Montezuma Castle

Montezuma Well National Monument


Situation


Au bord de l'Interstate 17, entre Flagstaff et Phoenix, une trentaine de mètres au-dessus de la vallée du Beaver Creek, une bâtisse au creux d'une falaise attire de nombreux visiteurs. On y entend beaucoup parler français. Montezuma Castle constituerait-il une étape pratique pour les autobus des tours opérateurs ?

La visite de cette construction de cinq étages et dix-sept pièces serait sans doute très intéressante mais on ne peut y accéder. Calcaire fragile, 350 000 visiteurs par an : les risques de dégrader la structure ancienne, ou que se produise un accident corporel, ont fait condamner le site au public. On observe donc le pueblo d'en bas et, avec le "Visitor Center", les panneaux du circuit le long du ruisseau sont les seules sources d'information. A l'ouest de la maison troglodyte, au pied de la falaise, un second pueblo abritait une centaine de personnes : seuls quelques moignons de murs témoignent de son existence passée.

Montezuma Castle

Montezuma Castle, deux ensembles séparés par une terrasse : un mur ocre, un mur blanc. Les parties les plus anciennes datent des environs de l'an 1100 (09/97)

Quelques années après l'an 600, les Hohokams, cousins de ceux de Pueblo Grande, s'installèrent au bord du Beaver Creek et creusèrent un réseau de canaux pour irriguer leurs champs. D'autres tribus vivaient dans les collines alentour, jusqu'au pied des Monts San Francisco : éloignés des rivières, chasseurs-cueilleurs avant tout, ces hommes pratiquaient une agriculture additionnelle, dont la production dépendait largement de la pluie. Les archéologues les nomment d'une locution espagnole : "Sinagua", qui signifie Sans-Eau. Habitants des plaines alluviales, les Hohokams construisaient leurs abris avec les matériaux disponibles : leurs pit-houses, maisons en partie enterrées, faite d'un lacis de branches étanché à la boue, n'ont guère laissé d'autres traces que l'emplacement de leurs piquets. Egalement voisins des Anasazis, les Sinaguas acquirent l'art d'élever des murs de pierre, matériau plus facile à obtenir que le bois dans l'environnement sec des collines et du plateau. Dès le XIme siècle, ils utilisaient les blocs ramassés sur le sol, secs ou liés au mortier de boue, selon la régularité de leurs faces.

Montezuma Well

Seul vestige archéologique d'une pit-house, le sol de terre battue, délimité par les trous des piquets et l'excroissance du foyer, où des pierres plates verticales isolaient le feu des murs (05/08)

Aux environs de l'an 1000, la société hohokame subit un changement profond : après une longue période d'expansion territoriale, le mode de vie spécifique à cette civilisation disparait de leurs colonies. Une bonne part des habitants se replie vers les bases traditionnelles des basses vallées de la Salt River et de la Gila, où se trouve l'actuelle Phoenix. Tous ne partent probablement pas, mais les Sinaguas venus des collines occupent les places vides : une nouvelle société se forme peu à peu. Les voies commerciales, établies depuis longtemps entre les villages de la Sonora et le piémont des Monts San Francisco, subsistent et, peut-être, se renforcent : à Wupatki, un ballcourt témoigne de la présence d'une communauté hohokame. Bénéficiant d'une eau abondante et régulière, les nouveaux habitants ont repris les méthodes d'irrigation qu'ils observaient depuis longtemps. Au XIIIme siècle, ils reçoivent l'apport de nombreuses familles venues du Plateau, trop desséché pour entretenir une population notable. Indispensable, déjà, pour se vêtir, le coton doit être arrosé souvent : des zones de culture spécialisées s'établissent le long des rivières. Fibres et toiles s'échangent contre du maïs. On troque aussi l'obsidienne, dont on fait des outils et des armes, ainsi que des poteries : les Sinaguas n'ont jamais bien maîtrisé les techniques de la terre cuite, alors qu'au nord, les Hopis y excellent.

