Wupatki National Monument

Lomaki - Wukoki - Nalakihu - The Citadel


Situation


Lorsque les premiers explorateurs espagnols passent dans la région, l'eau manque tout le temps : les sources sont rares, les rivières plus encore. Pourtant, 30 kilomètres à l'ouest de Wupatki, les monts San Francisco, hauts de 3840 mètres, restent enneigés une grande partie de l'année. Mais l'eau s'enfonce dans le terrain volcanique, fissuré, pulvérulent, et reparaît beaucoup plus loin. Dans leurs rapports, les Espagnols nomment ces pics Sierra sin Agua : la Chaîne sans eau. Quand les archéologues découvrent, sur le plateau desséché 2300 mètres plus bas, une civilisation distincte de celle des Anasazis, ils lui donnent le nom de la montagne : Sinagua.

Les San Francisco Peaks

Les San Francisco Peaks, vus du monument national (05/07)

Ces indiens précolombiens, dont le territoire s'étend presque jusqu'à l'actuelle Phoenix, vivent parcimonieusement au flanc des collines, de ceuillette, de chasse, d'échanges avec les tribus voisines et d'agriculture. Ici, chaque goutte d'eau compte ! Ils barrent le lit des arroyos, pour créer des mares dont ils écopent le contenu, placent leurs cultures, plus proches de jardins que de champs, sur le passage des ruisselets nés de chaque pluie, dont ils ralentissent et canalisent le cours par des réseaux de grosses pierres, posent des récipients sous les surplombs : oublié au pied d'une corniche, un vase, prêt à se remplir à la moindre pluie, semblait attendre les archéologues depuis 800 ans.

Les Sinaguas vivent dans des pithouses, fosses creusées dans le sol, couvertes d'un toit de branchages étanché à la boue. A intervalle, un hameau plus important possède une salle plus grande, où s'assemble la communauté. Longtemps, la population reste faible et clairsemée. Au Xme siècle, apparaissent des champs en terrasse. Dans les zones arables surgissent des abris temporaires, marque de la propriété familiale : on y vient le temps d'une phase des travaux agricoles, avant d'aller plus loin, dans une autre cabane au milieu d'autres champs. Le ballcourt, fruit de l'influence hohokame et, probablement de l'implantation de petites communautés originaires de cette tribu, apparaît à la même époque : c'est un enclos oblong, de 25 à 30 mètres de long, la moitié en largeur, dont les doubles murs, plus hauts qu'un homme, sont séparés par plusieurs mètres de terre. A chaque extrémité, une étroite ouverture permet d'entrer et de sortir. Les jeux de balles rituels des Aztèques sont connus : par assimilation, on pense que le ballcourt, comme un stade, accueillait des matches amicaux, mais servait aussi de cadre aux échanges commerciaux. A la saison humide, il devenait peut-être réservoir : à Wupatki, il est au pied d'une pente, d'où l'on aurait bien pu orienter l'écoulement vers lui.

ball court

Le ball court. Une trentaine de mètres à l'est, une ouverture du sol, débouché d'un long réseau de fissures souterraines, souffle et aspire de l'air frais : ce phénomène était certainement magique pour les indiens (05/07)

En 1064, la terre gronde. Une longue fente s'ouvre dans le sol : la première éruption a lieu à l'automne. Alertés par les secousses, les occupants ont eu le temps de fuir et d'emporter leurs biens les plus précieux : quelques milliers vivaient sur les 1200 km² enfouis sous la lave et les cendres.

le volcan   cendres

Le volcan, vu d'une coulée de lave (09/06)

Les cendres pulvérulentes, en couche mince, retiennent l'humidité sans entraver la croissance des plantes (09/06)

En quelques mois, le cône de Sunset Crater sort de terre. L'activité dure jusque vers 1250, mais les Sinaguas n'attendent pas : au bout d'une soixantaine d'années, ils s'installent aux confins de la zone dangereuse. Le volcan devient sacré, peut-être l'objet d'offrandes pour les plus courageux : on connaît plusieurs empreintes d'épis de maïs dans la lave, dont des essais ont montré que la seule manière de les obtenir était d'exposer les épis aux projections d'un cône adventif. L'une est présentée au "Visitor Center" de Sunset Crater.

