Alors qu'en France, on croît bien faire en prononçant "Rio Grandé", à l'espagnole, les riverains disent "Rio Grande", au féminin et sans accent. Les Mexicains, eux, l'appellent Rio Bravo. Second fleuve du Colorado, il prend sa source au flanc oriental du massif des San Juan, et parcourt dans l'Etat 290 km, sur les 3036 qui le conduisent à l'Atlantique.
Le Rio Grande coule dans un rift : en même temps que le fond de la vallée s'enfonçait lentement, à cheval sur la frontière qui sépare les Etats du Colorado et du Nouveau-Mexique, des épanchements volcaniques fermèrent à plusieurs reprises le passage entre le massif des San Juan et la chaîne de Sangre de Cristo, qui borde le fleuve à l'est. Plusieurs lacs se formèrent derrière ces barrages naturels. Au fond des lacs, les sédiments s'accumulaient derrière lui. Une fois le lac rempli, l'eau finissait par creuser un passage, qu'elle agrandissait vite. Le fleuve coulait de nouveau librement jusqu'à ce qu'un nouveau mur se forme, et une nouvelle couche d'alluvions. L'épaisseur de ces terrains atteint aujourd'hui 9000 mètres. Ils ont formé entre les montagnes un grand bassin plan nommé San Luis Valley.
L'énorme quantité de terre, de sable, de gravier, de roche arrachés aux montagnes est gorgée d'eau. La gigantesque nappe phréatique qui s'étend sous San Luis Valley est estimée à 2500 milliards de m³ (plus de 70 fois la capacité du Lac Powell, dans l'Utah), dont 172 milliards seulement seraient accessibles ! Dans l'épaisseur des strates, une couche d'argile haute de plusieurs mètres coupe en deux ce réservoir, et protège de la pollution la partie inférieure de la nappe. Comme elle se trouve à faible profondeur, elle maintient le plan supérieur de l'eau à quatre mètres seulement de la surface du sol. Creuser un puit n'est qu'une formalité, si l'on possède un droit, et ce sont surtout les puits artésiens qui servent à irriguer San Luis Valley.
Deux petites rivières, la San Luis et la Saguache, naissent au nord de la vallée. Une ride les empêche de rejoindre le Rio Grande et, après s'être réunies, elles se perdent dans un petit lac non loin du Monument National de Great Sand Dunes. Les hommes ont creusé un canal qui détourne la majeurepartie de la Saguache, permet d'irriguer et apporte l'excédent au Rio Grande.
Grâce à un ensoleillement exceptionnel, et malgré l'altitude de 2750 m, la vallée a une production agricole importante. L'eau du Rio Grande est, elle aussi, utilisée pour irriguer. Le débit du fleuve à son entrée au Nouveau-Mexique paraît ridicule : seulement 12 m³/s (4% de la Seine à l'entrée de Paris), alors qu'au pied des San Juan, il était du double. Mais il se rattrape vite, et son canyon est bien connu des amateurs de rafting. A Albuquerque, son débit est déjà multiplié par quatre.
Le long des flancs enterrés des montagnes, des eaux chaudes remontent par les failles, et cinq sources thermales naissent dans San Luis Valley. A elles cinq, elles débitent 2700 litres d'eau chaude chaque minute : à Hooper, l'une d'elle alimente un ferme de crocodiles.
Site de l'US Geological Survey pour l'eau : water.usgs.gov
Autre site sur l'eau au Colorado : waterknowledge.colostate.edu
© et crédit photos : America dreamZ.
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