Les Modocs, depuis 7000 ans au moins, occupaient la région située autour de Tule Lake, Lower Klamath Lake et des Lava Beds.
On a retrouvé, tout près des rives du lac inférieur de la Klamath, sur le bord d'un ruisseau nommé Sheepy Creek, un de leurs villages. Lorsqu'un glissement de terrain en aval ouvrit le cours du fleuve, le lac se vida en partie, découvrant un fond nu et plat. Les premiers occupants virent s'installer près de l'embouchure du ruisseau : les ajoncs y faisaient un excellent terrain de chasse lorsque, à chaque migration, oies et canards se posaient sur le lac. Ces Modocs préhistoriques durent amener une à une les pierres qui cernaient leurs foyers, celles qui maintenaient leurs abris, et même les plus petites qui lestaient leurs filets de pêche : sur place, il n'y avait que du limon. Il leur fallut également aller chercher au loin le bois pour les poutres des maisons, des canots et, chaque jour, celui du feu !
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Lower Klamath Lake (06/02) |
Parfois, pluviosité plus forte ou vallée engorgée, le niveau du lac remontait. Alors, il leur fallait abandonner le village pour plusieurs générations, parfois plusieurs siècles. De nouveaux sédiments, vase ou tourbe, s'amoncelaient, couvraient les restes des maisons délaissées, outils abandonnés, déchets accumulés de l'occupation précédente, et les reliques des ancêtres, que les Modocs incinéraient. Un jour, le niveau de l'eau baissait durablement. Les Modocs revenaient, amenaient de nouvelles pierres, des nouveaux troncs d'arbres et se réinstallaient. En cinquante cinq siècles d'occupation, une monticule d'un mètre quatre-vingt de haut s'éleva, où les archéologues purent distinguer cinq phases d'occupation. La dernière remonte à cinq cents ans.
Les Modocs ne découvrirent l'arc et la flèche que vers l'an 400 de notre ère. Jusque là, ils chassaient le gros gibier à l'épieu, les animaux plus petits à la sagaie propulsée par l'atlal, les lapins au bâton jeté, les oiseaux à la fronde. Ils attrapaient oies et canards au filet, en faisant ricocher de pierres plates sur l'eau, ou en lançant des bolas, comme font les gauchos d'Argentine pour immobiliser le bétail. Même lorsqu'on est habile et entraîné, même lorsque les oiseaux sont légions, on imagine la difficulté à faire vivre une famille tout au long de l'année, et l'inquiétude du lendemain.
Pour réussir à atteindre un canard avec des bolas, il faut que l'oiseau décolle lentement : cette chasse convient aux palmipèdes plongeurs, comme le foulque, qui pédale à la surface de l'eau avant de s'élever dans l'air. Le colvert, au contraire, comme les autres espèces qui pâturent en surface, s'arrachent en deux coups d'ailes et font des cibles difficiles. L'arc permit une précision nouvelle, une plus grande discrétion lors de l'approche, et augmenta nettement la consommation de ces oiseaux rapides.
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Le décollage des foulques (02/02) |
La viande des canards était consommée immédiatement, ou bien pilée et séchée pour l'hiver. Leur peau, toujours couverte de duvet, découpée en lanières, était tressée puis tissée en couvertures et en vêtements. Avec les os, on faisait des outils, des appeaux pour appeler d'autres canards. Les excédents étaient échangés avec les tribu en aval, par qui on obtenait les coquillages des rives du Pacifique, utilisés comme monnaie, et pour la confection d'ornements.
D'autres migrations rythmaient la vie des Modocs : chaque printemps, saumons et barbeaux, par une longue habitude, venaient frayer dans les ruisseaux. Les indiens prenaient les barbeaux dans des nasses, ouvertes sur le dessus, qu'ils remontaient brusquement après y avoir attiré leurs victimes en jetant dans l'eau des oeufs de poisson séchés. Les saumons étaient harponnés à la foëne.
Les femmes s'occupaient de ramasser et préparer graines, racines et tubercules, de tanner les peaux. Avec les moyens de l'époque, cela suffisait largement à occuper leurs journées : elles n'avait pour moudre le grain que mortiers et meules plates de pierre à gros grain poreux. Les grands-parents s'occupaient des enfants.
