
La Californie est, pour l'exploitation des énergies renouvelables, l'une des régions les plus actives du monde (plus de 27% de l'électricité produite en Californie est d'origine renouvelable). Dans le sud, on voit beaucoup de ce que les Américains nomment "fermes éoliennes", on y comptait au total environ 12 000 éoliennes en 2003. Dans le désert Mojave, au nord de Barstow, une centrale solaire est en service depuis le début des années 1980. Au Nord où l'industrie du bois est florissante, les déchets sont utilisés comme combustible dans des petites centrales électriques. Dans les montagnes, près de 400 usines hydroélectriques produisent plus de 15% de l'électricité utilisée dans l'état.
![]() |
![]() |
|
Ferme éolienne à Tehachapi Pass (06/02) |
Centrale électrique à biomasse utilisant des écorces de redwood près d'Eureka (03/06) |
La première utilisation de l'énergie géothermique date du XIXme siècle, en Italie. En Californie, les geysers naturels sont insuffisants pour une production industrielle et la première centrale géothermique ne fut opérationnelle qu'en 1960 : au nord-est de San Francisco, c'est la chaleur de la Terre que l'on exploite pour produire de l'énergie. Sous les montagnes Mayacamas, le magma n'est qu'à sept kilomètres de la surface du sol ; la géologie locale favorise le stockage de l'eau et la remontée d'une vapeur presque pure.
Un geyser est formé par une poche où s'accumule l'eau, expulsée violemment par la pression de vapeur. Ici, il s'agit plutôt de fumerolles : des puits forés dans le sol captent la vapeur surchauffée, dirigée vers les usines par un réseau de canalisations. La société Calpine regroupe dix-neuf centrales, toutes situées dans les comtés de Lake et Sonoma : leur puissance totale est de 850 megawatts, l'équivalent d'une petite centrale nucléaire. A l'inverse des centrales solaires et des fermes éoliennes, ces usines fonctionnent en permanence, et leur production correspond à la consommation de 850 000 logements.
La chaleur ne fait jamais défaut. Il n'en est pas de même de l'eau, dont l'infiltration est lente. Par ailleurs, la région n'est pas très arrosée. Chaque heure, une centrale de 110 mégawatts consomme neuf cents tonnes de vapeur à 260° sous sept bars, environ 900 mètres cubes d'eau : sans apport extérieur, la nappe phréatique serait bientôt épuisée, et les turbines ne tourneraient que par périodes. L'astuce a consisté à alimenter le sous-sol avec les eaux usées des villes voisines. Après traitement, celles-ci sont injectées par d'anciens puits d'où la vapeur ne sortait plus, et rejoignent la nappe beaucoup plus rapidement.

Vapeurs dans les montagnes Mayacamas (09/04)
Le procédé accélère le cycle de l'eau, maintient la capacité de production disponible 24 heures sur 24, tous les jours de l'année, et rejette dans la Nature une eau parfaitement propre. Trois cent cinquante puits fournissent de la vapeur et quarante, en aval des premiers, servent à l'injection d'eau. Ils sont en moyenne profonds de 2500 m (les plus longs dépassent 3000 mètres), et ne plongent pas dans le sol verticalement, mais sont progressivement déviés en arc de cercle : chacun d'eux va chercher la vapeur à plusieurs kilomètres de ses voisins ! Le forage de chaque puits a coûté entre deux et trois millions de dollars : quatre cents puits, un milliard de dollars ! L'investissement est considérable, pour 850 mégawatts que l'on obtiendrait avec une centrale à charbon de moins de deux cent millions de dollars !
Calpine, qui exploite également des centrales au gaz, est fière de son énergie propre et a aménagé, à Middletown, un "Visitor Center" où elle explique son activité. Trois fois par jour, une navette emmène les visiteurs voir l'usine de Bear Canyon, à une dizaine de kilomètres dans la montagne. Entrée du "Visitor Center", guide et navette sont gratuits.

Au "Visitor Center", le schéma de fonctionnement des centrales géothermiques. Au premier plan, une maquette des montagnes où sont implantées les usines. (06/02)
A proximité de la centrale, plusieurs gros tuyaux, hérissés des coudes d'autres canalisations, de vannes, de cadrans émergent du sol : dans le monde du pétrole, on les appelle "arbres de Noël". Une centrifugeuse débarrasse la vapeur des particules susceptibles de détériorer les turbines puis, pour éviter le rejet dans l'atmosphère de gaz nauséabonds et toxiques, facteurs de pluies acides, ainsi que la corrosion des installations par l'acide sulfurique, l'hydrogène sulfuré est séparé de l'eau. Chaque visiteur reçoit d'ailleurs des lunettes de protection et un masque à gaz : il suffit d'atteindre 50 particules par million pour que l'hydrogène sulfuré devienne dangereux. Heureusement, sa forte odeur d'oeuf pourri permet de déceler sa présence bien avant que ce seuil soit atteint. Dès l'entrée, on voit dans une gouttière le soufre pulvérulent s'écouler en vaguelettes : l'usine peut en produire jusqu'à une tonne par jour. Il n'ira pas bien loin : on l'utilise dans les vignobles des vallées de Napa et de Sonoma. Dans une région où l'émission de gaz sulfureux est naturellement élevée, ce souci d'écologie est peut-être motivé par les règles de Californie sur les émissions industrielles.
![]() |
![]() |
|
Il y faut des tuyaux... |
beaucoup de tuyaux ! (09/04) |
Un hangar de tôle abrite deux impressionnantes turbines à vapeur, des compensateurs en tube ondulé de même taille, un alternateur et un condenseur. La salle de contrôle et ses ordinateurs regardent l'installation, dont le niveau sonore est tout à fait supportable. Deux hommes suffisent, en postes de douze heures, à assurer la production et l'entretien courant. Il y a aussi un filet de basket-ball ! Lorsque l'ouvrier de nuit se sent gagné par le sommeil, quelques minutes passées à dribler et envoyer un ballon dans le filet lui permettent des rester éveillé. La centrale a d'autres visiteurs que les touristes : en hiver, les serpents à sonnette, attirés par la douce chaleur du hangar, viennent s'y réfugier. Raison de plus pour garder les yeux ouverts !
![]() |
![]() |
|
Deux centrales toutes proches : c'est celle de droite, Bear Canyon, que l'on visite (09/05) |
||
La Californie est connue pour ses tremblements de terre : les mêmes causes créent geysers et fumerolles, et permettent d'obtenir cette électricité propre, dont le coût élevé doit s'amortir à long terme, d'autant mieux que ces petites installations, disséminées dans les montagnes couvertes de pins et de manzanitas, n'envoient dans l'atmosphère qu'un panache de vapeur d'eau.
Temps minimum : 2 h (à condition d'être là au bon moment pour la visite).
Site du visitor center : http://www.geysers.com/
COMMENT Y ALLER :
| ORGANISER VOTRE VOYAGE :
FAIRE DES CADEAUX : |
|
LIVRES : cliquer ICI (ou cliquer sur un titre).
|
© et crédit photos : America dreamZ.
![]()