Sous le vent des montagnes San Francisco, cette partie du plateau est l'une des plus sèches de l'Arizona. Aucun ruisseau n'y court. La Little Colorado est à une dizaine de kilomètres. Seules quelques sources espacées de plusieurs kilomètres amènent l'eau vitale. Au vu du nombre d'habitations, des poteries d'une cinquantaine de styles différents, il sembla pourtant aux premiers archéologues que la population s'était soudain multipliée, comme si toutes les tribus de la région avaient afflué ici. Selon eux, la couverture de cendres limitait l'évaporation, apportait des éléments fertilisants et rendait l'agriculture beaucoup plus productive.

box canyon

Le paysage est harmonieux, mais le climat rend le sol inapte à l'agriculture. Les ruines sont celles de Box Canyon (05/07)

Au cours des années 1980, une exploration systématique des 14000 hectares du parc révéla plus de 2700 sites archéologiques : pueblos, mais aussi maisons des champs, pit houses, tombes, vestiges de champs cultivés, repérés grâces aux terrasses et aux alignements de pierres, barrages plus conséquents dans le lit de cours d'eau intermittents ou poteries isolées. Une bonne partie de ce qu'on avait prit pour des habitations permanentes n'était en fait que des maisons de campagne au sens propre, ces abris temporaires où l'on restait quelques nuits pour travailler une parcelle, avant d'en rejoindre une autre. Chaque famille en possédait plusieurs, et leur nombre n'était pas signe d'une forte croissance démographique. Une étude des climats anciens montra que, entre 1050 et 1150, la pluviosité avait augmenté : c'était la principale raison de cette meilleure productivité agricole.

Restaient les poteries aux décors si divers, alors que les Sinaguas, tisserands émérites, excellents vanniers et orfèvres habiles, ornementaient fort peu les leurs. Entourés d'autres cultures, Anasazis au nord et à l'est, Cibolas au sud-est, Cohoninas au nord-ouest et Hohokams au sud, ils étaient devenus de plus en plus commerçants et profitaient de cette position centrale : des squelettes d'aras sacrés et des grelots de cuivre, importés du Mexique, des coquillages marins venus du Pacifique, des perles de turquoise, ont montré l'étendue de ce commerce. Leurs grands pueblos, construits au XIIme siècle, étaient les centres où avaient lieu ces échanges. Ils achetaient ce qu'ils ne pouvaient produire eux-mêmes, poterie polychrome, mais aussi des suppléments de grain, si difficile à produire chez eux.

wukoki

Wukoki, dans les rayons du couchant (09/06)

Si la population n'augmente pas autant qu'on l'avait d'abord cru, elle s'est effectivement mélangée : deux des premières pièces construites à Wupatki, vers 1120, utilisent une technique caractéristique des maçons de Chaco Canyon. Le ball court témoigne de la présence de Hohokams. Les sépultures confirment ce mélange de peuples : on a retrouvé des squelettes allongés sur le dos, d'autres dans la position du foetus, ainsi que les vestiges de crémations, parfois groupés dans les sections contigües d'un même cimetière.

wupatki

Le pueblo naquit autour de ce piton de grès, dont une alcôve avait longtemps servi d'abri aux chasseurs de passage : l'exploration des années 1980 permit de découvrir une pointe de Clovis vieille de 11500 ans (09/06)

pointe de Clovis

La pointe de Clovis, caractéristique par l'encoche où vient se loger la hampe de l'épieu. Son nom n'a rien à voir avec celui du roi franc : c'est celui d'un village du Nouveau-Mexique où, pour la première fois, on découvrit ce modèle de taille (05/06)

Les deux pueblos

Les deux pueblos de Wupatki furent construits à la même époque : peut-être leurs habitants étaient-ils d'origines différentes. Derrière la crête, les vestiges d'un mur de soutènement montre qu'ils furent reliés par une grande place (05/07)

Extension de la kiva

Extension de la kiva, trop petite pour recevoir tous les habitants, la "salle commune" est située entre les deux unités. Destinée aux palabres, danses et rites religieux, elle participe à l'intégration de tribus d'origines diverses. Avec 45 mètres de diamètre, elle ne fut jamais couverte : la charpente aurait nécessité de gros arbres, que l'on ne trouve qu'à flanc de montagne, à une trentaine de kilomètres. Sous la surface, on a retrouvé des chambres funéraires antérieures, peut-être de plusieurs siècles, à l'éruption de Sunset Crater (05/07)

unité sud

L'unité sud, reconstruite au cours des années 1930, ne reproduit probablement pas l'original avec exactitude (05/07)

A son apogée, Wupatki est la plus grande agglomération dans un rayon de 80 kilomètres. Le pueblo a plus de 100 pièces, disposées sur trois ou quatre étages, dont une partie sert à stocker le grain. La population est d'une centaine de personnes; deux mille vivent à moins d'une journée de marche. Les poutres retrouvées permettent de distinguer trois grandes phases de développement, survenues entre 1137 et 1190, probablement à l'arrivée de nouveaux groupes.

wupatki

En trois quarts de siècle, plusieurs fois remaniée, la construction devient d'une extrême complexité. Les salles inférieures des étages en gradins, devenues inaccessibles, sont comblées avec de la terre et des déchets (05/07)

