Hollywood Boulevard

Ses cinémas des années 20, les étoiles du Walk of Fame

Les empreintes des stars sur le parvis du Chinese Theater

Prononcer Hollywood, c'est comme dire : cinéma ! On oublie que ce nom fut celui d'une ferme, d'un village, puis d'une banlieue de Los Angeles, et que presque tous les studios sont dans des villes voisines. Les créateurs du mythe ont si bien fait leur travail que la capitale du cinéma indien, à Bombay, est surnommée Bollywood !

Musée de Cire

John Wayne, Elvis Presley, Marylin Monroe et Charlie Chaplin ornent les murs du Musée de Cire (05/07)

A la fin du XIXme siècle, il n'y a ici que quelques fermes. Un couple décide de lotir des terrains et donne à la nouvelle commune le nom de leur exploitation : Hollywood. Le moment est opportun : la demande immobilière explose à Los Angeles et, au début du XXme siècle, le village a déjà 500 habitants, plusieurs hôtels, une école, un lycée… Un trolley électrique le relie à la ville et, en 1904, l'ouverture de Sunset Boulevard le double d'une route digne de ce nom.

Neuf ans plus tôt, Auguste et Louis Lumière ont déposé le brevet du cinématographe. A New York, Thomas Edison fulmine : son laboratoire a mis au point la lampe à incandescence, inventé le phonographe, le microphone, une caméra et une visionneuse individuelle, mais ce brevet lui échappe. Qu'à cela ne tienne ! Il va taxer les producteurs : quelques années plus tôt, George Eastman a inventé les films souples, mais Edison détient le brevet des perforations d'entraînement.

Hollywood Hollywood

Beaucoup de bâtiments datent des années 1920, mais certains ont un cachet très particulier (05/07)

En 1910, le village devient un quartier de L.A. David Wark Griffith vient de New York, pour continuer à produire pendant la mauvaise saison. Gagné ! En deux mois et demi, il tourne 21 films. Mary Pickford fait partie de sa troupe. A 17 ans, elle fait ses débuts à l'écran, mais elle est bien connue des théâtres new-yorkais : elle a fait ses premiers pas sur les planches à 6 ans ! Venu d'Angelterre, en tournée aux Etats-Unis en 1914, Charlie Chaplin est embauché par Mack Sennett : quelques mois plus tard, il invente le personnage de Charlot. Mais c'est Cecil Blount DeMille, venu tourner un long métrage, qui lance sans le vouloir la capitale du cinéma ! Le Mari de l'Indienne (The Squaw Man), un grand succès, rapporte 12 fois la mise ! Ses films à grand spectacle feront l'essor de la Paramount. Grâce au Mari de l'Indienne, dont il fera deux nouvelles versions, en 1918 et 1931, grâce à sa décision de rester en Californie, 1914 est considérée comme l'année de fondation du cinéma hollywoodien.

De Mille Barn

Cette écurie servit au tournage de Squaw Man : les acteurs se changeaient dans les stalles ! Aujourd'hui sur Highland Avenue, presque en face du Hollywood Bowl, elle était alors 2 km au sud, en plein village. Incorporée aux studios de la Paramount, où elle servit, entre autres, au tournage de Bonanza, elle fut amenée ici récemment, pour devenir un musée des origines du cinéma, et surtout de Cecil B. DeMille (02/03)

En 1919, Mary Pickford, Griffith, Chaplin et Douglas Faibanks créent leur propre société de production : United Artists. L'opération fera dire au fondateur de la Metro (pas encore Goldwyn Mayer) : "Les fous ont pris l'asile en charge !" Attirés par le climat, la profusion des paysages… et la distance qui les sépare d'Edison et de ses royalties, 35 producteurs de l'Est s'installent en Californie en quelques années : en 1920, le quartier a 36000 habitants ! Les fermiers fondateurs étaient des puritains : en quête de vertu, les habitants n'apprécient guère ces artistes libertins, mais emplois et argent facile neutralisent vite les réticences initiales. Avant même 1930, les productions hollywoodiennes occupent le 5me rang dans l'économie américaine !

