Quarter Horse : le cheval des cow-boys


Dès son deuxième voyage aux Amériques, en 1493, Christophe Colomb importa des chevaux à Hispaniola, aujourd'hui Saint Domingue, et initia des élevages. Les descendants de ces barbes espagnols, croisement d'andalous et d'animaux introduits en Espagne par les Maures, allait peupler les continents américains et devenir la souche du quarter horse.

En 1526, Lucas Vasquez de Ayllon tenta d'établir une colonie sur la côte de la future Caroline du Nord. Les fièvres, les indiens et une piètre administration eurent raison de l'établissement : sur plus de 500 colons, seulement 150 survivants réussirent à rejoindre la civilisation. Ils abandonnaient derrière eux une centaine de chevaux, dont les descendants vivent toujours à l'état sauvage dans la réserve de Shackleford Banks. Deux ans plus tard, Panfilo de Narvaez débarqua en Floride avec quarante animaux. Ceux-ci n'eurent guère d'influence sur le peuplement équin des Etats-Unis : la débacle de l'expédition contraint les cavaliers à manger leurs montures. L'entreprise de Hernand de Soto, de 1539 à 1542, fut un nouvel échec pour la colonisation de la Côte Est, mais la troupe, arrivée avec plus de deux cents bêtes, parcourut les territoires des futurs Etats de Floride, Géorgie, Carolines, Tennessee, Mississippi, Arkansas et Alabama. Une partie de ces animaux fut à l'origine du Chickasaw Horse, du nom d'une tribu du nord de l'Alabama. Ces chevaux étaient petits, très musclés, d'aimable disposition, et l'on observa que certains avaient le cou si court qu'ils devaient écarter leurs antérieurs pour brouter. Très rapides sur de courtes distances, certains ajoutaient au pas, au trot et au galop d'autres allures moins courantes. Dans ces régions boisées, un cheval de selle était de peu d'utilité : les Chickasaws utilisaient leurs bêtes plus souvent pour le transport et le labour que pour l'équitation. Au début du XIXme siècle, ils avaient si bien accru leur troupeau qu'ils possédaient en moyenne trois chevaux par membre de la tribu.

Les premiers colons anglais arrivèrent en Virginie au printemps 1607. Un récit atteste que, dès 1609, ils avaient des chevaux importés d'Angleterre. Mais le transport d'animaux par mer, sur des navires soumis aux caprices des vents, était coûteux et hasardeux : capture de chevaux sauvages et commerce avec les tribus devinrent rapidement la première ressource en montures des colonies grandissantes. Les immigrants, après des débuts pénibles, avaient trouvé sur le continent américain une liberté, une aisance, un statut bien supérieurs à ceux dont ils jouissaient en Angleterre : les courses de chevaux furent bientôt chose courante, souvent disputées deux à deux entre voisins dans la grand rue du village. On courait sur quatre cents mètres : les épreuves prirent le nom de "quarter of a mile race". Le jeu rapportent plus aux organisateurs qu'aux parieurs : les courses devinrent rapidement des évènements organisés, et l'on y jouait gros ! La première dont on ait conservé la trace eut lieu en Virginie, en 1674.



En pleine accélération : quelle fougue !

Au cours de la première moitié du XVIIIme siècle, pour augmenter la taille et la vitesse de leurs animaux, les colons les plus riches commencèrent d'importer d'Angleterre les descendants de pur-sang anglo-arabes. En les accouplant aux juments locales, ils obtinrent des animaux à l'arrière-main puissante, aux démarrages foudroyants, imbattables sur de courtes distances. Les meilleurs reproducteurs étaient sélectionnés pour la course, et leurs "services" étaient parfois vendus très chers. D'autres croisements eurent lieu, pour adapter les animaux aux conditions locales et aux travaux qu'il leur fallait fournir. Le quarter horse naquit de ces sélections : agile, puissant, maniable, il avait conservé du Chickasaw Horse son aimable nature, son mental froid et sa perception anticipée des réactions des vaches, nommée par les Américains "cow sense". Au pur-sang, il avait prit ses longues jambes, sa croupe puissante et sa grande vitesse.

Après la Guerre de Sécession, l'élevage extensif connut un extraordinaire développement : c'est l'époque des convois de milliers de bêtes à cornes, poussées par quelques cowboys jusqu'au terminal ferroviaire le plus proche, pour aller engraisser quelques semaines dans les prairies de l'llinois avant de terminer leur existence aux abattoirs de Chicago. Les cowboys avaient besoin d'animaux fiables et parfaitement adaptés au travail du bétail : les propriétaires des grands ranches procédèrent eux-mêmes à des sélections et créèrent de nouvells lignées.



Dans les plaines du Texas (07/99)

Pendant longtemps, les quarter horses ne furent que des animaux de travail : chaque éleveur essayait, pour son propre compte, d'améliorer son cheptel, mais la race n'avait pas d'existence officielle. Un étalon réputé donnait parfois son nom, comme une marque de fabrique, à toute une lignée, mais il n'y avait pas de stud-book.

