
Au sud-est de la ville de Salinas, au droit de Soledad, Pinnacles National Monument couvre 9600 hectares. Uniques intruses volcaniques dans la chaîne granitique des Gabilan, dents, tours, flèches et falaises hérissent le versant occidental du parc.

Les "pinnacles" (06/02)
A proximité immédiate des vallées cultivées, c'est pourtant un territoire sauvage et, bien que le parc ait une entrée sur chaque versant de la montagne, aucune route ne le traverse. Seuls quatre chemins joignent les accès, distants d'environ sept kilomètres. L'un passe à l'intérieur d'une succession de grottes, formées par la chute d'énormes blocs détachés des pentes. Sans doute à cause de l'échelle, le plan distribué par les rangers donne l'impression qu'une lumière pourrait y pénétrer et guider le promeneur, mais sans lampe, n'espérez pas y progresser longtemps : ces cavernes sont noires comme un four et, à moins d'être vraiment nyctalope, on a vite fait de trébucher sur le sol rocailleux ou se cogner au plafond en cherchant un passage.
Un autre danger vous guette, nettement plus aléatoire : la faille de San Andreas passe à moins de dix kilomètres. Si un séisme de quelque importance venait à se produire, vous pourriez être enseveli sur (et avant !) l'heure. Quant à ceux qu'effraient ou rebutent les chauve-souris, sachez que ce labyrinthe en abrite quelques colonies.
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Première vision, versant occidental (06/02) |
Une entrée des grottes sous éboulis (06/02) |
Un sentier aisé contourne les grottes à flanc de colline : il suffit d'un peu de souffle ! Une longue boucle passe tout au nord. Une autre, au sud, est le point de départ vers le mont le plus élevé du parc, North Chalone Peak, à 1007 mètres (au moment où j'écris : avec les tremblements de terre, on ne sait jamais !). Son frère ou son cousin, South Chalone Peak n'est que 13 mètres plus bas. Enfin, High Peaks Trail, la plus directe mais aussi la plus ardue, passe au plus près des Pinnacles. Tous ces massifs rocheux _certains dépassent 350 mètres de hauteur, attirent les alpinistes de la région et même d'autres continents : organisé pour les recevoir sans nuire à l'environnement, le parc est l'un de leurs rendez-vous traditionnels.
Gabilan, en espagnol, c'est l'épervier : les missionnaires franciscains ou les soldats du presidio de Monterey, à une époque où les hommes vivaient en symbiose avec la Nature, baptisèrent ces montagnes pour leur faune. Aigles, faucons et éperviers nichent toujours dans les cavités protectrices des falaises, et si le condor de Californie, que l'on réimplante avec difficulté, n'avait pas quasiment disparu, on verrait encore se déployer son envergure immense au-dessus des vallons. Au sol, daims à queue noire et sangliers démarrent sous les yeux des promeneurs : les plus chanceux, ou les plus obstinés, auront quelquefois la chance d'apercevoir un lion de montagne. Lorsque les visiteurs sont partis, à la tombée du jour, on voit, sans même quitter le parking, des nichées de cailles de Californie sortir des hautes herbes.

Quelle belle falaise pour faire son nid !
Au printemps, l'odeur capiteuse des lilas sauvages embaume les vallons (06/02)
Laves et cendres, usées par le temps, sont celles d'un volcan né des premiers mouvements de la faille de San Andreas, il y a 23 millions d'années. Coulées de lave, explosions, blocs et cendres projetés alentour élevèrent au-dessus de la zone de faille une montagne haute de 2400 mètres. De siècle en siècle, de séisme en séisme, la partie occidentale, emportée par le coulissement de la faille, dériva lentement vers le nord. Elle se trouve aujourd'hui à plus de 300 kilomètres de son point de départ, soixante-dix kilomètres au nord de Los Angeles, près d'une petite ville nommée Lancaster. Vitesse moyenne : 1,4 cm par an ! Au cours du dernier million d'années, un relèvement du terrain accéléra le ruissellement et les reliefs escarpés du Monument prirent leurs formes actuelles : en géologie, le temps fait tout !

Une pierre insérée dans les cendres.
Les lichens colorés sont fréquents sur les parois de Pinnacles National Monument (06/02)
Vallée de la Salinas, Gabilan Mountains : c'est le pays où John Steinbeck passa son enfance. Peu connu pourtant, à l'écart des grandes routes touristiques, Pinnacles National Monument, ne voit que 160 000 visiteurs par an, vingt fois moins que Yosemite. Un jour de semaine, le voyageur lassé des grandes foules humaines y trouvera grâce et sérénité, pour peu qu'il laisse derrière lui les attraits plus conventionnels de la côte et accepte de marcher, ne serait-ce qu'un peu, sur les quarante-cinq kilomètres de chemins du Monument.

Un jeu de lumière dessine dans la roche un faux oeil de boeuf (06/02)
Temps minimum : 1 h.
Site officiel : http://www.nps.gov/pinn/.
La carte du parc sur le site officiel.
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© et crédit photos : America dreamZ.
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