Dans ce pays immense dont la découverte se faisait petit à petit, les premiers cartographes nommaient souvent les rivières d'après leur nom indien, transmis par les trappeurs qui les guidaient. D'autres fois, l'explorateur donnait au cours d'eau le nom d'un personnage illustre, sans se soucier des tenants et des aboutissants. L'expédition de Lewis et Clark découvrit que le Missouri, qu'elle remontait, se formait du rassemblement de trois rivières. Mais la mission des deux hommes était d'aller jusqu'au Pacifique. Isolés de la civilisation par des milliers de kilomètres sans voies de communication, ils ne disposaient ni des moyens techniques, ni du temps pour chercher la branche maitresse de la grande rivière. Bons politiques, ils nommèrent les trois tributaires Jefferson, Madiso et Gallatin, du nom du président et de deux ministres : le Missouri n'a pas de source en propre !
La Platte, elle, en a deux. Les deux branches, la North Platte et la South Platte, se rejoignent au Nebraska. La Platte du Nord coule 40 km au Colorado avant d'entrer au Wyoming, tandis que la Platte du Sud y reste 579 kilomètres, et passe au Nebraska.
L'eau s'étale si bien dans son lit large d'un kilomètre par endroits, que sa profondeur est souvent dérisoire. Elle s'enchevêtre en filets qui courent entre les bancs de sable, et la navigation y est généralement impossible, même dans un simple canot d'écorce ou de peau. Selon une phrase de James Michener : " ...elle était posée sur le sol, sans avoir de berges.". La tribu des Omaha la nommait " Nebraska ", qui veut dire " rivière plate ". Les frêres Mallet, des trappeurs français du Canada, traduisirent le mot indien. Le nom français reste à la rivière, mais un état qu'elle traverse porte son nom indigène.
Pour les pionniers, la traversée de la Platte était une rude épreuve : dans le lit instable, il fallait à tous prix éviter les sables mouvants. Ils avaient fort à faire pour maintenir la confiance de leurs bêtes, qui devaient arracher le chariot au fond mou qui happait les roues. Au printemps, quand l'eau était haute, parfois un chariot se retournait dans un courant rapide : le flot l'emportait. Quelquefois, une femme ou un enfant était à l'intérieur... Lorsque la caravane était importante, plusieurs jours étaient nécessaires, en s'entraidant, pour faire traverser toute la compagnie. Et le risque d'une crue, subite et violente, était permanent.
Le débit était probablement plus important il y a cent-cinquante ans : aucun agriculteur ne prélevait d'eau pour irriguer ses champs. A la sortie du Colorado, le débit de la Platte du Sud n'est que de 15 m³/s, alors que 250 kilomètres en amont, à Greeley, il est en moyenne de 34 (12% de la Seine à l'entrée de Paris). Mais la Platte est toujours suceptible de fortes crues, et l'on a vu dans les années récentes son débit multiplié par 60 en deux jours, passant de moins de 2 à 112 m³/s, pour atteindre certaines années, lors de brusque dégels, 250 m³/s.
Site de l'US Geological Survey pour l'eau : water.usgs.gov
Autre site sur l'eau au Colorado : waterknowledge.colostate.edu
© et crédit photos : America dreamZ.
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