Getty Center


Le concepteur du Getty Center n'a pas voulu qu'on y puisse accéder, à peine sorti de sa voiture, la tête encore pleine des embouteillages de Los Angeles : à l'extrémité d'une bretelle de l'Interstate 405, le parking donne accès à un petit train funiculaire. L'attente, le parcours des douze cents mètres à l'aplomb de l'autoroute, la vue sur Los Angeles sont censés vous rendre votre calme et vous détacher de vos préoccupations quotidiennes. L'entrée du musée est gratuite ; le stationnement vous coûtera près de dix dollars : c'est peu pour ce que vous allez voir !

Interstate 405

L'Interstate 405, depuis le funiculaire (02/03)

Un escalier monumental, cerné d'arbres et de fleurs, mène à l'entrée de ce temple de la beauté. Le hall, en forme de rotonde, est vaste : vous y trouverez documentation, plans du musée et des jardins, ainsi qu'un vestiaire où l'on vous demandera de laisser votre sac, sécurité oblige. Appareils photos et caméras sont permis, à condition de n'utiliser ni flash, ni torche.

Outre ses bâtiments annexes, destinés à l'administration, aux chercheurs ou dédiés à la restauration et au rafraîchissement, le Getty Center, en plus du hall d'entrée, possède cinq pavillons. L'ensemble entoure une cour de plus d'un hectare, toute en longueur, ornée d'arbres, de fleurs et d'une fontaine. Les expositions sont réparties dans quatre de ces pavillons, nommés d'après les points cardinaux. Ceux du nord, de l'est et du sud ont deux niveaux ; le pavillon ouest en a trois. Des passerelles couvertes relient les étages.

Le jardin intérieur

Le jardin intérieur et sa fontaine (02/03)

Rien n'oblige à suivre un plan déterminé mais, de salle en escalier, de passerelle en cour, on se perd dans ce labyrinthe et si l'on ne prend pas de repères, on ne sait bientôt plus vers où se diriger pour accéder à de nouvelles pièces.

Sculptures, statues, arts décoratifs, photographies, dessins et enluminures sont au niveau de la cour. Le sous-sol du bâtiment ouest est consacré à l'antiquité. Les tableaux sont à l'étage supérieur, éclairés seulement par la lumière du jour, diffusée par des ouvertures programmées en fonction de l'heure et la saison. Les pavillons du nord et de l'ouest reçoivent les expositions temporaires.

Vase préhistorique

Vase de la Chypre préhistorique (exposition temporaire) (02/03)

Tableaux, statues, porcelaine, argenterie, meubles de style, tout émerveille ! Un court séjour dans les jardins suffit à rafraîchir les yeux et l'esprit, et l'on peut continuer sa visite sans laisser une émotion vous envahir au détriment des suivantes.

Les Iris   Venise

Les Iris, acheté en 1990 (02/03)

Venise (02/03)

Entre les pavillons du sud et de l'ouest, la cour se prolonge vers un promontoire planté de cactus et de succulentes, d'où s'ouvre une superbe vue sur le quartier d'affaires de Los Angeles. A l'ouest, un jardin circulaire en gradins, planté d'espèces exotiques, entoure une plan d'eau où serpente un labyrinthe taillé dans des massifs d'azalées. De là, une allée zigzague entre les arbres, au-dessus d'un ruisseau, vers la cafétéria, le restaurant et le funiculaire.

Los Angeles Downtown   azalées

Los Angeles Downtown (02/03)

Quatre cents azalées entourent le plan d'eau. Au fond, le centre de recherches (02/03)

Même en semaine, les visiteurs affluent : ils sont en moyenne près de dix mille chaque jour, venus du monde entier, qui font du musée une tour de Babel où l'on entend parler tous les langages. Le spectacle est aussi à l'extérieur : bâtiments et jardins forment un ensemble architectural étonnant. Pour couvrir les murs, paver le sol et former des portiques, on a fait venir d'Italie près de 93 000 tonnes de travertin, de la même carrière que celui dont furent bâtis le Colisée et Saint Pierre de Rome ! Les jardins, plantés de dix mille arbres et trois cents variétés de plantes, couvrent dix hectares : leur entretien emploie trente-deux jardiniers. Héritier du J. Paul Getty Museum Trust, le Getty Center, inauguré en décembre 1997, avait coûté un milliard de dollars. La fondation en possède quatre !

