Denver et ses banlieues comptent deux millions et demi d'habitants : même pour les Etats-Unis, c'est une grande ville. A l'échelle des villes de l'Ouest, c'est une grande métropole : il faut rouler une grande demi-journée vers l'est, le sud ou l'ouest pour trouver un autre centre régional, d'ailleurs plus petit. Seule la double agglomération de Kansas City, à cheval sur la fontière du Kansas et du Missouri, abrite une population légèrement inférieure. Au nord, rien avant le Canada : mais Calgary est beaucoup plus petite ! L'agglomération de Denver s'étend largement dans toutes les directions, et empiète de plus en plus sur les collines au piémont des Rocheuses, les Plaines et la vallée de la Platte. En 1992, une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la ville, ce panneau étonnant, posé au beau milieu de nulle part, annonçait :
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Sa taille, son activité, son isolement lui ont gagné son surnom de "Queen City of the Plains": la Reine des Plaines. La ville, au pied des Rocheuses, dans la vallée de la Platte en contrebas des Hautes Plaines, est à 1600 mètres d'altitude : on la surnomme aussi "Mile High City", la Cité à un mile d'altitude.

Denver downtown (09/85)
Le plus souvent, il y fait beau : les vents qui passent les Rocheuses se sont épanchés sur les versants occidentaux. Mais lorsque souffle la bise du nord, parfois tôt dans l'automne et tard au printemps, elle peut amener un blizzard chargé de neige pulvérulente qui couvre la région en quelques heures. Au début d'octobre 1985, la ville et ses environs reçurent ainsi trente centimètres de neige en moins d'une journée, alors qu'il faisait la veille un temps superbe. A l'ouest, dans le canyon de Glenwood, il pleuvait, mais on ne vit aucun flocon : les montagnes avaient barré le passage au vent.
Les vents d'ouest ne sont pas porteurs que de beau temps : imprédictibles, ils dévalent les flancs de la Front Range et s'abattent sur la plaine en bourrasques capables d'écraser au sol un avion qui atterrit ou décolle. Ils sont constamment mesurés au National Center for Atmospheric Research, à Boulder, et les informations sont communiquées toutes les 45 secondes à la tour de contrôle. L'aéroport international est l'un des plus grands des Etats-Unis : il a été entièrement reconstruit, et mis en service en 1995. De loin, sur la Prairie, son toit de tentes coniques fait penser aux tipis d'un campement d'Indiens.
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Colfax Avenue est aussi l'US 40 (10/85) |
Une rue attenante à Colfax (10/85 |
Depuis plus d'un siècle, l'air sec et l'ensoleillement du Colorado attirent les personnes souffrant de maladies respiratoires : John Doc Holiday, le célèbre dentiste tuberculeux de la tuerie d'OK Corral, termina ses jours au sanatorium de Glenwood Springs. Aujourd'hui, heureusement, les sports de montagne ont supplanté les hôpitaux pour attirer les gens. Au cours des dernières décennies, le climat sain et la beauté des paysages ont largement contribué à la croissance du Colorado, alors que les crises industrielles et la vie dans les mégalopoles incitaient les gens à quitter d'autres régions.
La ville est née en 1858, comme une séquelle de la ruée vers l'or en Californie, neuf ans plus tôt. De partout, on rejoignait l'Eldorado. Chacun suivait la route convenant le mieux à son état de fortune : les moins coûteuses traversaient le continent. En 1850, des Indiens Cherokee qui avaient travaillé dans les mines d'or de Géorgie décidèrent de tenter leur chance. Ils gagnèrent le Mississippi, puis remontèrent l'Arkansas jusqu'aux Rocheuses. Aux environs de Pueblo, ils bifurquèrent vers le nord pour rejoindre la piste principale. Un soir qu'ils campaient au bord d'un ruisseau, l'un d'eux y trempa sa batée, pour voir... Une fois les particules les plus légères éjectées, quelques grains jaunes restaient au fond de l'ustensile. De l'or ! Mais il y en avait si peu dans Clear Creek que les prospecteurs reprirent rapidement leur route.
