Mission - Castro

Juan Bautista de Anza avait vu juste en choisissant le site de la mission : le climat y est moins gris, plus chaud que celui du reste de la ville. Le nom du quartier vient bien de Mission Street, mais ce qu'il reste des bâtiments, les plus anciens de San Francisco, sont sur Dolores, quelques pâtés de maisons à l'ouest. Deux ou trois cent mètres au sud, un petit parc offre de belles vues sur la ville et la baie. Sur Valencia, un autre monument historique a récemment fermé ses portes : depuis 1906, une usine de la Levi Strauss Company fabriquait des jeans grâce aux méthodes d'autrefois.

la mission

A gauche, la petite église de la mission. A droite, la basilique moderne.

Longtemps réputé bohême, le quartier a vu arriver de nombreux cadres lors du boom des dotcom, et repartir certains d'entre eux après l'éclatement de la bulle Internet. Malgré cet embourgeoisement relatif, Mission reste un quartier d'étudiants et d'artistes, et la vie y est animée. C'est aussi le quartier hispanique. Ne croyez pas que cette présence date des premiers franciscains : le village fondé un an après le presidio par les colons venus avec Anza, c'est San José. La ruée vers l'or amena tellement de monde que les quelques centaines d'Hispaniques qui résidaient autour de la baie furent bientôt noyés dans cette foule. Américains, Allemands, Scandinaves, Irlandais et Italiens se succédèrent dans le quartier avant que n'arrive, à partir des années 1950, un afflux régulier d'immigrants venus d'Amérique Centrale. La 24me rue et ses alentours, avec leurs restaurants mexicains, leurs marchés, leurs boutiques de souvenirs et de spécialités en témoignent, comme les fresques peintes aux murs de certaines maisons : on peut ne pas en aimer le style, mais leurs couleurs vives sont plus agréables qu'une surface grise ou délavée. Le quartier lui-même n'est pas uniforme : au sud, entre Dolores et Valencia, réside une jeunesse branchée. Au nord, les environs de la 16me rue abritent des night-clubs. L'est, vers Potrero Hill, reste industriel.

Le taux de criminalité du quartier est assez élevé. Mieux vaut rester attentif et ne pas se promener seul n'importe où !

Au sud, dans l'enclave entre Twin Peaks et Diamond Heights, Noe Valley a pris le nom de son ultime propriétaire, le dernier juge de paix mexicain de San Francisco : il y exploitait un ranch et, jusque vers la fin du XIXme siècle, on vit paître des moutons dans ce quartier résidentiel, un peu huppé, à la population très différente de celle de Mission.

maison peinte

Jolie maison peinte (06/02)

A Castro, comme presque partout dans le monde, les amoureux flânent en se tenant par la main : la surprise, c'est qu'ils sont souvent du même sexe ! Ce fut longtemps le quartier des homosexuels, gays dans la langue américaine.

A l'époque où l'homosexualité était réprouvée, illégale et parfois condamnée, les homosexuels, lorsqu'ils cherchaient un endroit convivial où se sentir entre amis, demandaient : "Do you know a gay place ?". C'était un code. Au cours des années 70, après qu'ils eurent investi le quartier et se soient révoltés pour obtenir leur liberté de moeurs, le mot passa dans le langage courant sans connotation péjorative. On l'utilise en français comme un terme bienséant, par opposition à d'autres, parfois utilisés comme insulte. Constellé de bars, de restaurants et de boutiques, le quartier est animé de jour comme de nuit.

Castro fait partie d'un district plus étendu : Eureka Valley. La ruée vers l'or, en amenant une population nouvelle, fit bondir la demande en produits laitiers : le ranch qui était là fut remplacé par des fermes plus petites. En 1887, une ligne du Cable Car fut installée dans Castro Street : le terrain eut soudain plus de valeur que le lait et les Européens fraîchement débarqués profitèrent de cet accès nouveau à des terrains moins chers que ceux du centre de la ville.

Après la Seconde Guerre Mondiale, l'exode vers les banlieues puis, dans les années 1960, la mécanisation des installations portuaires et la diminution des emplois sur les docks, quelques années plus tard l'invasion du quartier voisin de Haight-Ashbury par les hippies, vidèrent Eureka Valley : le prix des maisons s'effondra. De nouveaux arrivants saisirent l'occasion. Parmi eux se trouvaient de nombreux homosexuels, souvent logés aux environs de Castro Street : cette section d'Eureka Valley fut bientôt renommée par la voix populaire. Redevenu peuplé, actif, vivant, le quartier a retrouvé un attrait qui dépasse la simple économie ou l'association de moeurs. Depuis qu'ils ne sont plus sujets à l'opprobre, les gays vont habiter d'autres parties de la ville et les hétéros, moins effarouchés, reviennent.

On n'efface pas un passé riche d'action et de volonté : au Harvey Milk Institute, fondé en souvenir d'un homosexuel militant, édile de San Francisco assassiné par un ancien collègue du conseil municipal, on se flatte de renforcer la "culture" des invertis par des manifestations aussi diverses que concours photos, cours de méditation et d'autodéfense, de dessin, couture et tricotage, de langues, de musique et de littérature... Enfin : les mêmes choses que partout ailleurs, mais pour la communauté homosexuelle ! Le quartier reçoit de plus, chaque année, le festival international du film lesbien et gay. Bon nombre de films sont présentés au Castro Theater, classé monument historique : c'est l'un des grands cinémas des débuts de Hollywood. Construit en 1922 dans un mélange de style art déco et renaissance des missions, terme utilisé par les Américains pour désigner un baroque espagnol a posteriori dont la Californie regorge, ce cinéma possède toujours un orgue Wurlitzer, dont les sonorités donnaient vie aux films muets. Son architecture en fait un vrai musée, toujours en vie. Autour, Castro Village, ses boutiques, bars et restaurants sont l'âme du quartier.

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