Madame Récamier   Soupière en argent

Madame Récamier (02/03)

Soupière en argent (02/03)

Jean Paul Getty, premier du nom, commença sa fortune avec son père, juriste converti à l'exploitation de champs pétroliers. Malgré un cursus universitaire enviable, il passait ses vacances dans l'entreprise paternelle, ouvrier dans les champs de pétrole : la pratique et l'étude lui donnèrent une profonde connaissance de la géologie minière.

Le risque fait partie de la vie du " wildcatter ", le prospecteur pétrolier. Père et fils profitent de la Grande Dépression et se portent acquéreurs de terrains dont eux seuls imaginent qu'ils puissent renfermer de l'or noir. Après la Seconde Guerre Mondiale, Getty conclut avec le roi d'Arabie Saoudite un contrat qui étonne la profession : qu'il trouve ou non du pétrole, en plus d'un versement initial de 9.5 millions de dollars, il donnera chaque année un million de dollars, pendant les soixante ans que doit durer l'accord. Trois ans et trente millions de dollars d'investissements plus tard, les terrains produisent 16 millions de barils par an ! De spéculation en spéculation, d'achat en fusion, il devient l'homme le plus riche du monde.

Porcelaines de Sèvres

Porcelaines de Sèvres

Travailleur, intelligent, malin, il parle couramment anglais, français, allemand et italien, et se débrouille en espagnol, en arabe, en russe et en grec. Sans jamais solliciter le marché des capitaux, seul propriétaire de son entreprise, il parvient à concurrencer les groupes pétroliers internationaux. Son caractère est dur et il passe pour pingre : n'a-t-il pas installé, dans sa propriété près de Londres, une cabine téléphonique payante, pour que "ses invités n'aient pas l'impression d'abuser de son hospitalité" ? Cette rudesse, certainement utile à sa réussite, fut néfaste à sa vie familiale. Marié plusieurs fois, il déshérite son fils Jean Paul II et refuse de payer la rançon (plusieurs millions de dollars, bien sur !) de son petit-fils Jean Paul III, kidnappé par la mafia, jusqu'à que celle-ci envoie par la poste une oreille du jeune homme à un journal italien : il avait eu le sentiment que, s'il cédait, ses quatorze autres petits-enfants seraient eux aussi victimes des bandits !

Jean Paul II, héroïnomane, ne réussit à se délivrer de la drogue qu'après la mort de son père. Devenu citoyen anglais, généreux, anobli au titre de Chevalier de l'Empire Britannique, bienfaiteur des arts, il mourut en avril 2003. Il aimait tellement son père que, pour l'en priver, il acheta des tableaux et en fit cadeau à des musées anglais ! Jean Paul III, après avoir usé d'un mélange de drogues, devint paraplégique et quasiment aveugle.

L'intérêt de leur père et grand-père pour l'art remonte au début des années 1930. Dès 1954, il ouvrit au public une aile de son ranch de Californie et fit don, peu après, de pièces aussi précieuses qu'un tapis persan de 1535 au Los Angeles County Museum. A la même époque, il s'installa aux environs de Londres, dans un manoir du XVIme siècle, où il fit venir une partie des œuvres acquises au long de sa vie : des Gainsborough, des Rubens, des Renoir, des Degas, des Monet, des Titiens, des statues grecques et romaines, des vaisselles et des meubles français de l'ancien régime. En 1973, il fit bâtir à Malibu la réplique d'une villa romaine d'Herculanum. Celle-ci, fermée en 1997, devrait rouvrir, entièrement rénovée, en 2005. Jean Paul I mourut en 1976. En 1984, sa société, à laquelle il ne s'était pas attaché à donner un président capable, fut absorbée par Texaco.

Fontaine

Fontaine dans la cour centrale (02/03)

Jean Paul I était peut-être avare, mais généreux en même temps, comme le prouvent ses actes. Il avait dit lui-même : "L'argent est comme le fumier. Il faut le répandre, ou il sent."


Site du musée : http://www.getty.edu/museum/

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