Quelques particularités du terrain au Colorado


Formés par l'action des grands glaciers d'autrefois, puis celle des rivières, les "Parks" sont une des particularités des Rocheuses. Il en existe beaucoup, mais trois se distinguent par leur grande taille : au sud, "South Park"(SP) sur la Platte du Sud ; au nord, c'est la Platte du Nord qui a créé "North Park"(NP) et entre les deux, "Middle Park" (MP) est centré sur la vallée du Colorado.

South Park est étonnament plat et vaste. Par endroits, on arrive même à oublier l'existence des montagnes, dissimulées par les replis du terrain, et n'étaient la fraîcheur de l'air cristallin, l'herbe jaune libérée de la neige depuis peu et les pins noirs, on pourrait se croire dans les Plaines.

Les "Parks" sont consacrés à l'élevage, à l'agriculture et au tourisme.

south park

Depuis le Mont Evans, dans la Front Range, entre les chaînes le nord de South Park (07/92)

Entre le Colorado et la Gunnison, quelques kilomètres à l'est de Grand Junction, se trouve un plateau basaltique de 2600 km², la moitié d'un département français. L'épaisseur de basalte atteint 200 mètres. Cette montagne n'a jamais été un volcan. Il y a 9 millions d'années et demi, il y avait là un bassin, qui a commencé à se remplir de lave suintant par des fissures, lentement, tranquillement. Le Colorado et la Gunnison, de chaque coté, ont fait leur travail d'érosion, et Grand Mesa (GM) se trouve aujourd'hui 1500 mètres au dessus de Grand Valley. Son point le plus élevé, Leon Peak, est à 3480 mètres.



Depuis le Monument National du Colorado, à gauche, grises, les Book Cliffs. A droite, plus sombre et plus haute, Grand Mesa (09/85)

Posé sur des sous-couches argileuses, le basalte travaille. Ses plans de clivage s'ouvrent en fissures, qui s'élargissent avec le temps. Lorsque c'est au bord du plateau, un pan entier de basalte finit par glisser lentement vers la vallée. Au milieu du plateau, la fissure arrive à s'élargir au point qu'un petit lac s'y forme. Dans la forêt de sapins, l'air frais du matin, ces réservoirs à truites sont devenus le régal des pêcheurs.

Au sud-ouest du très vieux socle d'Uncompahgre, qui faisait partie des Rocheuses Ancestrales, un bassin profond s'était formé. Il occupait l'angle sud-ouest du Colorado, et remontait loin dans l'Utah : sa longueur totale était de 350 kilomètres, pour 70 de largeur. Sa profondeur finit par atteindre 6 kilomètres, mais les mouvements de l'écorce terrestre sont très lents, et il n'était au début qu'un simple creux au long d'une montagne basse. Une mer peu profonde recouvrait la région. D'une manière ou d'une autre, le bassin en fut coupé, mais continua de recevoir des apports réguliers d'eau salée, soit par de fortes marées, soit qu'une passe étroite ait été submergée de temps à autre, sans qu'une circulation réelle de l'eau s'établisse.

Le climat était brûlant et aride : l'eau contenue dans le bassin s'évaporait rapidement, comme dans un marais salant. La concentration en sels augmentant, la saumure plus dense coulait au fond du bassin où le sel cristallisait. Mais ici, personne ne venait le retirer : il s'accumula sur plus de 2000 mètres d'épaisseur. Selon un phénomène qui existe toujours le long de littoraux peu profonds soumis à un climat aride, le dépôt, que les géologues nomment évaporites, était formé de couches alternées de sel et de gypse.

En même temps que le bassin s'enfonçait, l'Uncompahgre s'élevait. L'érosion entraînait les débris dans le bassin : les plus fins étaient portés au loin par les courants, mais les plus grossiers s'accumulaient au pied de la montagne. Leur poids fut bientôt tel que la pression sur le sel devint insupportable. Le sel n'est pas une roche dure : il n'a guère de consistance. Sous la pression, les lits se mirent à fluer vers des zones de moindre résistance, comme une pâte dans une filière. Les bords abrupts des failles parallèles les détournèrent vers le haut, vers des strates plus meubles. Alors que l'épaisseur de sédiments au-dessus des lits des sels ne cessait d'augmenter, ces derniers, plus loin à l'ouest, gagnaient vers la surface sous laquelle ils formèrent de longs dômes dont certains atteignent 4800 mètres de hauteur. Ces mouvements durèrent 150 millions d'années.

Le temps passa. Couche après couche, de nouveaux sédiments recouvraient les anciens. En même temps, le continent nord-américain, relevé par les forces telluriques, se trouva complètement émergé. Les glaciers, les lacs, les fleuves et leurs affluents s'installèrent. Sous la surface du sol aussi, un réseau de cours d'eau se mit en place, dont l'eau dissout le sel et l'emporta. Seul subsista le gypse, moins soluble. L'espace ainsi libéré ne pouvait rester vide : le sol s'affaissa sans se soucier de la géographie de surface, laissant place à plusieurs vallées sans cours d'eau. Lorsqu'une rivière transversale passait là, elle vit diminuer localement la hauteur de ses berges, et continua sans se détourner de creuser son lit dans la trace établie.

Salt Valley

Salt Valley, dans le Parc National d'Arches (07/91)

Le plus important de ces effondrements est Paradox Valley (PV) : 55 kilomètres de long. Son nom lui vient de ce qu'il est traversé à angle droit par la rivière Dolorès. Les premiers pionniers, ne trouvant pas d'explication à cette "vallée" sans eau en travers de la rivière, lui donnèrent ce nom de Paradox. Lorsque les géologues comprirent l'existence du bassin, il lui attribuèrent tout naturellement le même. Moab est bâtie dans une de ces vallées sèches : on voit le Colorado sortir d'une falaise, traverser la "vallée de sel", et entrer dans une seconde falaise vis-à-vis de la première. A quelques kilomètres, un autre effondrement traverse le Parc National des Arches. Au total, une dizaine de ces "vallées" sont concentrées dans le Colorado et l'Utah.


Site de l'US Geological Survey : usgs.gov


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