Queen Mary

Il n'y a pas eu de Queen Mary 1 : pas plus que le Queen Elizabeth, son cadet de quatre ans, le paquebot ne portait de numéro. Mais, capitalisation de la marque ou longévité accrue des souverains britanniques, un nouveau Queen Elizabeth naquit en 1969, puis un Queen Mary 2 dans les premiers jours de 2004.

Le grand bateau, filleul de l'épouse du roi George V, prit sa retraite en 1967. Il était célèbre, luxueux, portait en lui trente ans d'Histoire : la municipalité de Long Beach, port de commerce et banlieue industrielle de Los Angeles, riche de son pétrole, en quête de touristes et, peut-être, de respectabilité, acheta le navire et le fit mettre à quai dans une de ses darses.

Le Queen Mary

Le vaisseau de la Cunard - White Star, lancé en 1934 (01/06)

Le paquebot était né dans la douleur, en pleine Grande Dépression : pour financer sa construction malgré la crise, il avait fallu fusionner les deux grandes compagnies maritimes britanniques, la Cunard et la White Star. Lorsqu'il entra pour la première fois dans le port de New York, le 1er juin 1936, avec à bord 1849 passagers et 1186 membres d'équipage, des milliers de curieux, rêveurs ou nostalgiques, l'attendaient sur le quai, pour voir le grand transatlantique. Presque insensible à la houle de l'Atlantique, il avait traversé l'océan en quatre jours et demi et établi un nouveau record. Son arrivée effaçait le naufrage du Titanic, 24 ans plus tôt : plus grand, plus rapide, il était le symbole de la puissance anglaise retrouvée.

maquette du Titanic

Au musée, à bord, la maquette du Titanic (09/06)

Pour la première fois, des salles de bain individuelles équipent les cabines de première et seconde classe. Au centre du bâtiment, les premières sont les moins sensibles au tangage. Les secondes, à l'avant, sont en première ligne pour affronter les vagues. A l'arrière, les passagers de troisième pâtissent à la fois des mouvements du bateau et des vibrations des machines.

salle de bain

Une cabine d'antan : quatre robinets ? Et l'eau de mer... (09/06)

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la Seconde Guerre Mondiale ne venait enflammer l'Europe. Trois ans après son voyage inaugural, repeint en gris, le vaisseau de la Cunard entame une carrière militaire. Sydney, Hong Kong, Bombay, Rio, Boston... Déshabillé de ses cristaux et de ses boiseries, débarrassé de ses cabines, de ses salons, dépouillé de tout ce qui a fait son luxe et son prestige, équipé de canons anti-aériens, il est devenu capable de transporter, outre son équipage, plus de 15 000 soldats. Réaménagé en transport de troupes, il ramènera chez eux les blessés américains, conduira des prisonniers de guerre allemands vers leur captivité aux Etats-Unis puis, la guerre en Europe gagnée, servira à transférer les militaires et leurs familles vers le théâtre du Pacifique. Winston Churchill l'utilise à plusieurs reprises pour se rendre à des conférences internationales. Malgré sa taille, rapide -il file près de 30 nœuds-, gris sur le ciel gris, le bateau échappe à la vigilance des sous-marins allemands. Grâce à lui, dira Churchill, on a économisé un an de guerre.

DCA

Sous les mâts de charge, la défense contre-avions (09/06)

En 1946, six ans et demi après son incorporation, le Queen Mary est rendu à la vie civile : il faudra près d'un an pour en faire à nouveau un paquebot ! Près de deux mille cabines sont aménagées, dont sept cent onze pour les passagers de première classe. Il quitte Southampton pour New York le 31 juillet 1947, sept ans et onze mois après son dernier voyage commercial. La guerre n'avait pas seulement écarté le bateau de ses lignes traditionnelles. En même temps qu'elle détruisait nombre de bateaux concurrents, elle avait accéléré la mise au point d'un ennemi mortel : l'avion long courrier. Dès la fin de la guerre, la TWA de Howard Hughes effectue les premiers vols commerciaux de passagers, grâce au Constellation. Celui-ci n'a que 44 places, doit faire quatre escales de ravitaillement et subit les remous de l'air à moyenne altitude. Malgré le temps gagné, son coût le destine à de riches passagers un peu aventureux. Mais, entre 15 ou 16 heures de vol, et quatre à cinq jours de traversée, le match est inégal.

