
Enclavé dans la grande réserve des Navajos, le territoire des indiens Hopis se trouve sur les mesas situées entre les cours de la Little Colorado et de la San Juan. Le plateau, entaillé par les ruisseaux intermittents, forme dans la plaine des avancées semblables à des caps enfoncés dans l'océan. Au bord de ces falaises, les antiques villages semblent inexpugnables.
A Polacca, la route longe le pied d'une pointe étroite. D'en bas, rien ne signale la moindre occupation humaine, présente ou passée. Pourtant, First Mesa porte les ruines de trois villages, Walpi, Sichumnavi et Tewa. Peut-être y vient-on encore pour des cérémonies traditionnelles, mais, depuis longtemps, maisons et villages émigrent vers la plaine. Une côte tortueuse escalade Second Mesa, où se trouvent le Hopi Cultural Center, son musée, son magasin de souvenirs, son restaurant et, sur le parking, des artisans venus vendre leur production.

Hopi Cultural Center (06/05)
Sur Third Mesa, Old Oraibi se proclame le plus vieux village habité des Etats-Unis. Rien ici de très spectaculaire. Les photos y sont interdites et les habitants n'aiment pas voir un défilé de touristes dans ce lieu vénérable : il est recommandé de ne pas y traîner. D'ailleurs, à moins d'être ethnologue, ou d'être guidé par un indien, la visite ne présente guère d'intérêt.

Oraibi, fondée vers 1150, dispute à Taos et Acoma, au Nouveau-Mexique, le titre de plus vieille ville continuellement habitée des Etats-Unis (06/05)
Agriculteurs pacifiques, les Hopis descendent des Pueblos ancestraux qui, de simples fosses couvertes de branchages, surent passer à la construction maçonnée. Presque simultanément, Anasazis du nord et de l'est, Hohokams et Sinaguas du sud, quittèrent leurs lieux de résidence traditionnels. L'époque semble correspondre à une modification du régime des pluies : les diverses tribus auraient été contraintes de chercher de nouvelles sources d'eau, plus fiables et régulières. Les sites de Mesa Verde, Aztec, Chaco Canyon, Tuzigoot, Wupatki, Casa Grande, Canyon de Chelly, Montezuma Castle, Gila Cliffs et beaucoup d'autres furent progressivement délaissés. A l'est, les Pueblos du plateau de Pajarito abandonnèrent leurs villes pour se rapprocher de la vallée du Rio Grande.
La mythologie des Hopis raconte comment les bandes errantes, l'une après l'autre, rassemblées chacune autour de son totem, vinrent s'installer sur le plateau. Les premiers arrivés n'acceptaient les nouveaux venus que sous certaines conditions, de liens familiaux, d'alliances anciennes, ou d'utilité manifeste. Après la révolte des Pueblos contre l'occupant espagnol, en 1680, par peur des représailles, une bande de Tewas vint s'installer sur la Première Mesa. Elle parlait son propre dialecte, avait ses traditions, allait occuper des terres arables et consommer l'eau précieuse, mais on accepta sa venue car, en cas d'agression, les Tewas, sans préjugé contre la guerre, défendraient les autres villages. La tribu était une confédération, où chaque chef de village prenait ses décisions en toute indépendance. Son territoire, Tusayan, s'étendait aussi loin qu'on pouvait chasser ou cultiver, jusqu'au Grand Canyon du Colorado et à l'actuel Nouveau-Mexique.
Les Espagnols appelaient ces indiens "Moquis" : le nom, transmis aux Américains, subsista jusqu'à la fin du XIXme siècle. Les missionnaires avaient essayé d'implanter la religion catholique : attachés à leurs croyances, leurs rites et leur indépendance, les Moquis n'avaient jamais bien accueilli leurs avances. Pacifiques jusqu'à la dernière extrémité, ils avaient réussi à donner l'image d'un peuple farouche et belliqueux. Isolés dans une région sans intérêt pour l'agriculture, retranchés au sommet des mesas, ils restèrent longtemps un "cas désespéré", à l'écart de la civilisation. Espagnols et Mexicains s'en étaient désintéressés ; à quelques rares exceptions près, l'implantation américaine entre Phœnix et la vallée du Rio Grande ne commença qu'au dernier quart du XIXme siècle.

