
Lorsque mourut Moïse, Josué lui succéda. Il fit traverser le Jourdain à pied sec aux Hébreux, comme avec Moïse ils avaient traversé la Mer Morte. Il leur fit prendre Jericho : inspiré par son Dieu, il leur ordonna de massacrer toute la population, hommes, femmes, enfants, vieillards, et les animaux domestiques. Il n'y eut qu'une exception : une prostituée et sa famille, qui avait trahi les leurs en protégeant les espions hébreux. Au milieu du XIXme siècle, les Mormons, nourris de lectures bibliques, furent les premiers à voir des Joshua Trees : ils nommèrent ainsi l'arbre qui leur semblait les guider vers la Californie, la nouvelle Terre Promise.
Ces grands yuccas sont un signe distinctif : si vous voyez des Joshua Trees, vous êtes dans le désert Mojave ! Celui-ci couvre le sud du Nevada, une partie de la Californie orientale, entre dans l'Arizona et un petit coin du sud-ouest de l'Utah. Le parc, à 220 km de Los Angeles, s'étend sur près de 3200 km2 dans la région où les Joshuas sont les plus denses.

L'arbre de Josué (02/02)
Les entrées du nord et de l'ouest sont dans le désert Mojave. L'entrée méridionale est dans le désert du Colorado. L'altitude fait la différence : le Mojave est plus élevé, un peu moins brûlant et reçoit plus d'eau. Les arbres de Josué poussent entre 600 et 1800 mètres, sur les plans et surtout les pentes douces, où le sol plus grossier facilite le passage de l'eau vers les racines.

Le désert du Colorado (02/02)
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Dans le désert du Colorado, un champ de chollas sauteuses (02/02) |
Sous les épines et la chair, une structure ligneuse maintient les tiges des chollas (02/02) |

A la limite des deux déserts apparaissent les premiers Joshua Trees (02/02)
Le "yucca brevifolia" a d'autres utilités que le simple plaisir des visiteurs : son bois léger, dépourvu d'anneaux de croissance, sert en décoration. Ses feuilles, principale nourriture du paresseux géant à l'époque glaciaire, donnent un peu de fourrage aux mouflons. D'autres animaux se régalent de ses fleurs, de ses fruits ou de ses graines, dont les rongeurs font des réserves. Les indiens mangeaient fleurs et graines, et faisaient fermenter les fruits pour en tirer un alcool léger, souvent utilisé pour obtenir une vision. Ils tissaient la fibre des feuilles en paniers et sandales, et utilisaient les troncs pour la charpente de leurs habitations.
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Superbe récolte ! (06/95) |
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Les arbres sont rares dans le désert : le Joshua Tree donne un peu d'ombre à la végétation du "sous-bois" comme aux animaux, et sert de perchoir aux oiseaux. Le loriot construit son nid dans son buisson de feuilles. D'autres volatiles percent son tronc pour s'en faire un abri. Des lézards nichent dans les feuilles mortes dont sont couverts tronc et branches, et se nourrissent des nombreux insectes qui trouve dans l'arbre leur pitance et un abri relatif.
Doté de nombreux moyens de survie, l'arbre de Josué se reproduit surtout par ses semences. Protégé par un épaisse écorce, il résiste au feu et, après un incendie, émet aussi des rejets depuis ses rhizomes. Sa taille, et les boules de feuilles piquantes, protègent les fruits de trop nombreux gourmands. Ses graines peuvent demeurer en terre plusieurs années sans se corrompre, et germer lorsque les conditions sont devenues favorables. Il vit en symbiose avec une phalène : celle-ci, seule, est capable de diffuser le pollen dans la fleur, où elle pond. Les larves naissent avec les fruits, et se nourrissent d'une partie des graines.
Si vous êtes dans le Sud-Ouest depuis quelques temps, vous avez certainement déjà remarqué les arbres de Josué, et le parc risque d'abord de vous décevoir : ils n'y semblent ni plus grands, ni plus nombreux qu'ailleurs. Pour voir la véritable forêt, il faut prendre la route qui mène à Keys View, au nord-ouest du parc : les pentes sont couvertes d'arbres de tous les âges, de toutes les tailles, isolés ou en bouquets.

Sur les pentes qui vont à Keys View (02/02)
La route s'arrête au bord des montagnes Little San Bernardino, qui descendent vers la vallée de la Coachella par un réseau de ravines. Ce sont les "keys". La vue s'étale largement : au sud, la nappe bleutée de Salton Sea puis, en remontant vers le nord, les villes d'Indio et Palm Springs, confuses dans l'air un peu brumeux, les montagnes San Jacinto, le col bas de San Gorgonio, qu'il faut passer pour rejoindre Los Angeles et le pic du même nom, le plus haut des Chaînes Traverses.
Au beau milieu de la vallée, incongrue, une longue barre accroche le regard : elle s'est formée sous la pression des plaques tectoniques. Elle signale la passage de la faille de San Andreas.