Plan d'Hollywood

Sidney Patrick Grauman ouvre le Million Dollar Theatre, près du centre de Los Angeles, le 18 février 1918. Il a 38 ans. Il a fait ses classes à San Francisco où, en 1906, le tremblement de terre a détruit sa salle. Il a rouvert sous une immense tente, avec pour argument : "Ici, rien ne vous tombera dessus, sauf la toile" : pendant deux ans, il y reçoit 10000 spectateurs par jour ! Il a un grand talent d'animateur et sait susciter l'émotion, le plaisir, la plénitude d'avoir vu un beau spectacle : avant chaque projection, un prologue de chants et de danses costumées introduisent le thème du film. Le Million Dollar est le plus grand cinéma de la Côte Ouest et, le jour de l'inauguration, Chaplin, Douglas Fairbanks, DeMille et beaucoup d'autres sont là.

Au début des années 1920, l'Egypte est à la mode : les découvertes se succèdent et, partout dans le monde naît une véritable frénésie. Le pays acquiert son indépendance en février 1922. En octobre, Grauman ouvre l'Egyptian Theater : il a plus de 2000 sièges. Flair ? Chance ? Dans le mois qui suit, les archéologues ouvrent la tombe de Toutankhamon ! Avec son talent habituel, Grauman fait coïncider l'inauguration de son nouvel établissement avec la première de Robin des Bois, où Fairbanks, célébrité du moment, joue le rôle principal.

Egyptian theater

En retrait de la rue, derrière grilles et palmiers, l'Egyptian peut passer inaperçu lorsqu'on conduit (05/07)

Egyptian theater Egyptian theater

Au fil des ans, le décor avait considérablement changé, mais il a été récemment réhabilité pour redevenir presque identique à celui d'origine. En même temps, l'Egyptian est devenu le siège de l'American Cinematheque (05/07)

En s'installant à Hollywood, Grauman réunit production et diffusion, et met le public au contact des stars : le Boulevard se peuple de cinémas, de magasins, de boites de nuit, de restaurants, d'hôtels de luxe… Mitoyen de l'Egyptian, le restaurant Pig'n Whistle ouvre en 1927 : les soirs de première, acteurs et réalisateurs y viennent fêter le nouveau film. Victime de la déconfiture de Hollywood Boulevard, passé de mode après guerre, le Pig'n Whistle sera transformé en magasin de vêtements. Racheté, restauré, rétabli dans son état d'origine, il est retourné depuis 2001 à sa fonction première : donner à manger aux gens dans un décor agréable.

Pig'n Whistle

Si l'on n'y voit plus beaucoup de célèbrités, les plats y sont bons, la cave bien fournie et les prix raisonnables (05/07)

Trois cents mètres à l'ouest, El Capitan, construit en 1926, donne des représentations théâtrales pendant 10 ans, avant de commencer à projeter des films. Dès 1941, il reçoit la première de Citizen Kane. Après la guerre, la Paramount l'achète, le fait reconstruire dans un style complètement différent puis, gênée par une loi censée empêcher de maîtriser en même temps production et distribution, cesse d‘y investir. La décrépitude du quartier n'arrange rien ! La loi est abrogée à la fin des années 1980. Racheté par Disney Studios et Pacific Theaters, entièrement réhabilité et remis en service en 1991, El Capitan diffuse exclusivement des films de Disney, dont toutes les premières ont lieu ici. Il possède le plus grand orgue Wurlitzer des Etats-Unis.

El Capitan

L'entrée d'El Capitan et, à gauche, le Soda Fountain : un magasin Disney (01/06)

El Capitan El Capitan

Le décor baroque d'El Capitan, rétabli dans toute sa splendeur (05/07)

Encore 200 mètres, et voici le Roosevelt Hotel, ouvert en 1927 avec des capitaux de Mary Pickford, Douglas Fairbanks, Sid Grauman et Louis B Mayer pour recevoir les acteurs venus pour quelques semaines ou quelques mois. Il ne paie pas de mine et, de la rue, on le prendrait presque pour un meublé, destiné à être bientôt remplacé par un parking ou un centre commercial. Dès la porte passée, le luxe discret du grand hall contredit la façade ! Ces décors étaient à la mode au moment de la construction et, sans être un établissement de bas de gamme, le Roosevelt Hotel pouvait accueillir des débutants mal payés : Marylin Monroe y vécut dans une cabine au bord de la piscine, à ses débuts de starlette; David Niven, dit-on, dut s'y contenter des logements du personnel.