En 1959, le Boeing 707, avec plus de cent personnes à bord, s'élève au-dessus des couches perturbées de l'atmosphère pour son premier vol commercial. L'aviation connaît un confort nouveau, en même temps que le temps du voyage est divisé par deux ! Les passagers maritimes étaient un million en 1954 : onze ans plus tard, leur nombre a chuté à 650 000. Dans le même temps, les utilisateurs de l'avion sont passé de six cent mille à quatre millions. Bientôt, à bord des transatlantiques, les membres de l'équipage sont plus nombreux que les passagers !

passerelle

La salle de commande (09/06)

transmetteur d'ordres transmetteur d'ordres

En avant toute, mille sabords ! (09/06)

La Cunard a essayé de réagir. Elle a rendu le bateau plus confortable, grâce à des stabilisateurs. Elle a vanté son luxe et son confort, comme une invitation au voyage. Pour pallier au manque de passagers sur les lignes traditionnelles, elle a mis sur pied des croisières. Mais l'organisation du temps change. Les nouvelles générations, plus pressées, ont des goûts moins formels. La capacité des avions augmente, et le coût des billets diminue. Lorsque a lieu le vol inaugural du Boeing 747, le 22 janvier 1970, le Queen Mary, après exactement mille et une traversée de l'Atlantique Nord, est à Long Beach depuis deux ans. Le Jumbo Jet est capable d'enlever 374 passagers : très vite, les vols transatlantiques sont à la portée du plus grand nombre.

Long Beach   Long Beach

Une goëlette à trois mâts entre au port de Long Beach... (09/06)

...et une croisière s'apprête à partir vers la Baja California (09/06)

Sa dernière croisière terminée, le paquebot a mis à quai le 9 décembre 1967. Il est devenu la propriété de la ville de Long Beach deux jours plus tard. Ses cabines sont là, toutes prêtes : sans rien changer au style art déco entretenu depuis trente ans, symbole du luxe du vaisseau, les 1re sont réhabilitées, modernisées et transformées en hôtel. Les cabines de seconde sont détruites, pour loger à leur place un palais des congrès. Lorsqu'on arrive au pied du navire, on se sent écrasé : le plat bord domine le quai de quinze ou vingt mètres, et la coque noire se dresse devant les visiteurs comme un mur infranchissable. Trois cent dix mètres de long, trente-six de large, douze de tirant d'eau et cinquante-cinq de la quille au sommet des cheminées ! Il déplace 81000 tonneaux ; il a fallu plus de dix millions de rivets pour assembler les tôles de sa structure, sa coque et ses douze ponts et chacune de ses trois sirènes pèse plus d'une tonne. Chaque mètre parcouru lui coûtait un litre de fuel.

Queen Mary Queen Mary

On comprend mieux la masse du bâtiment en observant la taille de ses visiteurs (02/03 - 01/06)

Les cheminées

Les cheminées font plus de 21,49 m de haut, près de 11 dans leur grand axe, et un peu plus de 7 dans la largeur (09/06)

Un ascenseur permet l'accès à bord. L'hôtel possède 365 chambres : certaines ont encore, attenante, le logement particulier des domestiques ! Leurs murs sont couverts de lambris, et dans les salles de bain, à côté des robinets d'eau douce, figure toujours un robinet d'eau de mer, bien qu'il ne soit plus alimenté. Les cabines les plus chères frôlaient, début 2008, 660 dollars pour une nuit, mais un couple de touristes moyens pouvait s'offrir le luxe d'une cabine ordinaire aux environs de 150 dollars, moins qu'un banal hôtel d'affaires. Lorsque la visite en coûte près de 25 par personne, le calcul vaut la peine d'être fait.

ascenseur   pont promenade

L'ascenseur (01/06)

Le pont promenade, plus de 220 mètres de long (09/06)

A défaut de dormir dans une cabine occupée autrefois par Fred Astaire, Marlène Dietrich ou David Niven vous pourrez toujours boire un verre, déjeuner ou dîner : le bateau possède un bar et trois restaurants. Shorts, sandales et même jeans n'y sont guère appréciés et la plupart des établissements les proscrivent. Sir Winston's, le restaurant le plus huppé, requiert même le port d'un veston et d'une cravate. Le vaisseau possède aussi une chapelle, et toute l'organisation nécessaire pour un mariage original, mais pensez que les formalités, en Californie, seront moins simples qu'au Nevada !