La proximité du "Visitor Center" ne doit pas occulter la présence de Wukoki, Lomaki, Box Canyon Ruins, The Citadel et Nalakihu, accessibles au commun des mortels, sans parler d'une trentaine d'autres pueblos, souvent à portée d'oeil, dont la plupart n'ont pas été fouillés. Leurs noms, souvent donnés par les archéologues, viennent de la langue hopie. Même la Citadelle aurait le sien : Teuwalanki. Un seul semble vraiment ancien : à la fin du XIXme siècle, Jesse Walter Fewkes entendit dans un village hopi que ceux du Clan du Serpent étaient venus de Wukoki ( en hopi : Grande Maison), sur la rive occidentale de la Little Colorado, 80 kilomètres à l'ouest. Il en déduisit qu'il s'agissait de l'ensemble de ruines situées au nord de Sunset Crater, connues depuis plus de 40 ans et, en 1900, donna le nom de Wukoki au territoire, puis à la plus grande d'entre elles. On ne sait comment, quelques années plus tard, il était changé en Wupatki (la Maison Haute selon les uns; longue et coupée selon d'autres...). On transféra celui de Wukoki à sa détentrice actuelle. Lomaki signifie la Belle Maison et Nalakihu la Maison à l'écart.

Lorsqu'on vient de Sunset Crater, on rencontre d'abord Wukoki, à l'extrémité d'un cul-de-sac. Perché sur un court piton rocheux, que sa tour domine de six mètres, c'était une bâtisse d'une demi-douzaine de pièces, occupée de 1120 à 1210 par trois ou quatre familles. A l'extérieur, une terrasse, bordée d'un parapet, accueillait les travaux des femmes et les jeux des enfants.

wukoki

Wukoki, vu de sa terrasse. La tour, percée de fenêtres, servait-elle à surveiller l'arrivée d'éventuels ennemis, des commerçants d'autres tribus, ou voir les hommes revenir de champs éloignés ? (09/06)

Plus impressionnant, Citadel Pueblo se trouve une quinzaine de kilomètres après le "Visitor Center", en direction du Grand Canyon. Ce qu'il reste des murs extérieurs, posés au bord d'une butte volcanique, plusieurs mètres au-dessus de la plaine, explique immédiatement son nom ! Attirés par la composition rouge et noire des pierres mêlées sur l'arête, les visiteurs ne s'arrêtent guère à la dizaine de pièces de Nalakihu, en partie reconstruit.

Nalakihu   Nalakihu

Sur le chemin de Teuwalanki, Nalakihu (05/07)

Des murs de grès et de basalte (05/07)

Le chemin contourne la butte, et ouvre une vue inattendue sur un effondrement, où une couche de basalte noir domine une falaise de grès plus ancien, comme un drapeau planté dans les couleurs plus douces de l'herbe, du ciel et des montagnes.

Citadel Sink

Citadel Sink : l'US 98 n'est qu'à 5 kilomètres, mais on se croît en plein désert (05/07)

Le pueblo n'a pas été excavé : il en reste quelques moignons de mur et un sol couvert de débris. Dommage ! Il avait entre 30 et 50 pièces, et contient toujours, dissimulées sous les déblais, une foule de richesses archéologiques. Les quelques poteries retrouvées, semblables à celles des Cohoninas du Grand Canyon, très différentes de celles de Wupatki, font penser aux chefs-lieux de deux communautés d'origine différente.

wupatki

Du haut de la butte, on voit les ruines d'une dizaine de maisons plus petites : deux se trouvent sur la langue de basalte (05/07)

Quelques centaines de mètres au nord, les ruines de Box Canyon et Lomaki bordent une ravine, autrefois cultivée. Lomaki avait une dizaine de pièces, sur deux niveaux. Quelques familles y vécurent, entre 1190 et 1240. Un peu partout sur les collines alentour, en aval le long de la ravine, se trouvent d'autres ruines, non signalées.

Box Canyon   Lomaki

La double ruine de Box Canyon, une maison de chaque côté de la faille (05/07)

Une porte à Lomaki. Lorsque ces maisons étaient occupées, leurs murs étaient enduits de boue, à l'intérieur comme à l'extérieur, pour en améliorer l'aspect et l'étanchéité (05/07)

Après 1150, le climat change de nouveau, devient plus froid et sec. Pourtant, la région connaît son apogée au cours du siècle suivant. La croissance des grands pueblos, Lomaki, Citadel, Nalakihu et les autres, date de cette période. Les Sinaguas achètent une part de plus en plus importante de leur alimentation aux habitants de régions mieux irriguées. Dès 1200, il semble que certains partent s'installer dans la vallée de la Verde, dont la population augmente fortement au XIIIme siècle. La survie devient impossible : la dernière poutre de la Maison Haute sera coupée en 1260. Au début du XIVme siècle, il ne reste personne. Petit à petit, les habitants sont partis, vers Tuzigoot, Montezuma Castle, Honanki, Palatki mais aussi les mesas des Hopis, dont la tradition orale compte au moins huit clans venus d'ici, et d'autres endroits du Sud-Ouest plus prospères.


Site officiel : http://www.nps.gov/wupa

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