Le mot de "côte" s'applique parfaitement au littoral californien : en de nombreux endroits, la montagne s'abat directement dans la mer, avec une pente aiguë. Là où le relief laisse un répit, des plages se sont formées et l'homme a bâti ses villes et ses villages. Certains sont très anciens : les indigènes y étaient installés plusieurs milliers d'années avant l'arrivée des Espagnols et des Américains.
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Les falaises du Mendocino Plateau au nord de Fort Bragg : pas le moindre passage au bord de l'eau (06/02) |
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Le littoral californien n'a que deux grands ports naturels : les baies de San Francisco et San Diego. Au nord, la baie de Humboldt offre un troisième havre, mais il a fallu de coûteux aménagements pour en stabiliser l'entrée et la rendre sure à la navigation : la première jetée, bâtie de pieux en 1881, disparut, avalée par courants et tempêtes. Le seconde, faite de rochers, terminée en 1899, résista six ans aux fureurs du Pacifique. Ce n'est qu'en 1925 que deux digues de béton armé rendirent la passe enfin sûre. Depuis 1853, une centaine de personnes avaient péri dans des naufrages à l'entrée de la baie.


La baie de Humboldt vue du sud (06/02)
Lors de la dernière glaciation, le niveau des mers était une bonne centaine de mètres plus bas. L'actuelle Baie de San Francisco était une simple dépression de la Vallée Centrale. Le Sacramento et le San Joaquin, alimentés par la fonte des glaciers de la Sierra Nevada, creusèrent un profond chenal, dont le tracé passe par les détroits de Carquinez et du Golden Gate. Ailleurs, la baie est peu profonde : sur la moitié de son étendue, la hauteur d'eau n'atteint pas deux mètres. Dans la deuxième partie du XIXme siècle, l'exploitation des mines au canon à eau apporta d'énormes quantités de sédiments sur ces fonds déjà hauts.
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Salins au fond de la Baie de San Francisco (08/04) |
Autour des piles du pont de San Mateo, la marée montante crée des courants turbides dans les eaux peu profondes (08/04) |
Quatre îles émergent de la Baie : Angel Island, Alcatraz, Yerba Buena et Treasure Island. Cette dernière, contiguë à Yerba Buena, fut entièrement créée pour l'Exposition Internationale du Golden Gate, en 1939, par l'accumulation de vase retirée du fond.


Treasure Island, Yerba Buena et Bay Bridge (09/04)
Au nord, la baie de San Pablo, à l'est, celle de Suisun, prolongent la Baie de San Francisco. A l'extrémité de Suisun Bay, "The Delta", zone de confluence du Sacramento et du San Joaquin, resta longtemps un immense marécage que seuls les indiens parvenaient à franchir.
La baie de San Diego est avant tout un port militaire : il n'y avait pas assez d'or dans la région pour transformer un village en métropole florissante. En retrait, toute en longueur, bien protégée des vents dominants par les falaises de Loma Point, et des lames par son chenal courbe, elle fait un parfait abri pour les grands bâtiments de la Navy.


Loma Point (02/03)
Los Angeles n'a pas de port naturel. La plus grande agglomération de la Côte Ouest doit son développement à la culture des agrumes, au pétrole, à son climat doux et relativement égal tout au long de l'année, à Hollywood, et à une mentalité résolument tournée vers les affaires. Deux ports de commerce en sont nés : celui de Los Angeles, dans la baie de San Pedro, et celui de Long Beach, plus grand encore. L'immense conurbation, enclavée entre l'océan, les Chaînes Péninsulaires et les Chaînes Traverses, s'est installée dans les bassins sédimentaires entre les montagnes. Peu à peu, les habitations escaladent les pentes, et sont régulièrement victimes de glissements de terrain ou de coulées de boue après les fortes pluies.


Los Angeles, entre océan et montagnes (02/02)
De San Diego à L.A., la bande côtière étroite, abutée sur la pente douce des montagnes Santa Ana, est presque entièrement bâtie : bordée de plages de sable, elle attire les populations urbaines et devient, chaque week-end d'été, le siège d'épouvantables embouteillages. La situation n'est guère meilleure le reste de l'année.

A l'arrêt à la sortie de San Diego, un vendredi soir de février (02/03)
Au nord de Los Angeles, après Santa Monica et Malibu, simple rangée de maisons entre la route et la plage, la bande côtière se prolonge jusqu'aux environs de Cambria. Protégée des vents du nord par les Chaînes Traverses, et du courant froid d'Alaska par l'orientation du littoral, une longue bande est surnommée Côte d'Azur de Californie ! Elle a des habitants depuis des temps immémoriaux : Gaviota, Santa Barbara, Carpinteria étaient des villages chumash avant de devenir espagnoles puis américaines.