Dans la première moitié du XXme siècle, William Anson et Robert Denhardt se mirent en quête des véritables origines des chevaux de leur époque et réussirent à remonter jusqu'aux étalons importés d'Angleterre. Le plus ancien, Bulle Rock, fils d'un fondateur de la lignée des pur-sang, était arrivé en 1730. Janus, à la croupe puissante, avait traversé l'Atlantique en 1756. Les étalons nés en Amérique prirent le relai des animaux importés. Diomed, qui avait gagné le derby d'Epsom en 1780, fut acheté par des Américains en 1798. Il engendra Sir Archy. Celui-ci, accouplé à ses soeurs et à ses propres filles, leur donna des enfants exceptionnels. Son arrière petit-fils, Steel Dust, engendra dans la moitié du XIXme siècle de nombreux rejetons dont la plupart devinrent d'excellents chevaux de course ou de ranch. Evoquant l'ascendance de sa monture, un cow-boy pouvait en dire fièrement : "C'est un Steel Dust". Copper Bottom, un fils de Sir Archy, fut amené au Texas par Sam Houston, trois ans après la célèbre bataille de Fort Alamo. Le plus célèbre reproducteur est un rejeton de Steel Dust, Peter McCue dont, dès 1947, on avaît inscrit plus de 2300 descendants au registre des Quarter Horses. Le chiffre est remarquable, lorsqu'on sait que l'association, alors vieille de sept ans, n'avait enregistré que 11 510 animaux ! D'autres noms, comme Shiloh, Traveler, Billy, Dan Tucker sont tout aussi illustres.

Le 15 mars 1940, sous l'impulsion de Robert Denhardt, soixante-quinze personnes réunies à Fort Worth fondèrent l'American Quarter Horse Association (AQHA), dans le but de définir et préserver la race. Parmi elles se trouvaient Robert J. Kleberg, du King Ranch, George A. Clegg, W. B. Warren, J. H. Minnick, Walter Hudgins, l'un des créateurs du taureau Brahma, tous éleveurs au Texas, les frêres Casement, Dan et Jack, du Triangle Bar Ranch, au Colorado.

Voici comment ils définirent l'animal :

Sa robe est toujours unie : alezan, alezan brûlé, alezan sauvage, baie, noire, brune, buckskin, isabelle, crême, grise, gris souris, palomino, rouan rouge ou bleu mais jamais pie. Seules de rares taches blanches sont admises sur la tête et au-dessous du genou ou du jarret.

Sa tête est courte, large et reflête une vive intelligence. Ses oreilles sont petites, ses yeux grands et écartés, ses naseaux sensibles, sa bouche ferme et ses machoires bien développées. Son encolure forme avec sa tête un angle de 45°, et l'espace entre cou et machoire est bien marqué. Son poitrail est large et profond, ses antérieurs musclés et écartés, ses canons courts, ses articulations lisses. Son dos est bref et particulièrement puissant au niveau des reins. Son arrière-main est large, profond, lourd, vu de côté comme de l'arrière. Ses jambes, à l'intérieur comme à l'extérieur, sont musclées de la cuisse au jarret, profond et droit. L'animal est parfaitement à l'aise debout, avec ses jambes bien sous lui, ce qui explique sa capacité aux mouvements rapides dans n'importe quelle direction. Très délibéré dans ses mouvements, il volte ou s'arrête avec un équilibre et une aisance notoires, ses jarrets toujours sous le corps. Il doit être très musclé, être un sprinter, polyvalent, aimable. Ces qualités, ajoutées au "cow sense", le rendent parfaitement adaptés à l'équitation western et ses diverses épreuves, comme à celles du rodéo : reining, trail, cutting, barrel racing, steer roping et steer wrestling. Un Quarter Horse est nécessairement le descendant d'un père et d'une mère de la race, mais un registre parallèle permet d'inscrire leurs croisements avec des pur-sang.



Le lasso est passé autour de l'encolure du veau. Celui-ci court encore, mais le cheval est déjà arrêté : aide du cavalier, dressage, cow sense ? Probablement les trois !

L'expérience des ranchers montra qu'une influence trop grande du sang anglo-arabe rend le cheval trop nerveux pour le travail du bétail. Un véritable cheval de cow-boy est tout à fait remarquable en action : aucun mouvement du bovin ne lui échappe, et il effectue toutes ses manoeuvres quasiment sans aide de son cavalier. Même si, de nos jours, les engins à moteur tendent à remplacer l'équitation (on voit fréquemment des cowboys se déplacer en quadricycle sur les grandes étendues des ranches), le cheval reste indispensable. Rodéos, ranches à touristes et équitation western entretiennent le besoin dans toute l'Amérique du Nord, et depuis plusieurs années, en Europe, où se multiplient les élevages.


L'American Quarter Horse Heritage Center & Museum se trouve dans les grandes plaines du nord du Texas, à Amarillo, région d'élevage s'il en fut :
http://www.aqha.com/foundation/museum/index.html


[Haut de page]

Voyage Yellowstone Mesa Verde Sioux Salton Sea Ouest Hollywood San Diego Wyatt Earp Laredo OK Corral Téléphoner aux Etats Unis San Antonio Zunis Grand Canyon Douane Mono Lake Vernal Rusty Sierra Nevada Bandelier Astoria Bowie Knife Texas Moab El Malpais El Morro Salinas Pueblo Chevaux Golden Spike Grand Lac Salé Pinnacles Three Rivers Petroglyphs Saguaro Yosemite