Coyote, le démon Siuiuki et les Dieux Chasseurs

Ce conte est rapporté par Frank Hamilton Cushing, qui vécut chez les Zunis, avec eux et comme eux, de 1879 à 1884 : il était devenu l'un d'eux. Ils l'avaient baptisé du nom de Tenatsali, une plante guériseusse dont les Zunis gardent le secret. Personne, depuis, n'a probablement entendu raconter la mythologie de ce peuple très ancien avec autant d'authenticité et de fraîcheur.

Pour les Zunis, les Dieux sont à la fois animaux et humains, capables d'ôter leur dépouille animale ou de la remettre à tout moment. Posséder en même temps les pouvoirs physiques et moraux des grands prédateurs et la capacité de penser et parler des êtres humains les rend supérieurs.

On verra ici le caractère du lion de montagne, du loup, de l'ours et du coyote : qui, dans son entourage, ne les a jamais rencontrés ?

C'était il y a très longtemps, au temps de nos Anciens. Il y avait un village dans le canyon au sud de Thunder Mountain, où vivaient tous les Dieux Chasseurs, avec leurs soeurs et leurs mères : le Lion de Montagne, le grand Ours Noir, le Chat Sauvage, Le Loup Gris, l'Aigle et meme la Taupe - tous les Dieux Chasseurs vivaient là, avec leurs mères et leurs soeurs. Jour après jour, ils allaient chasser, parce que la chasse était leur raison d'être, et ils étaient de grands chasseurs.

Thunder Mountain
Thunder Mountain (05/01)

Juste au bord du plateau de Thunder Mountain vivait un démon tacheté nommé Siuiuki, et lorsque les gens des villages alentour allaient chasser, il se mettait à l'affut et les mangeait.

Cela finit par mécontenter les Dieux Chasseurs et, s'adressant les uns aux autres, ils dirent : "Que pourrions nous faire ? Aucun enfant des Hommes ne nous fait jamais d'offrande, parce que, chaque fois que nos enfants parmi les hommes vont chasser, ce Démon qui vit au sommet de Thunder Mountain les détruit et les mange. Que pourrions-nous bien faire ?"

Les Dieux décident qu'à celui qui tuera le démon Siuiuki, ils donneront leur soeur en mariage. Coyote entend, invente un stratagème, tue Siuiuki, lui arrache le coeur et va réclamer sa récompense. La jeune fille, d'abord réticente, honore la promesse de ses frères. Plus tard, ceux-ci rentrent de la chasse :

A ce moment, son frère, le Loup Gris, entra, mais il était d'une nature très aimable, et reçut plaisamment le Coyote. Puis vint l'Ours, avec une grande antilope sur son epaule, mais il ne dit rien, car il était paresseux et de bonne composition. Puis vinrent les autres frères, l'un après l'autre; mais le Lion de Montagne était tellement en retard qu'ils se mirent tous à le chercher. Enfin, ils le virent venir du nord avec plus de viande et de gibier que tous les autres ensemble. Manifestement, il n'était pas de bonne humeur, car en s'approchant de la maison, il rugit : "Hu-hu-ya !"

"Voilà qu'il recommence," dirent en choeur frères et soeurs. "Toujours de mauvaise humeur à cause d'une chose ou l'autre." "Hu-hu-ya !" s'exclama de nouveau le Lion de Montagne, plus fort que la première fois. Et, comme il montait l'échelle, s'exclama pour la troisième fois : "Hu-hu-ya !", et, jetant sa viande dans la maison, entra en jurant et grognant au point de faire honte à ses frères, qui lui dirent de se tenir un peu mieux.

En entendant arriver le Lion de Montagne, le Coyote s'était glissé dans un coin, mais il pointa son nez et le Lion de Montagne l'aperçut. "Hu-hu-ya !" dit-il. "Ejectez cette bête malodorante de la maison ! Jetez le dehors ! cria le vieil homme, avec un grognement. Aussi, sa soeur, de peur que son frère ne mange son mari, prit le Coyote dans ses bras et le porta dans une autre pièce.

Quand vint le soir, ses frères commencèrent à discuter de l'endroit où ils iraient chasser le lendemain; et le Coyote, qui écoutait à la porte, les entendit. Il appela : "Femme ! Femme !"

Le lendemain, Coyote accompagne ses beaux-frères à la chasse et réussit l'exploit de disperser le gibier sans prendre une seule proie.

Néammoins, les frères, qui étaient de grands chasseurs, parvinrent à en attraper quelques-uns; et juste comme ils s'asseyaient pour déjeuner, le Lion de Montagne revint avec un grand cerf en travers des épaules.

Coyote oublie et prend le chemin de gauche : on ne le reverra jamais vivant. La fable a une conclusion pratique, mais celle-ci porte sur les coyotes, pas sur les Dieux Chasseurs.