Roosevelt Hotel Roosevelt Hotel

Le hall de style colonial espagnol, son plafond décoré et son immense lustre de fer forgé (05/07)

Racheté par une chaîne d'hôtels de luxe, l'hôtel a été rénové d'après les plans initiaux et des photos d'époque : les chambres à moins de 300 dollars y sont rares, et les suites peuvent dépasser 5000 ! Le Roosevelt a connu Clark Gable, Ginger Rogers, Bette Davis, Errol Flynn, les Marx Brothers… Shirley Temple prit des leçons de claquettes dans l'escalier du grand hall. Aujourd'hui, Bruce Willis, Leonardo DiCaprio, Eva Longoria, Angelina Jolie, Brad Pitt, Paris Hilton, Matt Dillon, Nicole Richie, Madonna, Jessica Simpson fréquentent son Tropicana Bar, au bord le piscine. Steven Spielberg y a tourné et la première cérémonie des Oscars, qui avait eu lieu ici, est commémorée dans le film de Blake Edwards : Sunset. C'est sans doute à cause de la présence de ces célébrités que le personnel de l'hôtel surveille les photographes et interdit l'usage des caméras vidéo.

Roosevelt Hotel

Au-dessus du grand panneau vert, le nom du Cinegrill, restaurant et night-club, apparaît encore en lettres rouges, alors que cette annexe du Roosevelt a changé de nom pour Teddy's (01/06)

 

Chinese Theater

De l'autre côté de Hollywood Boulevard, les piliers vermillons hérissés de piques, le toit de pagode et la foule sur le parvis font du Chinese Theater un indéniable point d'attraction ! Inhabituel, mais pourquoi tant de monde ? (05/07)

Il faut traverser pour comprendre. Depuis Mary Pickford et Douglas Fairbanks, le 30 avril 1927, plus de deux cents célébrités : actrices, acteurs, producteurs, réalisateurs... et quelques chevaux, ont imprimé dans une plaque de ciment leurs mains, leurs pieds, voire leur revolver ou leur sabot. Souvent, un compliment à Sid Grauman accompagne les empreintes : la fréquence et la chaleur avec laquelle son nom est cité montrent sa popularité et le respect dont il jouissait. On cherche un nom connu, on s'arrête sur un autre, on s'interroge : "Cela me dit quelque chose... Qui était-ce ?"

empreintes

On se compare aux empreintes... (01/06)

empreintes   empreintes

Maurice Chevalier, 4 décembre 1934 (05/07)

Roy Rogers, 21 avril 1949 : il était venu avec son colt et son cheval, Trigger (05/07)

 

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Plus inattendu, Donald Duck et Clarence Nash, l'homme qui lui donnait sa voix, le 21 mai 1984 (05/07)

Shirley Temple, déjà célèbre à 7 ans laissa ses empreintes à la postérité le 14 mars 1935 (05/07)

 

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Eddy Murphy, le 14 mai 1987, pour le centenaire de la fondation de la ville (05/07)

Meryl Streep, le 25 septembre 1994 (05/07)

 

empreintes

John Wayne, le 25 janvier 1950, a imprimé son poing fermé. John Travolta, 30 ans plus tard (05/07)

Parmi la foule, des artistes de rue, copies plus ou moins réussies de Charlot, Marylin Monroe ou personnages de Walt Disney à Star Trek, musiciens, amuseurs essaient de détourner l'attention à leur profit, avec un succès mitigé.

Walk of Fame Walk of Fame

D'étranges personnages foulent le Walk of Fame (05/07)

Walk of Fame

Avoir son étoile n'est pas donné à tout le monde ! Après avoir été recommandé, sélectionné, agréé, il faut encore débourser quelques 15000 dollars. Plusieurs ont été volées (05/07)

Le Chinese Theater ouvrit avec la première du Roi des Rois, de C.B. DeMille. Depuis, plusieurs dizaines de grandes premières y ont lieu chaque année. Il abrita les trois premières cérémonies des Oscars, en 1944, 1945 et 1946. Restrictions de guerre et audience grandissante rendaient moins pratiques les banquets organisés jusque là. Le premier avait avait réuni 300 personnes à l'hôtel Roosevelt, le 19 mai 1929 : le nom des lauréats était connu depuis longtemps, et la distribution des statuettes dura seulement quelques minutes. Dès l'année suivante, une radio locale était là.