Pismo Beach. La photo est prise en février : déjà, on bronze sur la plage, mais les surfeurs portent une combinaison pour résister au froid (02/02)
De Cambria à Monterey, les montagnes Santa Lucia tombent directement dans la mer. Jusqu'aux années 1930, seul un sentier muletier longeait l'océan, plusieurs dizaines de mètres au-dessus de l'eau, et les éleveurs de l'arrière pays recevaient leurs marchandises par mer : un câble, tendu entre la terre ferme et un îlot, leur permettait de les hisser depuis le bateau. Les voyages à Monterey, espacés de plusieurs mois, demandaient plusieurs jours. Devant la réticence de l'administration à construire une route coûteuse pour si peu d'usagers, ils financèrent eux-mêmes les premiers travaux d'aménagement de cet embryon de Highway 1, devenue l'un des fleurons du tourisme californien : Big Sur, nom espagnol américanisé, désignait la grande rivière du sud, Rio Grande del Sur. Un rancho prit ce nom à l'époque mexicaine, aujourd'hui l'un des plus connus de la Côte Ouest !

A Gorda Point, les Santa Lucia et le Pacifique (10/98)
Monterey fut la première capitale de Californie. Sa baie en demi lune ne donne aux navires qu'une protection toute relative : dépourvue d'avantages naturels, éloignée des mines d'or, Monterey n'eut jamais un développement comparable à celui de San Francisco, cent quatre-vingt kilomètres au nord. Au début du XXIme siècle, c'est encore une ville basse, sans grands immeubles, où le tourisme apporte une contribution notable à l'économie depuis plus de cent ans.
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Cannery Row : à Monterey, les anciennes conserveries de poisson ont été transformées en centres commerciaux, ainsi qu'en un célèbre aquarium (09/04) |
La baie de Monterey (10/98) |
Au nord du Golden Gate, après Point Reyes, le rivage est sauvage et déchiqueté. Même les petits ports sont rares, et l'embouchure des fleuves côtiers, souvent barrée par un cordon littoral saisonnier, est rarement praticable : Fort Bragg et Bodega Bay sont les deux principaux. Cette région est le royaume des redwoods, espèce de séquoia dont les plus grands atteignent 120 mètres. Alimentée en eau par la pluie et les brouillards, cette forêt pluviale s'étend peu vers l'intérieur.
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A Fort Bragg, la Noyo River a creusé un lit suffisamment profond pour qu'un port puisse être installé (06/02) |
A peine passée Bodega Bay, rochers dentelés et vagues destructrices (06/02) |
Les cordons littoraux barrent quasiment toutes les embouchures et détournent les rivières, parfois sur plusieurs centaines de mètres, avant de les laisser rejoindre la mer. Les crues de printemps en éliminent certains : ils reviennent dès que le débit baisse ! D'autres finissent par barrer complètement un petit cours d'eau, et un lagon se forme : l'eau se contente de filtrer à travers le sable. Si elle apporte assez de sédiments, le lagon finit par disparaître, remplacé par une plage.

Dry Lagoon, non loin d'Eureka : les sédiments ont peu à peu comblé le petit étang. Les tempêtes apportent sur la plage d'énormes troncs de redwood (06/02)
Le courant froid d'Alaska ne gêne pas que les baigneurs : il rafraîchit l'air chargé d'humidité et provoque les célèbres brouillards de la Côte Ouest. Portée par le vent de mer, littéralement aspirée par la colonne d'air chaud montant de la Vallée Centrale, la brume envahit le littoral. Souvent, de simples collines suffisent à arrêter son avance : San Francisco jouit de beaucoup plus d'heures de soleil le long de la Baie que sur le front de mer. Ces brumes quotidiennes font vivre les redwoods, en leur apportant l'humidité nécessaire. Elles sont beaucoup moins agréables aux hommes, et furent à l'origine de nombreux naufrages, avant l'invention des outils modernes de navigation.
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Le brouillard entre par le Golden Gate mais, arrêté par les collines, n'atteint pas encore les quartiers orientaux de San Francisco (09/04) |
Les immenses redwoods de la Californie septentrionale (06/02) |
Impossible d'évoquer la Californie sans lui associer la faille de San Andreas : depuis vingt millions d'années, le mouvement des plaques emporte vers le nord-ouest tout l'angle sud-ouest du continent, de Salton Sea à Point Arena. On trouve, dans la région de San Francisco, des roches "importées" de plusieurs centaines de kilomètres, mais c'est à Point Reyes qu'elle se manifeste le mieux : c'est là que, lors du séisme de 1906, eut lieu le plus grand déplacement, plus de six mètres, et les traces en sont encore visibles.
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Au petit matin, entre Crescent City et Eureka (09/04) |
Croiseur ? Aviso ? Torpilleur ? Simple îlot, en fait, aux formes évocatrices ! (06/02) |
La plus grande partie de la population de Californie est concentrée sur la bande côtière, de San Diego à San Francisco. Au nord, sauf aux endroits où l'exploitation forestière a engendré un peuplement dès le XIXme siècle, lorsque les conditions naturelles permettaient d'établir un port, on ne trouve que de petits villages à l'économie orientée vers le tourisme, parfois réduits à quelques hôtels.
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© et crédit photos : America dreamZ.