Marshall Gold Discovery State Park


situation


Johann Sutter, selon un témoin, ne pouvait s'empêcher d'investir, acheter, de se lancer toujours dans de nouvelles entreprises, malgré sa dette grandissante. Après le départ des Russes de Fort Ross, l'offre en farine et bois de construction diminua. Sutter s'associa à James Marshall pour construire deux moulins à eau : l'un moudrait du grain ; l'autre débiterait planches et madriers.

Marshall est compétent. Il trouve des emplacements favorables : la scierie sera sur l'American River, mais les charpentiers manquent pour commencer les travaux. Deux mois plus tard, à la fin d'août 1847, le Bataillon Mormon, venu à pied de Salt Lake City, arrive à Fort Sutter. Une centaine d'hommes, démunis, décident d'y rester le temps de se mettre quelque argent en poche. Ils savent travailler : le chantier de la scierie est ouvert au début de septembre.

Le travail va bon train. Le moulin sera alimenté par un bief de plus de 10 kilomètres, qu'on veut aussi, dans le futur, faire servir à l'irrigation. Lorsque commencent les essais, vers le 15 janvier 1848, la roue est trop basse : en pleine eau, elle serait noyée, peut-être même emportée par le courant. On ne va pas tout reconstruire ! Il suffit de laisser couler l'eau, le bief s'agrandira : le soir, on ouvre les vannes pour laver la terre et les graviers ; dans la journée, les hommes enlèvent grosses pierres et blocs rocheux.

Marshall n'a jamais prospecté. Il ne connaît rien à l'or, mais a lu qu'on en trouve souvent à proximité des veines de quartz... Et lorsqu'il explorait la montagne en quête de sites pour ses moulins, il a vu du quartz ! Peut-être y a-t-il de l'or aux environs : il l'a dit à un chef d'équipe. Le matin du 24 janvier, alors que ses hommes viennent prendre leur poste, il les rejoint, un vieux chapeau à la main. Au creux de la calotte brillent quelques écailles jaunes. On fait des essais sommaires : les grains résistent à la morsure, s'aplatissent sans se briser sous les coups d'un marteau et ne disparaissent pas lorsqu'on les fond : c'est bien de l'or !

La scierie

La scierie (06/02)

James Marshall délimite deux concessions, pour lui-même et Sutter, et fait promettre le secret à ses employés :

- " Finissons d'abord la scierie. Ensuite, c'est moi-même qui vous équiperai, et vous serez les premiers à jalonner vos terrains. "

Quelques jours passent. Vient une journée où la pluie est trop forte pour travailler. Henry Bigler s'en va, soi-disant, chasser le canard et revient porteur d'une quinzaine de grammes d'or, trouvés aux environs. Il n'avait pas d'outils : son couteau a suffi pour gratter dans les failles aux affleurements du granite ! A nouveau, Marshall, demande le secret et, par loyauté, envoie un mot à Sutter. Pour ne pas ébruiter la nouvelle, il fait porter sa lettre par un indien hors de la confidence.

Quelques jours encore... Un ouvrier, descendu au moulin à grain, ne peut s'empêcher de parler ! On n'y croit guère, mais... Tout de même, si c'était vrai ? Deux hommes montent à la scierie voir de quoi il retourne : ils écoutent, voient les échantillons et, sur le chemin du retour, découvrent un gisement. De bouche à oreille, la nouvelle se répand.

La roue et le bief

La roue et le bief qui déclenchèrent la ruée vers l'or (06/02)

Déjà, ouvriers et contremaîtres, tous ceux qui ont appris la nouvelle, sont dans la montagne. On gratte avec ce qu'on a, un pic, un couteau, une lame ou une pointe quelconque. On cherche dans les fentes de rocher, après avoir débarrassé la terre, le sable, le gravier qui les recouvraient... Le moindre récipient à fond plat sert de battée... Le premier rocker naît, d'une bûche évidée pour servir de pétrin ! On dirait soudain qu'il y a de l'or partout, et qu'il suffit de se baisser pour faire sa pelote en quelques jours.

Un mécanisme simple

Un mécanisme simple (06/02)

Brigham Young, qui craint de voir se vider sa capitale, rappelle les Mormons. Disciplinés, presque tous rentrent à Salt Lake City. Peut-être certains passent-ils à coté de la fortune mais la plupart ont déjà amassé un magot !

Lorsque, en juillet 1848, la capitaine Mason, gouverneur militaire de Californie, vient de Monterey prendre la mesure de la situation, San Francisco s'est vidée de ses hommes... Les marins désertent... Trois vaisseaux à l'abandon sont ancrés dans la baie... Sutter n'a plus d'ouvrier... Quatre mille hommes au moins prospectent la montagne, dont la moitié sont indiens. Ces derniers travaillent à leur compte, ou pour des compagnies formées à la hâte. Grâce au besoin de main d'oeuvre, leur statut a nettement progressé et, si l'on en juge d'après leurs dépenses, décrit Mason, ils sont bien rémunérés.

L'équipement est encore pour rien. Pelles, pioches, battée ou rocker fabriqué avec les moyens du bord : voici pépites et paillettes ! Le travail est dur, mais il paye : une société d'une centaine d'employés extrait en une semaine pour 17000 dollars de poudre, alors que ses coûts n'ont pas dépassé 7000 dollars ! Quelques mois plus tard, à Monterey, un ferblantier d'origine italienne commencera sa fortune en fabriquant des battées : il vend ce simple plat de tôle formée trente-cinq dollars l'unité.

Sutter est désespéré : son rêve d'un empire agreste s'effondre. Ses ouvriers, ses vachers, ses contremaîtres l'ont quitté pour prospecter la montagne. Les moissons sèchent sur pied, les fruits pourrissent sur les arbres, les travaux restent en suspens et le bétail s'égaye, quand il n'est pas simplement dévoré par les squatters, qui dénient tout droit de propriété à l'empresario. Pourtant, comme si de rien n'était, Sutter continue de recevoir en seigneur. Il n'exploitera jamais sa concession. Il restera dix-sept ans de plus en Californie : squatters, voyous, et la justice qui ne reconnaît pas ses titres de propriété, l'obligeront retourner dans l'Est pour plaider sa cause auprès du Congrès fédéral. Johann Augustus Sutter mourra en juin 1880, dans une petite ville de Pennsylvanie, sans avoir obtenu réparation.

Beaucoup de prospecteurs superstitieux croient que James Marshall a un don : on le suit partout et certains l'obligent même, sous la menace, à chercher un gisement pour eux ! Dégoûté, il quitte la région. Il y revient en 1857 et s'essaie à la viticulture. Il réussit d'abord, mais la demande baisse, la concurrence s'accroît, et il abandonne. En 1872 _il a 62 ans, l'Etat de Californie lui alloue une pension pour deux ans. La rente sera renouvelée deux fois, puis supprimée : Marshall meurt en 1885, dans le dénuement. Il est enterré dans ses vignes. Cinq ans après son décès, la Californie érigera sa statue sur la tombe, d'où l'on voit l'endroit de sa découverte.

Chercheurs d'or amateurs

Chercheurs d'or amateurs au bord de l'American River (06/02)


Temps minimum : 1/2 h.

Site officiel : http://www.parks.ca.gov/default.asp?page_id=484


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