Depuis 1821, la piste de Santa Fe traversait le sud du Colorado. Au nord, seuls quelques trappeurs, de rares négociants avaient installé des comptoirs de fourrures. Personne n'imaginait de s'implanter sur la Prairie, qu'un explorateur avait surnommée "le Grand Désert Américain". A une époque où l'agriculture employait la majorité de la population, les montagnes étaient encore moins attirantes.
Les ancêtres des indiens pueblos, les Anazasis, avaient occupé le sud de l'Etat. Sur le Plateau du Colorado les ruines de leurs villages subsistent à Mesa Verde. Dans les Plaines, Cheyennes et Arapahos, suivaient les déplacements des bisons. Ils installaient leurs camps d'hiver dans les vallées de montagne, mieux protégées du blizzard. Les Utes habitaient les montagnes du sud. Même parmi les indiens il ne venait à l'idée de personne de s'installer à demeure sur la Prairie.
Il fallut un enchaînement de hasards pour que s'élèvent les premières maisons de Denver. En 1850, un groupe d'hommes, en chemin pour la Californie, trouva quelques paillettes d'or dans un ruisseau. Le gisement fut vite épuisé. Ils continuèrent leur route, mais la Californie ne leur fut pas plus favorable. Huit ans plus tard, rentrés en Géorgie, alors qu'une crise économique secouait l'Amérique, ils se souvinrent de ces quelques grammes d'or : une expédition fut vite organisée. Elle aussi était sur le point d'échouer lorsque deux grands gisements furent découverts dans les collines du piémont : leur richesse allait alimenter la ruée qui s'était déclenchée sur de simples rumeurs ! Les promoteurs firent le reste. Bientôt, commerçants et agriculteurs s'installaient.
Avec des hauts et des bas, on alla de découverte en découverte : or, argent, mais aussi plomb, et plus récemment, uranium et molybdène. Il y a même un peu de pétrole dans l'ouest de l'Etat, et d'immenses réserves de schistes bitumineux, trop chères à exploiter tant que le prix de l'or noir restera bas : depuis 1858, la population du Colorado n'a jamais cessé de croître.
L'après Guerre de Sécession vit l'arrivée des grands troupeaux : si la Prairie pouvait faire vivre des millions de bisons, avaient réfléchi les éleveurs, pourquoi pas des vaches ? Les grands perdants furent les indiens : les terres annexées, les bisons disparus, ils n'avaient plus de quoi se nourrir, et aucun moyen, ni d'ailleurs aucune envie, de s'adapter à la vie des Américains. Rejetés, parfois exterminés sauvagement, presque tous furent repoussés du Colorado vers des territoires moins attirants pour les Américains.
L'invention de l'agriculture " sèche " par Jethro Tull et le développement de l'irrigation permirent l'arrivée de fermiers à des endroits réputés incultes. La grande sécheresse des années trente montra que la théorie avait ses limites, et ce n'est qu'en puisant dans les nappes phréatiques que les agriculteurs d'aujourd'hui parviennent à subsister.
Dès 1860, le Colorado était devenu un Territoire. La population et les conditions politiques lui permirent de passer au rang d'Etat en 1876, trente-huitième dans l'ordre chronologique. La capitale, disputée au cours des premières années, resta finalement à Denver.
A Denver, de l'époque de la traction animale, subsiste la société Gates : elle fabriquait autrefois des harnais ; elle est aujourd'hui célèbre pour ses pièces en caoutchouc destinées à l'automobile. Pueblo a sa sidérurgie. La deuxième partie du XXme siècle vit apparaître une nouvelle richesse : l'or blanc. Les montagnes, parfois enneigées jusqu'au mois de juin, attirent les skieurs. La beauté des paysages, l'ensoleillement, la qualité de la vie, ont fait venir des industries nouvelles.
La grande majorité de la population se concentre dans trois villes. D'abord, Denver, dont en l'an 2000, la conurbation comptait deux millions d'habitants. Les banlieues s'étendent dans toutes les directions. Au sud de la capitale, le long de la Front Range, Colorado Springs et Pueblo concentrent 13% des quatre millions de gens qui vivent dans l'Etat. A l'est sur la Prairie, quelques petites villes, des villages et des hameaux d'agriculture et d'élevage. Dans les vallées des Rocheuses et, à l'ouest, sur le Plateau du Colorado, rares sont les villes de plus de 10000 habitants, mais en toutes saisons, les stations se peuplent de vacanciers et les villages se transforment en bourgades grouillantes.
Les villes du Colorado ont un cachet particulier : elles ont souvent un centre-ville agréable. Eloignée de tout, Denver possède son propre zoo et de nombreux musées. Ses jardins botaniques sont particulièrement réputés.