Tusayan : l'immense territoire resta longtemps sans intérêt pour les colons (06/05)
Les premiers intrus furent les Navajos : venus du Nouveau-Mexique, ce peuple guerrier pénétra peu à peu dans Tusayan. Chaque famille s'installait sur les terres où elle trouvait à prospérer, faire paître ses moutons et ses chevaux, planter quelques champs de maïs et de courges. Confrontés à ces envahisseurs dispersés, somme toute éloignés de leurs villages, les pacifiques Moquis, pourtant présents depuis quatre siècles, ne réagirent pas.
Lorsque, en 1883, fut établi le tracé des réserves respectives, l'administration américaine tint compte de ce qu'elle voyait, et de ce que lui disaient les Navajos, avec qui elle avait des relations plus étroites : un beau jour, les Moquis, sans même s'en douter, se trouvèrent légalement encerclés. Il fallut plusieurs générations, formées dans les écoles américaines, pour qu'ils comprennent que leurs revendications orales n'avaient aucun poids : en 1953, ils engagèrent un procès. Cinquante ans plus tard, la question n'était toujours pas réglée. Plusieurs remembrements eurent lieu, mais les querelles frontalières restent fréquentes.
Pour simplifier ses relations avec la tribu, imitant le système parlementaire qui fonctionnait chez eux, les Américains firent en sorte d'avoir pour interlocuteur un conseil tribal, au lieu de devoir négocier avec chaque chef de village. Des factions naquirent : pro-américains d'un côté, partisans de l'indépendance et de l'immobilisme de l'autre, furent à l'origine de querelles politiques durables. Certains villages moururent. D'autres naquirent, où s'installèrent les séparatistes. Au fil des générations, les haines et les rancunes s'atténuèrent : les Hopis contemporains semblent parfaitement intégrés à la vie américaine, mais conservent un attachement indéfectible à leurs traditions.
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Après l'arrivée des Américains, de nombreux habitants des mesas allèrent s'installer dans la plaine, dans des maisons fournies par le Bureau des Affaires Indiennes (06/05) |
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Leur tribu fut parmi les premières étudiées par les ethno-archéologues. Ses danses, qui ponctuent sa vie religieuse et sociale, ont largement contribué à sa réputation. La plus célèbre est la danse du serpent. C'est, en réalité, une danse de la pluie. Chaque homme tient entre ses dents un crotale, dont la tête et la queue retombent devant sa poitrine : l'animal se comporte comme s'il était anesthésié, et il n'y a pas d'accidents. Les danseurs sont revêtus de costumes et de masques : ceux-ci représentent le retour périodique parmi le Peuple, des dieux et demi-dieux du panthéon complexe de la mythologie pueblo, les kachinas. Des clowns, peints sur tout le corps de rayures noires et blanches, déclenchent les rires, mais doivent aussi transmettre un enseignement moral. Danses et chants sont également destinés à transmettre l'Histoire de la tribu. Les Hopis croient à la sorcellerie, et on raconte que la mort de certains individus resta parfaitement mystérieuse malgré les enquêtes !

Champs près de Moenkopi : la farine de maïs, le piki, est indispensable aux offrandes rituelles (09/97)
Les danseurs costumés ont donné naissance aux poupées kachinas, des reproductions à base de bois, de tissu et de plumes. On en trouve dans tous les magasins de souvenirs de la région, mais si l'on n'est pas spécialiste, il est fort difficile d'en apprécier la valeur : l'ancienneté, la fidélité de la reproduction sont très importantes, alors qu'on ne peut plus ni filmer, ni photographier les danses. Les artisans fabriquent des bijoux d'argent ornés de motifs typiques et leurs magnifiques poteries, très réputées, se vendent à prix d'or.

Vase hopi moderne (Southwest Museum, Los Angeles) (02/03)
La route est plus spectaculaire en allant d'ouest en est : elle court sur le plateau, se rapproche du bord... On voit la plaine au loin. Soudain, c'est l'ouverture sur un abrupt : flanc de falaise, talus, maisons claires des nouveaux villages construits au pied de la falaise… Le paysage s'étend à l'infini !
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L'immense plaine, à l'est de Moenkopi (06/05) |
La route, longée d'un précipice, redescend vers la plaine (06/05) |
A l'ouest de Keams Canyon, on pourra tourner vers le sud et rejoindre Holbrook ou Winslow, et les parcs nationaux de Painted Desert et Petrified Forest, sur l'Interstate 40. On peut aussi continuer vers Ganado, où se trouve le "Hubbell Trading Post National Historic Site", l'un des premiers magasins établi sur la réserve navajo, en 1876. Une dizaine de kilomètres avant Ganado, l'US 191 conduit, vers le nord, au Canyon de Chelly. Sur les mesas, dans les déserts d'herbe où s'élève ici et là la cheminée d'un ancien volcan, les routes sont très belles et pittoresques.
Temps minimum : 3 heures sans accès.
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