The Southwest Museum of the American Indian


Le Southwest Museum est fermé et ne devrait rouvrir qu'en 2009 ou 2010 dans de nouveaux locaux.

Si vous voulez apprendre quelque chose sur les indiens, c'est là qu'il faut aller ! Entre Los Angeles et Pasadena, le Southwest Museum présente une extraordinaire collection de poteries, de vêtements, de tissus, d'outils, d'armes, de parures provenant des indiens des deux Amériques, de l'époque précolombienne à nos jours. La Southwest Society, branche de l'Institut Américain d'Archéologie, fonda ce musée, le premier de Los Angeles, en 1907. Le bâtiment actuel fut inauguré en 1914.

L'entrée du musée

L'entrée du musée, dont on distingue les murs sur la colline. (02/03)

Il est situé au sommet d'une colline. Première surprise : on y accède par un tunnel ! La lumière de niches disposées dans les murs troue la pénombre : chacune présente en figurines une tribu, ou un mode de vie. Le long couloir s'achève à la porte d'un ascenseur, seul chemin vers le premier niveau où, outre le traditionnel "Gift Shop", se trouvent deux salles d'exposition consacrées au indiens du Sud-Ouest. La grande baie vitrée d'une pièce voisine découvre un stock de paniers, en attente d'examen par les experts. Au pied de l'escalier qui mène à l'étage principal, une porte s'ouvre sur une terrasse qui révèle une vue superbe sur les gratte-ciel de Los Angeles et donne accès aux jardins ethno-botaniques.

Panier décoré

Panier décoré (02/03)

La caisse vous attend à l'étage supérieur, où vous devrez acquitter quelques dollars pour la visite. Trois halls exposent les pièces provenant des indiens des Plaines, de la côte du Nord-Ouest et de Californie, dont le territoire contrasté a fait organiser la salle selon les différents environnements. Les collections, impressionnantes, incluent des pièces anasazies, mimbres, mogollons, chumash, sioux, cheyennes, apaches, tlingit, haida... Deux étages supplémentaires sont consacrés à l'administration, au stockage et à la lecture. En 1925, le Southwest Museum reçut de la Société Hispanique de Californie la réplique d'un ranch typique de la période mexicaine : quatre ailes autour d'un jardin central. La Casa de Adobe est juste en dessous du musée, 4605 N. Figueroa St. Les collections relatives à l'occupation espagnole y sont exposées. Adobe, c'est le nom espagnol du pisé, un mélange de terre et de paille foulé au pied, dont on fait des briques crues qui, si elles sont enduites, résistent aux intempéries et isolent les maisons des variations de température.

Coiffe des Plaines   Orque en stéatite

Coiffe des Plaines (02/03)

Orque en stéatite. Côte de Californie (02/03)

Comment parler du Southwest Museum sans dire un mot de son fondateur ? Charles Fletcher Lummis, condisciple de Théodore Roosevelt à Harvard, travaillait pour un journal de l'Ohio. Il avait vingt-quatre ans : cette vie sédentaire le lassa. En quelques échanges de courriers, il convainquit le propriétaire du Los Angeles Times de l'embaucher : il viendrait à pied et, tout au long de sa route, enverrait des reportages sur son voyage et les lieux traversés. Il quitta Cincinnati le 12 septembre 1884 et marcha 5640 kilomètres, ne s'arrêtant vraiment qu'à Santa Fe, huit jours pour faire connaissance de la ville. Il y troqua aussi le pantalon de golf avec lequel il marchait depuis deux mois et demi pour des leggings de daim, mieux adaptés au passage des Montagnes Rocheuses en hiver. Lorsqu'il reprit son chemin, il était devenu amoureux passionné du Nouveau-Mexique. Le 2 février 1885, lendemain de son arrivée, il prenait son poste de responsable des nouvelles locales.

