- C'est facile. Exactement de la même manière que le FBI savait où l'arrêter. ÏÏ a raconté à tout le monde, la femme à qui il loue son appartement, ses voisins, ses copains de beuverie, les gens avec qui il travaille à la Smithsonian, il a dit à tout le monde qu'il se rendait en Arizona pour assister à un Yeibichai pour sa shima'sa'ni'.
- Il a utilisé ce mot-là ? Sa grand-mère maternelle ?
- Eh bien, il leur a dit qu'il avait trouvé cette vieille femme qui appartenait à son propre Clan de l'Eau Amère. Il prétend que sa grand-mère maternelle appartenait au Dineh de l'Eau Amère. Et il prétend que la vieille femme l'a invité à son Yeibichai.
Chee s'aperçut qu'il commençait à s'intéresser à tout ça.
- Bon, que ce soit vrai ou pas, quand je les ai vus, Gomez tentait de nouer connaissance avec un inconnu. Soit ça, soit ils sont tous les deux de bons acteurs. Et qui donc auraient-ils essayé de tromper ?
Il n'attendit pas de réponse à cette question rhétorique. Il réfléchissait à ce que Janet avait dit sur le crime qui n'avait pas encore été commis. Quelque chose de sérieux. Quelque chose dont " nous " ne pouvions pas parler.
- Je dirais que tu as un client très étrange, dit-il. As-tu une raison de penser que ce n'est pas là un Lone Ranger névrotique qui essaye d'impressionner une jolie avocate ?
- Il y a encore un petit détail, ajouta Janet Pète. Son téléphone est sur ligne d'écoute.
- Oh, fit Chee. C'est lui qui te l'a dit ?
- J'ai entendu le déclic. L'interférence sur la ligne. Je l'ai appelé juste avant de t'appeler toi. En fait, c'est ce qui m'a vraiment poussée à t'appeler.
- Oh, fit à nouveau Chee. Moi qui me disais que je te manquais peut-être.
- Il y a aussi ça. Ça et le fait qu'il y a quelqu'un qui me suit.
- Ah !
Chee se rappelait comment était Janet Pète. Comment elle l'avait malmené, lui, quand elle avait cru qu'il traitait mal l'un de ses clients la première fois qu'ils s'étaient rencontrés ; comment elle avait négocié la situation quand il avait abîmé une voiture qu'elle était en train d'acheter. Janet Pete n'était pas quelqu'un à qui l'on pouvait facilement faire peur.
- S'il ne me suit pas à proprement parler, c'est qu'il surveille l'endroit où j'habite. Et qu'il me surveille moi. Je vois ce type devant mon immeuble. Je le vois au kiosque à journaux du rez-de-chaussée, là où on travaille. Je le vois trop souvent. Et je ne l'avais jamais vu avant d'être en liaison avec Highhawk et son affaire.
Depuis un moment Chee tenait la lettre de Mary Landon dans sa main gauche, la pliant et la repliant entre ses doigts. Il la laissa tomber dans la corbeille réservée au courrier en partance qui se trouvait posée sur la petite pochette contenant son billet aller et retour pour Milwaukee par la Continental Airlines. Il se dit qu'il pourrait se rendre à Washington, aller faire un saut au J. Edgar Hoover Building à Washington. Voir de quoi il avait l'air. Discuter avec deux ou trois personnes qu'il connaissait et qui étaient là-bas. Voir quelle impression ça ferait de travailler pour l'Agence.
- Tu sais quoi ? dit-il. De toute façon je viens à Washington. Dans un jour ou deux. J'ai des choses à faire au siège du FBI. Je te dirai quand exactement et tu arranges tout pour que je parle à Highhawk. Et à Gomez aussi, si tu peux. Enfin, si tu veux savoir ce que je pense de ça.
- Absolument. Un long silence.
- Merci, Jim.
- Je serai content de te revoir, dit-il. Et je veux faire la connaissance de ton petit ami, l'avocat riche et célèbre.
Au moins ce serait mieux que de passer deux semaines à traîner autour de sa maison mobile. Et il avait détecté quelque chose dans la voix de Janet Pète qu'il n'y avait jamais entendu. Elle donnait l'impression d'avoir peur.
Traduction : Danièle et Pierre Bondil