Chaque zone géographique a ses richesses et ses carences : loin en aval, dans les montagnes escarpées où coule la Klamath, le saumon constituait la principale nourriture. Les grands animaux, cerfs et ours, étaient rares. Les Modocs, chez qui ces gibiers étaient communs, fournissaient leurs voisins en pelleteries et même en gros os, dont on faisait des outils. L'obsidienne, ce verre naturel issu des volcans, dur et facile à tailler, complétait l'assortiment des objets de négoce : Glass Mountain, quelques dizaines de kilomètres au sud, en est entièrement constituée.
En dehors de cette occupation millénaire, une technique permet d'établir un lien certain entre ces tribus préhistoriques et les Modocs rencontrés par les colons américains : la vannerie. Les tours de main, la façon d'utiliser le scirpe, une sorte de jonc, les motifs de décoration se sont prolongé jusqu'aux temps modernes.
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Poste d'affût et matière première (06/02) |
Les émigrants arrivèrent massivement en Oregon et en Californie dès la fin des années 1840. Une dizaine d'années plus tard, ils avaient établi des fermes et des ranches dans la région frontalière entre les deux Etats. La pression populaire conduisit l'administration à négocier le départ des Modocs : ceux-ci iraient s'installer dans la réserve voisine des Klamaths, leurs cousins par le langage mais aussi leurs ennemis. L'expérience a montré que ces regroupements artificiels n'ont pratiquement jamais réussi, sauf lorsqu'ils étaient voulus de part et d'autre. Klamaths et Modocs, bien que de tradition et de langue proche, ne s'entendirent pas.
Réclamant une réserve qui leur soit propre, les Modocs prirent l'initiative de rentrer chez eux, près de Lower Klamath Lake et des champs de lave. Des accrochages eurent lieu avec les colons américains : ceux-ci pressèrent l'armée de faire son devoir et de ramener les indiens sur la réserve. Le 29 novembre 1872, les soldats firent leur apparition aux camp des Modocs.
Malgré le bon sens de leur chef Kientpoos, qui savait les Américains plus puissants, des échanges eurent lieu, de mots d'abord, puis de coups de feu. Les Modocs, laissant derrière eux huit victimes parmi les soldats, un mort et sept blessés, s'enfuirent vers le nord des Lava Beds, où grottes et couloirs forment des remparts naturels.
Le même jour, décidés à ne pas attendre l'action d'une l'armée qu'ils jugeaient peut-être réticente et de nature à freiner leur demande, ou voulant tout simplement renforcer cette action, certains citoyens s'étaient formés en milice : pendant que la cavalerie était au camp de Kientpoos, ils attaquaient sans sommation une bande détachée. Ils en tuèrent plusieurs, avant que les autres n'aient le temps de s'enfuir. Les survivants, sur leur chemin vers les Lava Beds, massacrèrent en représailles une douzaine de fermier isolés.
Il fallut deux mois à l'armée pour encercler le fort de basalte et se décider à attaquer. Echec ! Dix-sept blessés parmi les soldats, aucun chez les indiens : la position semblait soudain inexpugnable ! On attendit des renforts.
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La forteresse naturelle, refuge des Modocs (06/02) |
En même temps que l'armée amenait ses troupes, dans l'est, l'opinion publique s'émouvait. Débarrassée de ses indiens depuis le début du siècle, installée, elle ne comprenait plus qu'on bafoue aussi facilement des droits qui paraissaient naturels. Les mêmes dont l'ardeur libératrice avait provoqué la Guerre de Sécession, jugeant leur tâche envers les noirs terminée, s'étaient mis en tête d'intégrer les indiens dans la société américaine en quelques années : il faut bien que le progrès commence quelque part !
Le président Grant envoya une commission. Elle était présidée par le général E.R.S. Canby. Les pourparlers n'avançaient guère. Chacun campait sur ses positions et dans le camp modoc, les assassins des fermiers s'inquiétaient d'être punis en cas de reddition. Ils poussèrent Kientpoos à bout, jusqu'à ce que celui-ci se voit obligé d'assassiner Canby, pour ne pas paraître un lâche.
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Edward Richard Sprigg Canby |
Kientpoos Captain Jack |
Pour le coup, l'armée entra brutalement en action : se gardant d'attaquer, elle se contenta d'utiliser ses tireurs d'élites, et de bombarder d'obus le refuge des Modocs, à un rythme régulier, lancinant... La deuxième nuit, les indiens filèrent à l'anglaise dans les champs de lave. Ils n'avaient pas d'eau, pas de vivres et furent bientôt rattrapés par petits groupes. La bataille avait duré sept mois. Captain Jack et trois autres chefs furent pendus, et le reste de la bande déporté vers les réserves de l'Oklahoma.
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