Coiffe apache

Coiffe apache (02/03)

En Arizona, la guerre contre les Apaches tirait à sa fin. Lummis était seul pour tenir son poste, mais il obtint du propriétaire du journal, Harrison Gray Otis, d'aller enquêter sur place malgré le coût de l'expédition. Le général Crook, commandant en chef des opérations, avait laissé échapper Geronimo. Remplacé, il attendait son successeur, Nelson Miles. Pendant la quinzaine de jours qu'il fallut à celui-ci pour rejoindre Tucson, Crook se contenta de régler les affaires courantes, mais Lummis mit ce temps à profit pour se faire admettre par lui. Le général lui exposa sa vision des choses : l'esprit de lucre et de corruption qui animait les marchands de Tucson, l'exploitation de la terreur et leur envie de voir durer une guerre si profitable, les indiens à qui l'on ne rendait jamais justice... En partant, George Crook laissait un message public de portée bien plus ample que de simples opérations militaires : le compte-rendu de Charles Fletcher Lummis reste à la postérité.

Au bout de trois ans de travail acharné, _il passait chaque jour une quinzaine d'heures à son bureau, sans autre répit qu'un voyage au Nouveau-Mexique chaque année, Lummis fut terrassé par une attaque, et resta partiellement paralysé. Otis le licencia purement et simplement !

Masque Kwaikutl

Masque Kwaikutl (île de Vancouver) (02/03)

Lummis alla se soigner au Nouveau-Mexique. Il venait de découvrir la photographie. Aujourd'hui, un appareil de quelques centaines de grammes suffit pour réussir d'excellents instantanés. Le matériel de l'époque, une boite en bois équipée d'une lourde lentille, un trépied, des plaques de plomb argentées, était bien plus encombrant. Malgré son bras gauche souvent hors d'état de le servir, chargé de vingt kilos de matériel, il photographia ses contemporains, indiens et hispaniques, parfois ouvertement et parfois par surprise, lorsque les indiens rechignaient à laisser capturer leur image dans la chambre noire. Il obtint même de saisir une scène de crucifixion, tradition sans date pratiquée par une secte de pénitents, comme cela existe encore aux Philippines. Ses photos, vendues aux collectionneurs de Californie, reproduites en lithographie dans les journaux, contribuèrent à changer l'image des indiens héritée de la conquête des territoires de l'Ouest.

Lorsqu'ils rentra à Los Angeles, il obtint la place de bibliothécaire municipal. A cause de ce qu'il avait entendu de Crook, grâce à ses années à leur côté, il s'était formé des indiens une opinion différente de celle de la majorité de gens : même vivant, on pouvait être un bon indien ! Il n'eut de cesse de les défendre contre une l'opinion publique et les exagérations d'une administration qui ne pensait qu'à les transformer en copie des Américains, jusqu'à intervenir auprès de Teddy Roosevelt, alors président de la République. Il fonda un magazine consacré au Sud-Ouest et contribua, grâce aux revenus d'un livre de recettes mexicaines, à la restauration de la mission San Juan Capistrano.

Toujours vêtu d'un pantalon et d'une jaquette de velours vert, assortis d'un sombrero et d'une bandana rouge, comme en avaient portés les rancheros mexicains disparus, il devint une personnalité marquante de la ville. Entièrement remis de sa paralysie, il construisit sa maison de ses mains, en gros blocs de granite, et l'appela El Alisal, en l'honneur du grand platane qui poussait au jardin. Ses fenêtres ouvraient sur le Southwest Museum.

El Alisal

El Alisal (02/03)

La bibliothèque du musée est riche de 50 000 livres consacrés aux indiens, à l'histoire des Etats-Unis et à la culture hispanique, et possède 2 000 enregistrements de musiques et de chants indiens, dont certains sur des cylindres gravés par Charles Fletcher Lummis lui-même. Sept cents manuscrits d'anthropologues et d'historiens, 1 300 cartes et 140 000 photographies complètent cette étonnante documentation. L'accès de la bibliothèque est ouvert au public, sous réserve de prendre rendez-vous six semaines à l'avance. Le musée reçoit également des conférenciers, projette des films et organise cours et visites guidées pour les étudiants. Non content de relater le passé, il devient chaque année, pour le temps d'un week-end, un marché d'art où les indiens viennent exposer et vendre leur production. Il organise aussi, à une date différente, une vente aux enchères de couvertures navajos.

Vase Hopi-Tewa

Vase récent (Hopi-Tewa) (02/03)

Comme en d'autres villes, les musées unissent leurs forces : le Southwest Museum s'est récemment allié à l'Institute for the Study of the American West et à l'Autry Museum of Western Heritage, fondé par Gene Autry, le cow-boy chantant des westerns d'avant-guerre.


Site officiel du musée :http://www.southwestmuseum.org

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