Même s'il n'est pas le seul à en posséder, le Colorado est considéré comme l'état des montagnes par excellence. C'est qu'elles font forte impression : hautes, visibles à plus de deux cent kilomètres, elles s'élèvent des Plaines comme une barrière infranchissable. Et il est vrai qu'il fallut longtemps pour que les traversent des routes dignes de ce nom : les indiens eux-mêmes ne s'engageaient pas dans n'importe quel défilé. Juste après Denver, la " Reine des Plaines " _on est déjà à 1600 mètres d'altitude, l'autoroute entre dans la montagne : en une centaine de kilomètres, elle s'élève de 1400 mètres jusqu'au col de Loveland, que l'on franchit par un tunnel, sans même ralentir. Alentour, les pics dépassent 4000 mètres.
Au Colorado, les Rocheuses sont constituées de chaînes parallèles à l'est, et du grand massif volcanique des San Juan au sud-ouest. Seule intrusion véritable, le Rio Grande a formé entre la chaîne des Sangre de Cristo et le massif des San Juan une vallée d'altitude, un grand plan fermé aux deux extrémités par des épanchements volcaniques. Le fleuve s'en échappe par un canyon étroit. La surprise, c'est de trouver au milieu de ces vertes prairies un grand champ de dunes, un petit Sahara au pied des montagnes.
Si les Montagnes Rocheuses sont l'élément caractéristique du Colorado, elles n'occupent qu'un tiers de la surface. Les Grandes Plaines s'étendent à l'est. Leur pente insensible fait passer l'altitude de 138 mètres, à Saint Louis du Missouri, à 1600 mètres à Denver. Malgré quelques accidents de terrain, et l'agrément de certaines parties de la vallée de l'Arkansas, les Plaines, couvertes de cultures extensives et de prairies d'élevage, n'ont guère d'attrait. Entre Plaines et Rocheuses, un piémont offre le beau spectacle de lames de grès ocre redressées jusqu'à la verticale, dont l'un des meilleurs exemples se trouve au parc municipal de Garden of the Gods, à Colorado Springs.
A l'ouest, les montagnes laissent la place au Plateau du Colorado. Creusées de canyons, dominées par des montagnes isolées, les terres rouges du Plateau offrent des spectacles magnifiques, comme au Monument National du Colorado, près de Grand Junction. La seule zone quelque peu peuplée est la vallée du Colorado.
Si le Mississippi est surnommé " Père des fleuves ", le Colorado devrait en être la mère ! Traversé par la ligne de partage des eaux, la " Continental Divide ", il donne naissance au fleuve Colorado et au Rio Grande, seul Etat où naisse deux fleuves de cette importance. Pour ne citer que les plus grandes rivières, il faut ajouter la Platte et l'Arkansas, dont les eaux finissent dans l'Atlantique. La San Juan, qui naît dans les montagnes du même nom, rejoint le Colorado dans l'Arizona et mêle finalement son eau à celle du Golfe de Californie.
Le climat reflète les divisions géographiques : à l'est, les plaines, éloignées de l'Atlantique, reçoivent peu d'eau. Elles sont balayées par les vents glacés venus du Canada : du début de l'automne à la fin du printemps, le blizzard peut souffler au moment où l'on s'y attend le moins. Lorsque le vent vient de l'ouest, asséché sur les versants occidentaux, il amène le soleil : à Denver, on a 70% de chances d'avoir du beau temps. Le vent augmente l'évaporation, et la neige tient généralement peu de temps sur la Prairie.
Les montagnes, qui arrêtent les courants aériens, sont souvent sous les nuages. En hiver, les chutes de neige sont très fortes. L'altitude aidant, on skie parfois jusqu'en juin. Mais tout le monde n'apprécie pas l'air raréfié des hauteurs.
La Région des Plateaux reçoit très peu d'eau. La moyenne vallée du Colorado est étonnamment sèche, malgré la proximité des Rocheuses.
Denver est un bon point de départ pour un voyage : l'aéroport est bien desservi, malheureusement pas par des vols directs. A mi-chemin du nord et du sud, Denver permettra d'orienter son voyage dans n'importe quelle direction : hormis les Plaines, qui n'ont guère d'attrait, on sera sûr de trouver quelque chose d'intéressant ou de spectaculaire. A moins qu'on y vienne pour skier, la meilleure période pour voir le Colorado est de juin à septembre. A l'automne, les feuilles des bouleaux forment de grandes plages jaunes au milieu du vert sombre des sapins. Au printemps, dans la montagne, la neige cède le pas aux feuilles fraîches des arbustes, et dans les ruisseaux, on voit partout les barrages des castors. Le Colorado est un état magnifique, malheureusement gâché en quelques endroits par les excès de tourisme.
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