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Monument aux pionniers (09/85) |
La 16me rue, piétonnière. A gauche, sous les arbres, les policiers montés abreuvent leurs chevaux à la fontaine (08/88) |
Leurs efforts en Californie furent infructueux. Ils rentrèrent en Géorgie aussi pauvres d'or qu'ils en étaient partis. Mais l'histoire des quelques paillettes trouvées dans un ruisseau au pied des Rocheuses se répandit dans la tribu. William Green Russell, un Américain marié à une indienne, décida de monter une expédition. Les Etats-Unis sortaient d'une crise économique : il ne lui fallut pas longtemps pour trouver quelques soixante-dix associés. Ils se mirent en marche au mois de Février 1858. Certains n'avaient pu s'empêcher de bavarder en chemin : ils furent plus d'une centaine en arrivant à pied d'oeuvre au début de juin.
Pas d'or ! Au bout d'un mois, pas d'or ! Huit hommes sur dix s'en retournèrent et seuls. Il n'en resta qu'une douzaine, plus opiniâtres ou plus désespérés. Leur ténacité paya : près de l'actuelle Englewood, une banlieue au sud-ouest de la ville, ils découvrirent un gisement, riche mais de petite taille. Des trappeurs qui rentraient dans l'Est campèrent avec les prospecteurs et emportèrent quelques paillettes : la nouvelle, largement enflée par les journaux, se répandit dans le pays comme le feu dans une trainée de poudre. Dans la Prairie, le gisement était déjà épuisé !
S'il y avait de l'or dans la plaine, il devait y en avoir encore plus dans la montagne ! Forts de ce raisonnement, les prospecteurs se dispersèrent pour remonter les cours d'eau et chercher le filon principal.
Pendant ce temps, dans l'Est, tous ceux dont la situation était précaire, ou qui pensaient pouvoir développer une activité fructueuse, spéculateurs et simples commerçants, se mettaient en route aux cris de "Pikes Peak or bust !", une sorte de "Marche ou crève". L'un d'eux fit la moitié du chemin à pied, poussant ses quelques affaires dans une brouette. Il avançait au rythme d'une cinquantaine de kilomètres par jour, et se joignit à une caravane qu'il avait rattrapée.
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Immeubles au centre-ville (09/85) |
Vue vers l'ouest, au bout de Larimer Street (09/85) |
Ils furent bientôt dix-mille dans la montagne. Une compagnie arrivée tôt, n'ayant pas trouvé d'or, anticipa les hordes de prospecteurs qui ne manqueraient pas d'arriver au printemps suivant et décida de se reconvertir en société foncière. Elle jalonna la plaine de piquets sur la rive nord du Cherry Creek : la ville se nommerait Saint Charles City. Les hommes de William Green Russell, revenus bredouilles eux-aussi, s'installèrent de l'autre coté du ruisseau avec la même intention. Ils bâtirent deux rangées parallèles de cahutes et nommèrent la future cité Auraria. Il y eut bientôt là un saloon avec son joueur professionnel, et quelques baraques plus loin, une femme se prostituait. La civilisation arrivait à grands pas sur la Prairie, déserte quelques semaines auparavant !
La jolie jeune femme qui officiait dans l'unique rue d'Auraria n'avait que 19 ans. Deux ans plus tôt, elle avait épousé un prêtre. Leur union était heureuse. A l'annonce des fabuleuses découvertes qu'annonçaient les journaux, le pasteur avait éprouvé l'impérieuse nécessité d'aller exercer son ministère parmi les pécheurs et les débauchés du nouvel eldorado : les deux époux s'étaient mis en route immédiatement. Le prêtre disparut subitement au beau milieu de la Prairie. Une femme manquait aussi : on imagina qu'ils étaient partis ensemble. Son épouse sombra dans un silence total.
