Canyon de los embudos

Reddition de Geronimo



Le canyon de Los Embudos ne présente d'autre intérêt qu'historique : le 27 mars 1886, ici, Geronimo se rendit au général George Crook. Le canyon, un ruisseau à sec entre deux berges surélevées, se trouve au bout d'un chemin de terre, à l'est de la route US 80, juste avant Douglas.

Geronimo était un Chiricahua d'une bande cousine de celle de Cochise : les Bedonkohes. Il naquit entre 1820 et 1830, non loin de l'actuelle Clifton, sur le versant sud du Plateau du Colorado. Il mèna la vie rude des Apaches, le plus souvent en marche d'une région à l'autre. Pour les Apaches, les frontières inscrites sur le papier n'existaient pas, mais de part et d'autre se trouvaient des populations différentes. Aussi leur comportement changeait-il selon qu'ils avaient à faire aux Américains ou aux Mexicains. Avec ces derniers, on pouvait bien commercer un jour dans un village, et piller le village voisin le lendemain, après avoir massacré la population. Entre Apaches et Mexicains, c'était déjà histoire longue de trois siècles.

Les montagnes où est né Geronimo

Les montagnes où est né Geronimo (09/98)

Pour Geronimo, elle avait mal commencé ! La bande dont il faisait partie était allée s'approvisionner dans un village du Mexique. Craignant une embuscade au village, les hommes avaient laissé les femmes et les enfants à l'écart dans la montagne, sous la garde des vieillards. Surpris par l'armée mexicaine, les malheureux furent massacrés. Quand Geronimo revint, sa femme et ses trois fils gisaient morts. Sa vengeance dura jusqu'à ce qu'à son ultime reddition.

Les premières représailles eurent lieu un an après le massacre. Sa bande attaqua un village mexicain : c'était le jour de la Saint Jérôme, Geronimo en Espagnol. Sa fureur impressionna tellement les soldats mexicains que le nom lui resta pour toujours.

Geronimo n'était pas seulement chef de guerre, il avait un "pouvoir" ! On dirait aujourd'hui d'un mot sibérien qu'il était un shaman. Il pouvait prédire comment tournerait une expédition, et on ne s'y engageait que si son oracle était bon ! Ajouté à sa force et sa détermination, ce "pouvoir" lui donnait une grande influence sur sa bande.

Jamais sa haine et sa peur des blancs ne se démentiront ! Il ne s'agit pas d'une peur physique irraisonnée, car il est courageux. Mais, instinctivement, il se méfie de cette société à laquelle il n'appartient pas, qu'il ne comprend pas, qu'il ne sait pas utiliser. Il répond toujours par la ruse ou la fuite. Si parfois il accepte de se rendre dans une réserve, il y reste l'hiver, puis, dès le printemps, retourne dans les montagnes mener la vie de chasse et de pillage, parce qu'il a craint soudain pour sa vie, ou parce qu'on force les enfants à aller à l'école, et qu'il craint qu'on ne les ensorcelle.

Traqué sans relâche, il finit par se rendre au Général Crook. Au Canyon de Los Embudos, la conférence dure trois jours, avant que Geronimo ne se décide. Puis, trop confiant dans la suite des évènements, Crook part en tête, laissant à ses officiers le soin de conduire la petite bande vers la réserve. A l'étape, le soir, un traiteur vend de l'alcool. De mauvais bruits circulent. Le lendemain, Geronimo a de nouveau faussé compagnie aux soldats !

George Crook est remplacé à sa propre demande. Nelson Miles reprend la traque lancinante. Quelques mois plus tard, c'est terminé : les derniers Apaches se rendent; Geronimo est avec eux. On est le 3 septembre 1886, sur la frontière de l'Arizona et du Nouveau Mexique, à quelques kilomètres seulement de Los Embudos, au lieu-dit Skeleton Canyon. Quelques-uns, qui ont choisi le Mexique et la liberté, sont massacrés à la frontière par les soldats mexicains. Cinq jours plus tard, la bande est expédiée par train en Floride. Malgré ses demandes réitérées, Geronimo ne reverra jamais son pays : on le considère trop dangereux pour lui rendre une liberté inconditionelle. Il meurt le 17 février 1909, après avoir passé la nuit à la belle étoile, trop ivre pour rentrer chez lui.

Si vous êtes sur l'US 80, allez donc jusqu'à Bisbee. Après des kilomètres et des kilomètres dans la nature, au détour d'un virage, vous aurez la vision surprenante d'une ville bâtie à flanc de canyon, dans le décor tourmenté des mauves, des roses et des vert-de-gris du déblai arraché à la mine de cuivre. La ville est tellement en pente qu'on dit que de son perron, un homme peut cracher dans la cheminée de son voisin !

Retrouvez le général Crook à Mogollon Rim


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