Ce conte est rapporté par Frank Hamilton Cushing, qui vécut chez les Zunis, avec eux et comme eux, de 1879 à 1884 : il était devenu l'un d'eux. Ils l'avaient baptisé du nom de Tenatsali, une plante guériseusse dont les Zunis gardent le secret. Personne, depuis, n'a probablement entendu raconter la mythologie de ce peuple très ancien avec autant d'authenticité et de fraîcheur.
Pour les Pueblos, les plumes sont un moyen sacré de porter leurs prières vers les Dieux. Pour en avoir toujours à leur disposition, ils élevent depuis très longtemps des oiseaux, dindons, rapaces, et même aras importés du Guatémala.
Cette fable conte l'histoire d'un jeune homme qui consacre tout son temps à un aigle en cage et néglige son travail. Pour lui rendre sa raison, ses frères décident de tuer l'oiseau. Celui-ci les entend et fait tristement ses adieux au jeune homme, qui préfère le libérer et le supplie de l'emmener avec lui : ils iront vivre ensemble dans le séjour céleste des Aigles.
Les Dieux combinent les pouvoirs de l'animal et de l'être humain, transgressent sans cesse les frontières entre l'un et l'autre et sont en même temps l'un et l'autre... L'Aigle est un symbôle de pureté.
... l'Aigle et le jeune homme continuèrent jusqu'à ce qu'enfin, ils atteignent la grande ouverture du zénith. En passant de l'autre côté, le long des falaises sans fin, ils entrèrent dans le monde céleste, et l'Aigle continua de monter, jusqu'à ce qu'il se pose avec son fardeau bien aimé au sommet de la Montagne de Turquoises, si bleue que la lumière qui s'y reflète peint le ciel en bleu.
"Huhua !", dit l'Aigle, avec la lassitude qui vient après un long voyage. "Nous avons atteint la fin de notre voyage pour le moment. Reposons-nous au sommet de cette montagne dans mon pays bien-aimé."
Le jeune homme descendit et s'assit au côté de l'Aigle, et celui-ci, relevant ses ailes jusqu'à ce que les pointes se joignent, baissa la tête et, saisissant sa couronne de plumes, la secoua d'un côté à l'autre, tira dessus et, progressivement, sa dépouille d'aigle s'ouvrit et, sous les yeux pleins de bonheur et d'amour du jeune homme émerveillé, une belle jeune fille apparut, habillée de vêtements éblouissants de blancheur, de douceur et de beauté. Impossible d'imaginer jeune femme plus belle - le visage radieux, limpide et net, avec des yeux si sombres, si grands et si profonds, et en même temps un regard si aigu qu'on était déconcerté à s'y plonger. Jamais on ne vit de tels yeux dans notre monde.
"Viens avec moi, toi qui m'aime si bien," dit-elle en lui tendant la main. "Marchons un moment à flanc de montagne et cherchons la demeure de mon peuple."
Ils descendirent la montagne et en suivirent le pied jusqu'à ce que, regardant dans la claire lumière du monde céleste, ils aperçoivent une cité comme aucun homme n'en a jamais vue. Hauts étaient ses murs - lisses, miroitants, blancs et propres; ni échelle, ni fumée, ni saleté en aucun endroit.
"La maison de mon peuple est là-haut", dit la Vierge. Elle remit son costume d'aigle, reprit le jeune homme sur son dos puis, par grands cercles ascendants, tournoya un moment au-dessus de la demeure des Aigles et descendit doucement par une des larges ouvertures du toit. Il n'y avait d'échelle ni à l'exterieur, ni à l'intérieur; il n'en est nul besoin avec un peuple ailé comme celui des Aigles, car comme nous ils sont un peuple - plus un peuple que nous, en réalité, car ils peuvent se présenter à volonté sous une apparence ou l'autre.
La jeune fille aigle et le jeune homme n'étaient pas plutôt entrés dans ce grand bâtiment que ceux qui y étaient assemblés les accueillirent avec des assurances de bienvenue et de joie. "Asseyez vous et reposez vous," dirent-ils.
Le jeune homme regarda autour de lui. La grande pièce dans laquelle ils étaient descendus était haute et large et longue, éclairée de nombreuses fenêtres ouvertes dans le toit et les murs, superbement blancs, propres et bien finis, comme il n'en existe pas dans notre monde, avec beaucoup de décorations agréables à l'oeil. Des multiples patères fichées dans ces murs pendaient les costumes des Aigles qui vivaient ici, sous la forme que nous leur connaissons.
"Oui, asseyez-vous, reposez-vous et soyez heureux," dit un vieil homme. Il était merveilleusement beau lorsqu'il se leva, s'approcha du couple et dit en déployant ses ailes : "Puissiez-vous être toujours l'un pour l'autre mari et femme. En sera-t-il ainsi ?"
Et eux deux, souriants, dire "Oui". Ainsi, le jeune homme épousa la jeune fille Aigle.
Le jeune humain n'écoutera pas les recommandations de sa jeune femme et se laissera entraîner par les danses, les jeux et les tromperies des ennemis des Aigles : elle le rejettera sans rémission.
Comme à l'accoutumée, le conte s'achève par une recommandation un peu inattendue, dont l'objet n'a pas de rapport avec le caractère des Dieux.