Elle ne parla de nouveau qu'arrivée à Denver, pour annoncer qu'elle ne craignait plus Dieu et que dès le lendemain, elle ouvrirait le premier bordel de la ville. Cette femme énergique réussit si bien dans son nouveau métier que moins d'un an plus tard, elle emménageait dans une maison neuve. Elle prospéra pendant dix ans. Un jour, l'un de ses amis qui traversait la Prairie trouva, à coté d'un squelette, la Bible du pasteur, parfaitement reconnaissable. Du jour où elle lui fut remise, la pauvre veuve sombra dans l'alcoolisme. Ses affaires périclitèrent. Elle ferma son établissement et dériva de camp de mineur en camp de mineur, et finit par y mourir de faim.
Une troisième bande de promoteurs arriva peu après. Elle était conduite par un ancien général de la milice de Pennsylvanie, ex-banquier et propriétaire d'une entreprise de transports, William Larimer. Les fondateurs de St Charles City étaient repartis passer l'hiver dans l'Est, à l'exception d'un seul, resté pour surveiller la ville encore à l'état de lots. Sans vergogne, Larimer et sa bande s'installèrent sur les terrains jalonnés de leurs concurrents absents.
L'Etat du Colorado n'existait pas. La région n'était même pas officiellement un Territoire. Les terres était légalement propriété de la tribu des Arapahoes. L'Etat du Kansas, dont le gouverneur se nommait Denver, l'administrait: bon politique, Larimer nomma sa ville du nom du gouverneur. Somme toute visionnaire, à la fin d'une proclamation, il déclarait : "Nous avons établi les fondations d'une cité, un débouché pour cette manne d'or et la région des Montagnes Rocheuses".
L'hiver chassa les prospecteurs hors des montagnes. La plupart refirent le trajet vers l'Est. Quelques centaines restèrent.
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Chercheurs d'or modernes, en aval de Blackhawk (09/85) |
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Au printemps de 1859, la ville était organisée pour recevoir une nouvelle ruée ! En mars, elle avait 400 maisons et 600 habitants. Les faiseurs de villes avaient obtenu un bureau de poste, organisé les transports pour l'arrivée des marchandises et une ligne de diligences arrivait à Denver. Le 23 avril, les premières éditions des deux journaux concurrents, le Rocky Mountains News, de William Byers, et le Cherry Creek Pioneer, de John L Merrick, voyaient le jour à quelques minutes d'intervalle. Il y avait aussi un croque-mort et un cimetière, dont le premier occupant avait été tué par balle.
Séparément, George Jackson et John Gregory trouvèrent les premiers filons vraiment riches, dans Chicago Creek et le canyon de Clear Creek. La nouvelle déclencha dans l'Est de nouvelles vagues d'immigrants. On couchait à 3, 4 parfois 5 dans le même lit d'hôtel dont le toit, en attendant d'être posé, était remplacé par une toile de tente. Des couvertures servaient de cloisons. Les villages de Blackhawk, Central City et Idaho Springs surgirent du sol. Dans la plaine, on érigea la ville de Golden City (Ville d'or), au débouché de Clear Creek. Elle prospéra si bien qu'elle disputa bientôt à Denver le titre de capitale du nouveau Territoire. Le 1er juin, un ferry traversa la Platte pour la première fois, facilitant grandement le passage des chariots vers les mines et enrichissant rapidement son propriétaire.
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Blackhawk (09/85) |
Mine abandonnée près de Blackhawk (09/85) |

Central City (09/85)
Durant ces mois de printemps, le Colorado naissant reçut la visite du célèbre journaliste Horace Greeley. De retour à New York, il écrivit son célèbre éditorial "Go west, young man, and grow with the country": "Va vers l'ouest, jeune homme et grandit avec le pays". Deux ans plus tard, Denver comptait 6000 habitants.
Larimer avait eu raison : malgré l'épuisement des mines d'or, malgré la chute brutale du prix du minerai d'argent à la fin du XIXme siècle, Denver l'emporte et demeure le centre industriel, commercial, logistique et culturel de la région, en même temps que le siège du gouvernement de l'Etat.
