de lin et sa robe rouge sombre, Old Tobe ressemblait à son aïeul : il est considéré dans le stud-book comme le véritable fondateur de la lignée.

En 1986, deux ans avant la mort de Sam Tuttle, un petit groupe fonda la Rocky Mountain Horse Association pour la préservation et le développement de la lignée d'Old Tobe : elle ne recensa cette année là que 36 animaux. On en compte aujourd'hui, à travers le monde, environ 7000 : c'est, en comparaison de l'appaloosa et du quarter horse, un animal rare !

Le Rocky Mountain Horse est de taille moyenne : 1.45 à 1.64 mètre au garrot. Sa robe est unie, noire, alezan, baie, parfois gris ardoise, rouan ou rouan bleu ou isabelle mais, le plus souvent (et la plus appréciée), chocolat comme son ancêtre. Les crins sont toujours plus clairs que la robe, souvent très clairs : des cheveux d'une femme, on dirait platinés ! Les taches blanches ne sont admises qu'au-dessous du genou ou du jarret, et sur la tête, à conditions d'être petites. Ses oreilles sont courtes et bien dessinées, sa tête petite, ses yeux doux et son chanfrein légèrement convexe au-dessus des naseaux. Son affinité avec l'homme l'a parfois fait comparer au labrador !

Rocky Mountain Horse

Difficile de trouver meilleur exemple!

Comme les autres "Chevaux de Montagne", l'amble rompu le prédispose à la randonnée et aux épreuves d'endurance. Son pied sur et son calme naturel lui permettent de participer aux parcours d'obstacles naturels, nommés "trail" en équitation western et au travail du bétail. De plus en plus, sa queue et sa crinière abondantes, la beauté de sa ligne, le conduisent à participer aux spectacles. Ses habitudes frugales font de lui un cheval économique, son bon caractère et son amitié pour les humains un cheval familial.

Ces chevaux des contreforts des Appalaches ont donné naissance à trois associations : l'une s'occupe du Kentucky Mountain Saddle Horse (KMSHA), la race de base. Une autre a pour objet le Pleasure Mountain Horse (MPHA), la troisième le Rocky Mountain Horse (RMHA). La principale différence réside dans les couleurs : alors que celles admises pour la RMHA sont assez limitées, les deux autres associations sont beaucoup plus tolérantes, encore qu'elles n'encouragent pas les robes tachetées. Par ailleurs, le "Pleasure" est un peu plus haut au garrot, et a un pas plus allongé.


Site officiel de la KMSHA : http://www.kmsha.com/

Site officiel de la RMHA : http://www.rmhorse.com/

Site officiel de la PMHA : http://www.mtn-pleasure-horse.org/


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