Le Sir Winston   Le Chelsea

N'entre pas au Sir Winston qui veut (09/06)

Le Chelsea est moins huppé, mais pas question de se pointer en short (09/06)

Si vous n'avez pas de goût pour les grands panneaux plats du style art déco, si décors et matériaux d'avant-guerre, au charme suranné et même un peu vieillot ne vous attirent pas, si vous êtes déjà marié, peut-être vous reste-t-il une raison de visiter le Queen Mary : la chasse aux fantômes !

observation bar observation bar

Le Style art déco et ses matériaux sont toujours là, mais la bonne franquette américaine a remplacé la componction anglaise (09/06)

Des gens sont morts sur le vaisseau, par accident, de maladie. Il a même coupé en deux un croiseur britannique moins rapide que lui, et envoyé par le fond 338 marins. Certains visiteurs récents prétendent avoir entendu le choc, les craquements, et les gémissements des esprits sans repos. Des hôtes de l'hôtel ont entendu des pas, depuis leur cabine, et découvert ensuite qu'il n'y avait aucun endroit où marcher à l'endroit d'où provenait le son. D'autres, soudain éveillés au milieu de la nuit, ont vu, au pied de leur lit, une personne les regarder dormir et s'évanouir après quelques secondes. Des visiteurs ont observé, plusieurs fois au cours de la même journée, le même personnage apparaître et disparaître en divers endroits du bateau. Chaque fois, l'ectoplasme portait des vêtements du passé, blazers de Gatsby le Magnifique ou robes longues de Greta Garbo. Une femme au moins a raconté qu'elle s'était soudain sentie emportée dans une autre époque pendant quelques instants, comme si un esprit avait pris possession d'elle. Les ombres fugaces des fantômes hantent pièces et couloirs du vaisseau, au point qu'un tour spécial est organisé, sous l'égide d'un spécialiste du paranormal. Si vous ne voyez pas d'apparition, au moins saura-t-il expliquer pourquoi !

A l'avant du navire, comme coincé entre son étrave et le quai, une autre pièce de musée passe presque inaperçue : Long Beach s'est également offert un sous-marin russe, du type des plus grands submersibles conventionnels utilisé par la marine soviétique. Celui-ci, retiré du service en 1994, porte le nom de "Scorpion".

Scorpion Scorpion

Drapeau rouge, étoile, faucille, marteau... Tout un passé! (02/03 - 09/06)

On peut associer sa visite à celle du paquebot, dans un forfait commun, mais les amateurs de marine de guerre pourront l'explorer séparément. Quelle meilleure occasion d'appréhender la vie des sous-mariniers ? Trois mois en mer, quasi sans voir la lumière du jour, suivis d'un mois de permission, dont les dix premiers jours se passaient dans un sanatorium ! Il y fallait endurance, tolérance et un esprit d'équipe d'autant plus fort que les matelots partageaient leur couchette, où ils dormaient à tour de rôle, en trois postes !

Côte à côte avec le grand vaisseau, le Scorpion semble tout petit. Il est pourtant long de 91 mètres, large de 7 mètres cinquante et, en surface, demande six mètres de fond pour ne pas s'échouer. Il descendait 300 mètres au-dessous de la surface et pouvait naviguer 700 kilomètres à petite vitesse en immersion totale, grâce à trois moteurs électriques. En plongée périscopique, trois diesels et son snorkel lui procuraient 11 000 nautiques d'autonomie. Armé de 22 torpilles à tête nucléaire, il emportait 12 officiers, 10 sous-officiers et 56 matelots.

La visite du Scorpion est moins confortable que celle du Queen Mary : fréquentes échelles, passages étroits, seuils surélevés et plafonds bas ne facilitent pas les mouvements et demandent une bonne mobilité.

le Queen Mary


En bref :

20000 lieues sur les mers ? Lorsque le Queen Mary se range le long d'un quai de la Californie du Sud, il en a parcouru près de 80 fois plus, sur tous les océans du globe. L'un des derniers grands paquebots de ligne, il est témoin de l'époque où n'existait aucun avion transatlantique, lorsque la traversée durait 4 à 5 jours, au lieu de 7 à 8 heures aujourd'hui ! Le bateau est stable, confortable, luxueux : ses 1800 passagers ne trouvaient ni le temps long, ni la traversée pénible !

La ville de Long Beach, une banlieue de Los Angeles, l'a acheté en 1970 et transformé en hôtel: on peut le visiter, y déjeuner ou y dîner, y passer la nuit à un prix raisonnable, et même y faire la chasse aux fantômes! Sans compter la visite d'un sous-marin russe, à quai juste à côté...

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Temps minimum pour une visite complète: une 1/2 journée

Site officiel : http://www.queenmary.com/

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