Marin Peninsula :

Sausalito, Muir Woods, Point Bonita

Cette bande de terre entre l'océan et la baie ne porte pas le nom de Marin pour ses qualités maritimes, et n'a aucun rapport avec le célèbre corps des fusiliers marins : son nom était celui d'un chef Miwok, dont la tribu occupait la région au nord de San Francisco. Marin résista une dizaine d'année à l'envahissement espagnol, mais les soldats finirent par le capturer, lorsqu'il se sentit trop vieux pour résister. Il termina sa vie à la mission San Rafael, dans son pays, mais en semi-esclavage. Le comté porte aussi son nom.

A peine interrompues par les deux kilomètres d'eau du Golden Gate, les collines de San Francisco reprennent au nord du détroit. Une petite plage s'inscrit dans un arrondi de la côte, Bonita Cove. Le pont du Golden Gate domine ce paysage : pour en profiter vraiment, il faut le suivre à pied.

Au nord du pont, quelques dizaines de mètres après la sortie, une route tributaire de l'US 101 mène à un belvédère, d'où la vue s'étend sur l'océan, l'entrée du Golden Gate au sud et, au nord, Rodeo Lagoon. Un phare, juché sur un éperon rocheux, Point Bonita, garde l'entrée du détroit. Un sentier conduit à la pointe, où un petit pont suspendu facilite l'accès au phare d'où, de janvier à avril, on peut voir passer les baleines. La saillie est formée de coussins de basalte, nés au Jurassique du rift du Pacifique : lors de la subduction de la plaque de Farallon, ils sont restés collés au continent.

Point Bonita

Point Bonita. La flèche blanche, à gauche des bâtiments, est la pile du pont suspendu. A l'arrière-plan, le bois du Presidio et les lotissements de Richmond (06/02)

Entre deux pans de colline, le lit d'un ruisseau s'évase en arrivant à la mer. Il est obturé par un cordon littoral, suffisamment large et stable pour former une plage, derrière laquelle miroite une grande mare d'eau douce. Vue du belvédère, Rodeo Beach n'a rien de particulièrement attirant mais, si vous prenez le temps d'y descendre et d'en observer le sol, vous remarquerez bientôt des cailloux d'un matériau dur, rouge sombre : c'est du chert, "fabriqué" lui aussi à proximité du rift, là où l'eau saturée a déposé sa silice. Si vous découvrez parmi eux une pierre translucide, aux tons orangés, ou rouges, conservez là ! Peut-être n'est-ce qu'un morceau de verre roulé par l'océan, mais sachez qu'on trouve à Rodeo Beach une variété de quartz coloré nommée ici "carnelians", des calcédoines.

Rodeo Lagoon

Rodeo Lagoon, et sa plage, formée par le cordon littoral (06/02)

Au nord de la "lagune" se trouve le Marine Mammal Center. Ouvert au public, il s'occupe de recueillir, soigner et rendre à la vie sauvage les mammifères marins en difficulté signalés par le public. Ses principaux hôtes sont des phoques, otaries et lions de mer, mais il est arrivé que, avec l'aide d'établissements comme le Seaworld de San Diego, le Centre s'occupe de baleines et dauphins. Loutres et tortues égarées font aussi partie des animaux auxquels il vient en aide, bien que les tortues constituent ici une notable exception à l'ordre des mammifères ! Grand soin est pris de ne pas laisser les animaux s'habituer à la présence de l'homme : rendus à la Nature, ils doivent être restés capables de se débrouiller seuls.

Marine Mammal Center   Marine Mammal Center

Plus facile à caser que des baleines (09/04)

Faut que ça brille ! (09/04)

Fondé en 1975 par trois bénévoles, le Centre des Mammifères Marins emploie une quarantaine de personnes à plein temps, dont deux vétérinaires. Huit cents "volontaires", chacun avec son temps et ses compétences, s'associent à l'action des employés permanents. Ils ont traité neuf mille animaux depuis la fondation, dont la moitié survécut. Beaucoup de ces pensionnaires sont des jeunes, orphelins, ou séparés de leur mère par une tempête. Les maladies traitées sont souvent des affections parasitaires, comme le ver solitaire, mais la pneumonie sévit aussi. Les blessures proviennent en majorité des filets de pêche, de morsures d'animaux, dont le grand requin blanc et, parfois, d'un imbécile coup de fusil !

Au sud, le long du détroit, la route dessert une série d'anciennes batteries, chargées autrefois de défendre l'entrée de la baie. La batterie 129, au lieu-dit Hawk Hill, donne l'une des meilleures vues plongeantes sur le Golden Gate Bridge. Chaque automne, des rapaces migrateurs s'arrêtent ici avant de continuer vers le sud.

Golden gate bridge

Le pont de la Porte d'Or (06/02)

Sausalito se trouve à l'est de Marin Peninsula. On a, de ce village, l'une des plus belles vues sur San Francisco, les tours du downtown, la pyramide Transamerica, Telegraph Hill et les quais de Fisherman's Wharf : la nuit, lorsque sur l'eau noire de la baie dansent les lumières de la ville, la scène est superbe. Longtemps célébré comme une colonie d'artistes et de libres penseurs, Sausalito possède de nombreux restaurants et quelques hôtels.