Les keys et la vallée de la Coachella.
A droite, les montagnes San Jacinto descendent doucement vers San Gorgonio Pass (02/02)
Les fondeurs savent que, pour réussir une pièce, il faut lui adjoindre des masselottes : ce métal n'a d'autre utilité qu'alimenter le retrait dû au refroidissement, et éviter des défauts dans la pièce par manque de matière. La Nature ne connaît pas les masselottes. Lorsque les immenses bulles de magma qui forment les batholites refroidissent lentement sous des milliers de mètres de croûte terrestre, des défauts se produisent : le granite, plus chaud à l'intérieur, diminue lentement de volume, alors que l'extérieur rigide est déjà figé. Le bloc se fend, en fissures radiales, en fissures "concentriques", en fissures horizontales.

Skull Rock, le Rocher au Crâne, bien reconnaissable au milieu d'un chaos. On voit sur le rocher de droite la fissuration naturelle caractéristique du granite (02/02)
La pression des terrains dans laquelle a lieu l'intrusion maintient les blocs ensemble mais lorsque, usés par l'érosion, les roches du dessus disparaissent, l'eau et les acides naturels s'infiltrent dans les fentes et, longtemps avant que le granite ne soit à l'air libre, agrandissent les fissures, corrodent la roche qu'ils transforment en sable et en argile. Lorsque le rocher est dégagé, les éléments ajoutent leur travail mécanique.
Ces phénomènes forment les chaos granitiques, communs aux chaînes du sud de la Californie, et particulièrement accessibles dans le parc national de Joshua Tree. Ces massifs ont un attrait particulier pour les amateurs de varappe : l'hiver, lorsque la neige interdit l'accès aux falaises de la Sierra Nevada, ils peuvent s'entraîner dans les chaos. Même sans cordes ni pitons, ceux-ci ne manquent pas d'intérêt !
Il est assez facile d'y pénétrer : les fissures forment un réseau de sentiers, souvent très courts, qui courent à des niveaux différents, parfois reliés entre eux, souvent interrompus par un bloc rond sur lequel il faut grimper pour se dégager. Le granite offre une bonne adhérence et, avec un peu d'agilité, vous pourrez faire une jolie ballade dans ce monde étrange, un labyrinthe où rien n'est jamais pareil, semé de reliefs aux changements brutaux et de cavités inattendues. Jamais la vue ne porte à plus de quelques mètres, jamais on ne sait d'avance si un chemin s'arrête et disparaît, ou s'embranche à un autre. Ici ou là, lorsque le sol retient assez d'eau, pousse un buisson ou un arbuste. L'un de ces chaos, Hidden Valley, est assez grand pour avoir servi autrefois d'enclos pour le bétail.
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Dans un chaos (02/02) |
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La sortie septentrionale du parc, vers l'oasis de Mara et Twentynine Palms, ne manque pas de spectacle. Les Joshua Trees n'y sont guère denses, mais il y a de beaux spécimens. La route sort du désert jaune et bute sur le cirque d'une falaise sombre où pourpres, bruns et anthracites, courent en serpents onduleux de laves refroidies. Elle escalade la falaise en lacets et découvre par instant une vue sur le désert. En été, la chaleur est terrible, lumineuse à vous brûler les yeux, malgré la visière d'une casquette ou le rebord d'un chapeau.
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Vers Twentynine Palms (06/94) |
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Ce nom de Twentynine Palms paraît absurde ! Pourquoi vingt-neuf ? En regardant la carte, on s'aperçoit vite que le nom se répète : Quarante-neuf Palmiers, les Palmiers Perdus. Ce sont des oasis, où poussent naturellement les palmiers de Californie, dont le nombre, au moment de leur découverte, a servi à désigner l'endroit.
Pour peu qu'on sorte de sa voiture et qu'on se mette à marcher, Joshua Tree National Park peut prendre beaucoup de temps. Si l'on s'intéresse aux détails, si on veut en voir tous les recoins, on peut facilement y passer deux jours. Sur votre chemin pour quitter ou rejoindre Los Angeles, il sera toujours beaucoup plus agréable que l'autoroute, même sans lui consacrer énormément de temps.
Temps minimum : 3 heures
Site officiel de Joshua Tree National Park : www.nps.gov/jotr.
La carte du parc sur le site officiel.
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© et crédit photos : America dreamZ.
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