Birch Aquarium at Scripps

La Jolla


Birch at Scripps... Curieux nom pour un aquarium ? Ellen Browning Scripps, vieille demoiselle riche et modeste, mit une partie de sa fortune au service d'organismes tels que le musée d'Histoire Naturelle de San Diego, le parc de Torrey Pines et l'Institution of Oceanography, à qui elle a donné son nom. Stephen Birch, retraité fortuné, contribua lui aussi au financement de cet institut. Associé à un musée d'océanographie et une salle d'activités interactives destiné aux enfants, l'aquarium domine le Pacifique du flanc d'une falaise de la Jolla. La Scripps Insttution of Oceanography fit ses débuts en 1903. Neuf ans plus tard, elle intégrait l'Université de Californie : moins médiatisée que les travaux de Jacques-Yves Cousteau, elle est connue des professionnels de la mer dans le monde entier.

Tous les aquariums de la Côte Ouest parlent de la "kelp forest". Ces algues forment des massifs où mollusques et poissons se nourrissent et s'abritent. On en voit de la côte, bancs jaunes sur l'eau sombre, dont l'extrémité marque la houle de petits remous. Echoués sur les plages, leurs longs flagelles terminés par un flotteur ovoïde s'amassent en tas informes. Rien, ici, de spécifique au continent américain : les Bretons les nomment varech, et les savants laminaires. Peut-être ceux du Pacifique sont-ils plus grands : ancrés au fond par leur fausse racine, les "giant kelps" dépassent 60 mètres de long.

Il leur fallait de l'espace : on leur a attribué un bac de 265 m3, où vivent aussi les principales espèces de la côte. Un générateur de vagues, la lumière du jour venue de la surface créent pour la "kelp forest" et ses habitants un environnement proche de celui qu'ils auraient dans l'océan. Un petit amphithéâtre fait face à la vitre. Confortablement assis dans la pénombre, on s'abandonne à la contemplation : fuseau lumineux d'un barracuda, ballet d'un banc de bonites, gueules patibulaires de grosses perches sombres, quête inlassable d'un requin ocellé, lent battement d'ailes d'une raie font un spectacle fascinant.

Varech

Mouvement dans la forêt de varech (02/03)

Comme avertis par l'instinct, ou par une vibration coutumière, de nouveaux poissons surgissent. L'agitation s'empare de l'aquarium. Avant même de voir le nuage de débris de poisson, on pressent que c'est l'heure du nourrissage. Finie toute nage rythmée : les poissons virevoltent au milieu des particules de chair, et les plus voraces taillent à coups de dents dans des tronçons gros comme le poing. Zigzags, désordre, vitesse, stress : il faut manger tant qu'il en reste ! Ceux qui vivent sur le fond termineront le festin, et leurs voisins de pleine eau se hâtent.

Le grand bac et sa forêt de laminaires sont au centre d'une allée où, depuis l'entrée, plus de soixante aquariums exposent la vie marine, des eaux froides de l'Alaska aux mers chaudes du Tropique du Cancer.

Birch Aquarium

Au-dessus de chaque bac, photos et légendes décrivent ses habitants (02/03)

Une sole, comme un tapis volant, ondule, se pose doucement et s'enfouit dans le sable : bientôt, seuls dépassent deux yeux inquisiteurs. La tête d'un congre, couleur de vase, pointe entre les rochers. Un poisson au corps anguleux, étroit, aux couleurs de feuilles mortes, dérive dans un courant. Une gobie, logée entre sable et roche, quitte son affût d'un mouvement furtif, absorbe une proie invisible et retourne prestement dans son antre. Des nautiles, cousins des ammonites du Jurassique, le bec hérissé de courts tentacules, flottent entre deux eaux : tel une pompe vivante, en brèves contractions de tout son corps marbré, l'un d'eux se déplace d'une paroi à l'autre. Un groupe de grands poissons hachette passe, nonchalants, l'expression figée, presque stupide. Des scalaires, si petits qu'il faut s'en approcher pour distinguer leur forme, évoluent en banc dans un bac bien à eux, à l'abri d'autres espèces. Coraux, polypiers, madrépores aux grandes feuilles immobiles, aux formes de fleurs, d'arbres morts, constituent le décor des eaux chaudes... Un être étrange, jaune, tacheté de points blancs, les yeux prolongés d'antennes, la bouche armée d'un bec blanc semblable à des incisives sans lèvres, semble flotter plus qu'il ne nage.