Verde river

La Verde, à proximité de Clarksdale (05/08)

Le développement des Sinaguas le long de la Verde et de ses affluents se poursuit jusqu'au début du XVme siècle. Ils vivent d'abord dans des villages petits, nombreux, bien répartis le long des cours d'eau, puis, comme si un danger menaçait, se concentrent dans des centres plus grands, situés sur des hauteurs, comme Tuzigoot, ou dans le creux des falaises. Au début du XVme siècle, comme beaucoup de populations du Sud-Ouest, ils émigrent.

ruines de Palatki

Murs des ruines de Palatki, un village de quelques familles abandonné à la fin du XIIIme siècle (05/08)

On fait volontiers une pause au "Château"... Une vingtaine de minutes au nord, Montezuma Well est beaucoup moins fréquenté. Gérés par la même administration, les deux entités partagent la même histoire, mais l'environnement de Montezuma Well est plus spectaculaire, et nettement plus agréable.

Invisible des alentours, une résurgence forme un petit lac au creux d'une colline effondrée, dont les pentes masquent les falaises intérieures. Presque circulaire, le plan d'eau atteint 110 mètres dans sa plus grande dimension. Libre d'éboulis, le puits en a 140 au sommet, plus de vingt mètres au-dessus de l'eau. La rivière souterraine alimente l'aven par le fond, et s'en va par un tunnel d'une cinquantaine de mètres à travers le flanc sud-est.

Montezuma Well

Quelle surprise, dans ce paysage semi-aride ! (05/08)

L'eau entre dans le lac à la température constante de 23° Celsius. Moins de 100 mètres au sud-est, Beaver Creek a rongé le calcaire et formé une falaise, d'où s'écoule le trop plein, une bonne dizaine de mètres au-dessus du ruisseau. Très chargée en gaz carbonique (elle en contient 600 fois plus que la plupart des eaux de surface), cette eau n'est guère propice à la vie animale. Aucun poisson n'y survit. Mais, depuis l'effondrement de la voûte, il y a 11000 ans, quelques espèces se sont adaptées et sont devenues uniques au monde : ce sont les sangsues et de minuscules crevettes de quelques millimètres, les amphipodes. Plus faciles à observer, les tortues auraient été introduites récemment. Le lac entretient la vie animale locale et, chaque année, foulques, colverts et sarcelles migrateurs viennent se poser sur la surface tiède. Peut-être, autrefois, y a-t-il eu une jolie cascade, mais les Hohokams, puis les Sinaguas ont aménagé le flanc de la colline pour la diriger vers leurs plantations : long de plus de trois kilomètres, le canal et ses dérivations irriguaient presque 25 hectares.

Montezuma well   Montezuma well

A la sortie de la falaise (05/08)

Sortie de terre, l'eau libère son gaz carbonique et perd de sa capacité à dissoudre le calcaire. Déposé en fortes épaisseurs sur les parois de ce canal désaffecté depuis des siècles, ce ciment naturel l'a empêché de s'effondrer (05/08)

Les Hohokams avaient bâti leurs pit-houses dans une petite plaine à l'ouest de l'aven : dégagée, l'une d'elles, est accessible aux visiteurs. Les Sinaguas s'installèrent sur la crête et dans les cavités des falaises, jusqu'à l'entrée du tunnel : une volée de 104 marches descend vers la fissure. Ces quelques pans de murs excitent l'imagination : ceux qui vivaient là et maîtrisaient le flux avaient-ils le pouvoir d'assécher les cultures ?