Denver, dont les dernières décennies ont encore accéléré la croissance, conserve un centre-ville animé et attrayant. C'est d'ailleurs une caractéristique commune à d'autres villes proches, comme Boulder et Fort Collins. La 16me rue est piétonnière. Pour faciliter les déplacements, deux lignes de tramway gratuites font la navette dans la partie commerçante de la rue. On peut flâner, lécher les vitrines, ou s'asseoir à une terrasse pour boire un expresso : profitez-en, dans l'Ouest vous ne les trouverez que trop rares ! Rue piétonne, magasins, bars et restaurants favorisent une ambiance que banques et bureaux ne pourraient créer à eux seuls. Cet agrément fait revenir des gens aisés, qui quittent leur maison avec jardin de la banlieue pour un appartement au centre-ville.
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Reflets dans les vitrines de la rentrée des classes (08/88) |
The Mall, 16me rue (09/85) |

Fontaine dans la 16me rue (08/88)
Le Capitole, avec son dôme couvert d'or, se trouve sur une esplanade au centre de la ville. La "Colorado Historical Society", fondée dès 1876, n'est pas loin : son musée mérite une visite approfondie. Denver est également réputée pour son jardin botanique, et si vous en trouvez le temps, passez un moment au zoo, dont le pavillon tropical climatisé est étonnant.
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Le Capitole (09/85) |
Bent's Old Fort : diorama au musée de la Société Historique du Colorado (08/88) |
Par sa position à mi-chemin des frontières canadiennes et mexicaines, la proximité des Montagnes Rocheuses, et plus de dix Parcs ou Monuments Nationaux dans un rayon de 1000 km, par la qualité de la ville elle-même, Denver est l'un des endroits idéaux pour atterrir dans l'Ouest américain. La ville et ses environs présentent suffisamment d'intérêt pour qu'on y reste deux ou trois jours, qui permettront de s'accoutumer au décalage horaire.
Le climat y est plutôt agréable. Isolée des nuages par la barrière des Rocheuses, la ville jouit de 300 jours de soleil par an et d'un air sec. Les hivers sont rigoureux : la température moyenne de janvier oscille de -6 à +6°C. Malgré une chute de neige annuelle de près de 1.40 m, celle-ci ne tient guère et son épaisseur au sol dépasse rarement longtemps 2 ou 3 centimètres de janvier à mars. La moyenne des maxima de juillet est de 30°C. Les précipitations sont faibles, quelques 300 millimètres d'eau par an, dont près de 20% tombent en mai.
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La Bonne Soupe. Restaurant français (10/85) |
Colfax Avenue (10/85) |
Site sur Denver : http://www.denver.org
CLIMAT : Voir les données météo
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Température
(Ces valeurs proviennent de relevés effectués pendant 30 ans, entre 1961 et 1990) Les colonnes vertes donnent la plage de température entre la moyenne des températures minimales et maximales. La colonne orange donne les températures maximales. La colonne bleue donne les température minimales. Les températures extrêmes peuvent n'être survenues qu'une fois en 30 ans : c'est surtout la courbe moyenne qui compte, mais les extrêmes permettent d'imaginer à quoi s'attendre au pire ! Les couleurs en pied de diagramme donnent : en bleu les mois froids ou frais, en vert les mois tempérés, en orange les mois chauds. |
Chances de soleil et risques de pluie(Ce diagramme est issu de relevés sur plus de 7 ans. Malheureusement, ces statistiques ne sont pas toujours disponibles) Le diagramme en jaune donne le pourcentage de chances d'avoir des journées ensoleillées (échelle jaune). Le diagramme en bleu donne le pourcentage de risques qu'il pleuve (échelle bleue). Entre les deux, les jours gris ! Si jaune et bleu se recouvrent partiellement sur certains tableaux, c'est que dans la même journée existent des chances de soleil et des risques de pluie. |
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