Toute une section est réservée aux hippocampes. L'Institut en élève depuis 1995, treize espèces qu'il vend aux autres aquariums. Les minuscules alevins, gauches comme tous les bébés, nagent faiblement, sans but et, d'un geste fraternel, enlacent l'extrémité de leur queue préhensile. L'espèce est menacée d'extinction. Birch at Scripps, grâce à son élevage, contribue à sa survie en limitant le trafic.

L'hippocampe se meut, lentement, en faisant onduler sa nageoire dorsale, mais ce sont les pectorales, directrices, que l'on remarque d'abord : elles frétillent si vite que l'on pense presque en percevoir la vibration, malgré l'eau, le verre et l'air !

Birch Aquarium

Chaque espèce vit dans un fond de couleur différente (02/03)

Les dragons de mer, "herbus" ou "feuillus" selon leur camouflage, paraissent faits d'un seule pièce : pas un mouvement perceptible ! Semblables à des algues, ils semblent dériver, portés par un courant, mais on s'aperçoit vite qu'ils déterminent eux-mêmes leur course. Les "herbus" coulent, tête en bas, comme dépourvus de vie et, sans qu'on ait vu bouger le plus petit bout de nageoire, se redressent soudain d'un mouvement décidé et montent vers la surface, lentement, comme en apesanteur.

Phyllopterix Phyllopterix

Weedy sea dragons : les dragons de mer «feuillus», ou phyllopteryx, sont venus des côtes australiennes (pas à la nage !) (02/03)

Tout en détails, les hippocampes sont un spectacle à bout portant : il faut d'abord regarder les méduses de loin. Blanches sur un fond noir, elles papillonnent, petites valvulettes, comme des parachutes animés par la vie. Dans l'espace étroit de leur confinement, elles pulsent l'eau à coups répétés, vont jusqu'à la surface et, cycle infernal, se retournent et pompent vers le bas. Au fond de l'aquarium, leurs corolles diaphanes semblent se diluer dans la lumière noire. Pas plus grosses que des billes d'enfants, certaines forment de loin un nuage dont aucune ne semble se distinguer. D'autres, dix, vingt fois plus grosses, traînent dans leur sillage les interminables filaments ocrés de leurs tentacules venimeux, dont les souples rotondités semblent des intestins.

Aurelies

Un «vol» d'aurélies. Le seul rapport entre leur nom et le prénom féminin est étymologique : elles font penser à des pièces d'or (02/03)

Vous trouvez parfois la vie difficile ? Pensez aux anémones de mer ! En voici une, bien au frais dans la semi-pénombre de trois mètres d'eau, attendant qu'un petit imprudent vienne à portée de ses tentacules. Les heures passent. La lumière devient sensible, vive, forte. La mer se retire et déjà, l'anémone ressent la chaleur irradiante du soleil...

Bientôt ne subsiste que le ressac, dont les mouvements brutaux battent méchamment roche et êtres vivants. Bernard-l'hermite et concombres de mer se sont réfugiés dans le sable. Mais l'anémone, fixée à la roche, subit chaque assaut de la mer. L'eau recule encore. Une colonie de moules entrouvertes darde, comme un halètement spasmodique, les faisceaux de leur byssus. A peine humectée de temps en temps par une vague plus forte, l'anémone a chaud. Puis reviennent les coups de butoir de la marée montante, et l'eau froide déferle. Pour tous ces animaux, le cycle recommence, sauf lorsqu'un prédateur, oiseau, homme ou autre mammifère, profite du sol presque sec pour y mettre fin prématurément...

A l'extérieur, au centre d'une terrasse ouverte sur l'anse de la Jolla, un bassin reproduit les conditions de vie à la frontière entre eau et terre : tidepool, la mare de marée ! Animé de vagues artificielles, il s'emplit et se vide au rythme du jusant. Les animaux les plus timides ne sont pas toujours faciles à distinguer : comment reconnaître une coquille vide de celle qui abrite un bernard-l'hermite ? Mais les couleurs des anémones émanent toujours une lumière qu'un peintre trouverait bien difficile à reproduire.