Paresse et inaction, plutôt que rivalité ou méchanceté, auraient provoqué ce résultat : des arbres poussent au bord du lac, des feuilles en tombent, parfois des branches, et il suffit qu'un rameau se coince à l'intérieur du tunnel pour que, derrière lui, se forme un bouchon difficile à éliminer. Si le rameau passe, le risque d'obstruction subsiste sur toute la longueur du canal : le fossé déborde, ou pire, le niveau du lac s'élève et, longtemps après que le barrage ait été enlevé, continue de fluctuer à cause de quelque intrus resté coincé dans une anfractuosité. Ainsi, les familles installées à l'entrée du tunnel, peut-être le Clan de l'Eau, consacraient-elles probablement une attention particulière à empêcher les débris d'entrer dans le souterrain.

ruine

On a retrouvé dans les ruines poteries, bijoux, graines comestibles et graines de coton, ainsi que de nombreuses sépultures (05/08)

Montezuma well Montezuma well

Une maison, et l'entrée du tunnel. Celui-ci est assez large pour laisser passer des enfants (05/08)

Montezuma well

Beaucoup de visiteurs ont laissé leur marque dans la grotte, avant la création du Monument National (05/08)

La population de Montezuma Well atteignit 200 personnes. Selon la tradition orale des Hopis, une quinzaine de leurs clans seraient venus des villages de Beaver Creek et de la Verde : celui de la Pluie et du Maïs, de l'Eau, du Serpent, du Lapin, de l'Ours, de la Flute, du Soleil, du Feu... Plusieurs tribus considèrent que l'aven est sacré et, sous l'oeil bienveillant des rangers, des indiens viennent régulièrement y chercher de l'eau, pour leurs cérémonies ou leur usage personnel. Seuls les Hopis la puisent dans le lac : tous les autres se servent dans le canal. Aucun ne sait ni l'époque du départ, ni ses raisons exactes, mais la tradition affirme qu'ici, ni la sécheresse, ni la maladie ne furent cause de la migration vers le nord. Les moralistes hopis l'attribuent à une catastrophe, peut-être un séisme, envoyée par les Dieux pour faire cesser une vie trop facile et la dissolution des moeurs : la mythologie de la tribu utilise couramment la corruption de la société pour justifier l'abandon d'anciens pueblos. Une légende raconte que, des profondeurs soudain bouillonnantes, aurait surgi un énorme reptile : le gouffre serait l'une des demeures de Palulukon, le Grand Serpent à Plumes, dieu de l'eau de plusieurs tribus pueblos... Pour les archéologues, une chose est sure : après Tuzigoot, Montezuma Castle fut le dernier village occupé dans la vallée et, en 1425, tous ses habitants l'avaient quittés. Plusieurs raisons pourraient expliquer ces départs successifs : terres épuisées, maladies endémiques, crues dévastatrices, épuisement du bois de chauffage, ou frictions avec les Yavapaïs... Aucun vestige n'appuie une hypothèse plutôt qu'une autre.

Montezuma well

Ruines sur le flanc sud-ouest : l'aven est derrière la crête (05/08)

Mais que vient donc faire ici l'empereur des Aztèques, né plus de cinquante ans après la migration des Pueblos de la Verde ? Ni Moctezuma II, ni aucun de ses sujets ne construisirent ces murs : habitués aux tipis et aux huttes de branchages qu'ils avaient toujours vus, incapables d'imaginer des indiens du Sud-Ouest capables de maîtriser la maçonnerie, des vétérans de la Guerre du Mexique, à qui le nom de l'Aztèque était familier, baptisèrent l'endroit.

En bref :

600 après Jésus-Christ : les Hohokams s'installent dans les vallées de la Verde et de ses affluents. Quatre à cinq siècles plus tard, la plupart s'en vont, remplacés par des Sinaguas : ceux-ci vont construire un "château" de 17 pièces au creux d'une falaise, et des maisons troglodytes dispersées autour d'un aven peu profond toujours alimenté par une rivière souterraine. Dans le petit lac, au cours des derniers 11000 ans, se sont développées des espèces d'animaux uniques au monde. L'Histoire précolombienne se mêle à la géologie et à la zoologie !

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Site officiel de Montezuma Castle : http://www.nps.gov/moca
La carte du parc sur le site officiel.

Temps minimum : 1/2 heure pour le "Château", et 1 heure pour le "Puits".


COMMENT Y ALLER :

Accès depuis l'aéroport international le plus proche :

  • Los Angeles situé à 750 km à 8.5 heure(s) de route.

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