Chinese Theater   Chinese Theater

Au-dessus de la porte, le dragon fait 9 mètres de haut. Devant chaque pilier, un chien chinois garde l'entrée (01/06)

Le diable est dans les détails ! (05/07)

La statuette n'a pas changé depuis 1929 et fut nommée Oscar six ans plus tard, on a oublié pourquoi. La première télédiffusion eut lieu en 1953. Les méchantes langues disent que l'Academy of Motion Pictures Arts and Sciences, dont les Oscars sont la récompense, par delà son but avoué de relever le niveau de qualité des films, fut créée pour redorer le blason du milieu cinématographique : l'alcool, la drogue, la vie nocturne, l'argent facile, les excentricités des stars, les couples éphémères... Tout cela inspirait quelque réprobation, et personne ne voulait risquer de perdre la faveur du public !

Kodak Theater

Depuis 2002, la cérémonie des Oscars a lieu dans la toute nouvelle salle Kodak du Hollywood & Highland Center (05/07)

Kodak Theater Kodak Theater

La scène et la salle du Kodak Theater, un jour de relâche (01/06)

Le Hollywood and Highland, à l'angle des rues du même nom, ouvrit en 2001 : 70 magasins, 24 bars et restaurants, 6 salles de cinéma, une cour bordée de parasols et un hôtel de 640 chambres y attirent clients et touristes. Les éléphants blancs perchés sur des colonnes, le portique orné de bas-reliefs sumériens et sa voûte en trapèze, reproduction partielle du décor d'un film de Griffith, suffiraient probablement à justifier un arrêt !

Hollywood and Highland   Hollywood and Highland

Dommage que l'enseigne jaune et bleue gâte tout ! (01/06)

La cour et sa fontaine, où l'on vient jouer à éviter les gouttes (05/07)

 

Hollywood and Highland   Hollywood and Highland

Les cartes de crédit vont chauffer... (05/07)

Décor moins grandiose, mais original ! (05/07)

Hollywood and Highland

L'arche au décor babylonien (01/06)

Les passerelles de l'arche sont parfaites pour contempler les neuf lettres de 15 mètres de haut dressées au flanc du Mount Lee. A l'origine, elles étaient treize. L'enseigne, placée par un promoteur immobilier en 1923, disait : Hollywoodland. La nuit, 4000 mille ampoules en soulignaient le contour : les riverains, excédés par leurs clignotements, les firent disparaître. Dans la tourmente de la Grande Dépression, l'entretien cessa. Mais l'enseigne était devenue un symbole mondial et, en 1949, la charge en échut à la Chambre de Commerce : depuis, dons et suscriptions ont permis de l'entretenir.

Hollywood and Highland Hollywood

Un mot de neuf lettres dont chacun veut la photographie (01/06 - 05/07)

La respectabilité nouvelle du quartier ne se voit guère que sur les 500 mètres entre l'Egyptian et l'hôtel Roosevelt : plus loin, il n'est pas conseillé de se promener à pied, surtout de nuit.


En bref :

En quelques années, la renommée de ce quartier de Los Angeles devint mondiale : près d'un siècle plus tard, le phénomène demeure. Chaque année, plusieurs millions de visiteurs viennent admirer les cinémas des années 1920, lire les étoiles incrustées dans les trottoirs, déchiffrer le nom des stars imprimé dans le ciment du Chinese Theater.

Hollywood Boulevard, ce symbole de l'âge d'or du cinéma aurait pu disparaître, ou se retrouver cloîtré dans un musée. Il n'en est rien ! Le musée est vivant, les salles projettent des films, les Oscars sont distribués ici et la foule afflue !

Une promenade de moins d'un kilomètre permet de revivre l'époque des Marx Brothers, de Fred Astaire, Rita Hayworth et John Wayne, en évoluant dans celle de Clint Eastwood, Eddy Murphy et Meryl Streep.

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