Un bassin abrite les squales qu'il vaut mieux ne pas mêler aux animaux plus petits : ces requins de récif sont dangereux pour l'homme, dont ils confondent parfois un membre avec leur ordinaire.

requin à pointes noires

Au ras de la surface, un «blacktip», requin à pointes noires (02/03)

Rentrons ! A gauche, le musée décrit l'Histoire de l'océanographie, ses instruments de mesure anciens et modernes. Au "learning center", un mécanisme élémentaire démontre le déferlement des vagues. C'est un chenal en pente, long de quelques mètres, équipé d'une paroi vitrée. A l'extrémité la plus profonde, une simple planche, animée d'un va et vient, envoie dans la masse d'eau des impulsions cycliques. Les premières vagues sont symétriques mais, laminée sous son propre poids, freinée par la pente du fond, l'eau forme bientôt un petit mur. Lorsque la pression est trop forte, celui-ci s'effondre vers l'avant. A aucun moment, le liquide n'a circulé dans le bassin : simple transmission d'une onde ! On comprend alors le mécanisme des tsunamis : animé d'une énorme énergie, l'océan se soulève avec le fond et des vagues presque imperceptibles en haute mer se transforment en lames de plusieurs mètres de haut.

La visite est terminée. Dans l'entrée, les sardines du Pacifique tournent dans leur grand cylindre de verre et, sur le parvis, les deux baleines dressées au milieu d'une fontaine, symboles de Birch at Scripps, montent la garde.

Ce symbole est celui d'une réussite des amis de la Nature : éradiquées par la chasse au XIXme siècle, les baleines grises de Californie faillirent bien disparaître. Protégées, elles sont aujourd'hui plus de 20 000. Chaque hiver, elles vont se reproduire dans le Golfe de Californie ; lorsqu'elles retournent vers les mers arctiques, leur migration passe près de la côte et on les voit parfois du rivage. Il est plus courant de prendre place à bord d'un bateau d'observation : vous pourrez le faire en compagnie de naturalistes de l'Institut, sur l'un de ses bâtiments, ancré au port de San Diego.

Phoques

Crise du logement chez les phoques (03/02)

Le temps de sortir de la baie, vous aurez vu la base aéronavale, ses porte-avions et, probablement, quelques exercices aéroportés. Vous vous serez amusés du manège des phoques, entassés sur le flotteur des bouées, aurez admiré le vol des pélicans bruns, et peut-être un groupe de dauphins. Passée Punta Loma, la lame forcit. Le pilote change de cap : au loin, d'autres embarcations se regroupent.

- "Elle souffle !"

L'avertissement est parti de la dunette, où seuls l'équipage et les naturalistes ont accès. Sur le pont, les passagers se rassemblent contre le bastingage.

Baleine

Elle souffle ! (02/03)

Quinze mètres de long, une trentaine de tonnes ne suffisent pas à rendre la baleine grise de Californie facile à observer. Non qu'elle soit farouche : on l'approche à quelques dizaines de mètres. Mais, occupée qu'elle est à chercher sa pitance dans la vase du fond, elle passe peu de temps en surface.

Baleine

En vue de San Diego (02/03)

Voici le cycle de ses mouvements : après cinq minutes en apnée, elle vient respirer en surface, plonge une fois ou deux le temps d'une minute et sonde à nouveau. Ses séjours à la surface ne durent que quelques dizaines de secondes : un souffle, un dos gris incrusté de bernacles et, avec de la chance, une grande queue plate qui plonge sans remous. En une heure de croisière, le temps de les trouver, vous ne les verrez qu'une vingtaine de fois, mais ce spectacle procure un rare plaisir !

Même si la migration n'a rien du mouvement ordonné d'une armée, si quelques attardées traînent parfois à la suite du plus grand nombre, il faut être en Californie entre décembre et avril pour les voir. Le printemps sera plus propice pour les observer de la côte : les mères longent le littoral, interposées entre leur baleineau et le large, d'où viennent les grands requins blancs.

Baleine

Deux dos gris (02/03)

L'Institut océanographique exploite un budget de plus de 140 millions de dollars et emploie 1300 personnes. Ses investigations portent aussi sur la géologie des fonds marins : depuis fin 2004, le "learning center" offre à ses visiteurs une série de démonstrations interactives sur les tremblements de terre, risque majeur en Californie.


Temps minimum : 2 heures

Pour l'observation des baleines : 1h15


Site officiel : http://aquarium.ucsd.edu/

Site de l'Institut : http://sio.ucsd.edu/

PHP my Pub, gestionnaire de publicité

COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

Accès depuis l'aéroport régional le plus proche :

ORGANISER VOTRE VOYAGE :

FAIRE DES CADEAUX :


CARTES ET GUIDES : cliquer ICI (ou cliquer sur un titre).


Conseils pratiques :

Acheter | Assurances | Décalage horaire | Electricité | Formalités | La monnaie | La voiture | Le voyage

Manger | Nouveau Passeport | Parcs nationaux | Prix de l'essence | Se loger | Téléphoner | Unités américaines

[Haut de page]