Vue depuis Sausalito

Une des plus belles vues sur San Francisco (quand il fait beau !) (09/04)

La petite ville est presque aussi vieille que celle de San Francisco : elle a le même fondateur ! William Richardson, capitaine du port de Yerba Buena, arrivé en 1822, épousa la fille du capitaine du presidio, Doña Maria Antonia. En 1838, il obtint en concession la péninsule au nord du détroit, mont Tamalpais inclu, pour y établir un ranch. Une source d'eau pure donnait à boire à quelques arbres : Richardson nomma son ranch "El Saucelito", le Petit Saule. Le courant s'achevait dans une anse, assez grande et profonde pour faire un bon mouillage : les revenus de l'eau douce vendue aux baleiniers vinrent s'ajouter à ceux de l'élevage et de la capitainerie. Sans vergogne, les envahisseurs de la ruée vers l'or s'emparèrent du ranch, mangèrent ses vaches et expulsèrent Richardson. Comme Johann Sutter, le pauvre homme mourut sans le sou.

Sausalito Sausalito

Sausalito sur terre (09/04)

Yerba Buena, devenue San Francisco, se multipliait. Sausalito végéta. Le petit port reprit du service en 1871 : amenées par chemin de fer, les billes de bois coupées dans les montagnes de Marin Peninsula y étaient embarquées. Les premiers visiteurs furent des campeurs et des chasseurs, dont les gabions s'égrainaient le long de la côte. Puis, les artistes impécunieux vinrent s'installer : une ville basse naquit, posée sur des barques et des affûts flottants, opposée de caractère aux maisons ouvrières des docks et aux résidences bourgeoises des collines. L'ouverture du pont du Golden Gate, en 1937, rendit l'accès presque immédiat : l'immobilier monta en flèche. Cinq ans plus tard, les ferries avaient cessé toute circulation, et les camions remplaçaient les trains pour le transport du bois. Attirés par les artistes, les touristes vinrent au cours des années 1960 : cet apport régénéra l'économie de Sausalito.

Sausalito Sausalito

Sausalito sur l'eau (09/04)
Sausalito   Sausalito

Un peu de fantaisie, que diable ! (09/04)

Indispensable à Sausalito sur l'eau : le radeau à flotteurs en polystyrène expansé (09/04)

Le redwood vit du sud de Monterey jusqu'en Oregon : la côte, autour de San Francisco, en était couverte. Il suffit de quelques années, après le début de la ruée vers l'or, pour que constructions civile et navale aient dénudé les alentours de San Francisco. Un ravin, trop accidenté pour une exploitation rentable, resta intact. Au début du XXme siècle, un député de Californie et sa femme, William et Elizabeth Kent, achetèrent 120 hectares du canyon aux redwoods et, trois ans plus tard, en firent don au gouvernement fédéral, pour préserver au moins cette partie de montagne à proximité de San Francisco. Teddy Roosevelt en fit un monument national : Kent insista pour qu'il porte le nom de Muir, fondateur du Sierra Club et promoteur des parcs nationaux de Yosemite, Petrified Forest et du Grand Canyon. Dès 1924, on interdit l'accès des voitures. Peu de temps après, pique-niques et collecte de plantes, roche et animaux furent également proscrits.

Muir Woods Muir Woods

Forêt pluviale (08/04)

Agrandi, le monument couvre 225 hectares, dominés par les séquoias sempervirens vieux de plus de dix siècles. Certains dépassent 72 mètres. Dans l'ombre des "Grands Arbres" prolifèrent fougères, érables, sapins de Douglas, chênes, lauriers sauce et, au pied du canyon, aulnes rouges et marronniers de Californie. Au printemps, l'azalée y fleurit.

Muir Woods Muir Woods

Les... grands... arbres ! (08/04)

Un torrent d'eau pure dévale Redwood Canyon. L'écrevisse y vit. Saumons et ombles de mer viennent s'y reproduire. Dans ce sous-bois, les animaux les plus courants sont écureuils, chipmunks et daims à queue noire et, à l'époque des migrations, on voit s'y poser roitelets, grives et fauvettes.

Muir Woods

Le ruisseau de Redwood Canyon (08/04)

Le Mont Tamalpais, haut de 783 mètres, est le point culminant de la presqu'île de Marin. Deux ou trois kilomètres au nord de Muir Woods, il est protégé par un State Park.

John Muir possédait une maison de quatorze pièces au village de Martinez, 65 kilomètres à l'est, au sud du détroit de Carquinez. Erigée en monument historique depuis 1964, elle est gérée par le service des Parcs nationaux, tout comme celle, en pisé, du fondateur du village, Don Vincente Martinez, le beau-frère de William Richardson. Attenantes, cent trente hectares de prairies et de chênaies, typiques de la région et de l'habitat des Miwoks disparus, appartenaient également à John Muir.


Site officiel du Marine Mammal Center : http://www.tmmc.org/

Site officiel de Muir Woods : http://www.nps.gov/muwo/

Site officiel de Muir House : http://www.nps.gov/jomu/

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