
Posez un ruban sur une table. Maintenez chaque extrémité bien à plat, puis saisissez le ruban par le milieu et tordez d'un quart de tour : vous avez une image assez précise du lit d'Antelope Creek. L'arroyo, affluent de la rive sud du Lac Powell, à sec la plus grande partie de l'année, a creusé deux étroits défilés, l'un, Upper Antelope Canyon, surnommé The Crack, la Fissure, au sud de l'Az 98, l'autre au nord, Lower Antelope Canyon, surnommé The Corkscrew, le Tire-bouchon. Ailleurs, le lit est large et capable d'absorber un débit très important mais, en deux endroits, l'eau butte dans le banc de grès où, au fil des millénaires, elle a creusé son chemin. Les vents de sable parachèvent son oeuvre. C'est ce qu'on appelle aux Etats-Unis un slot-canyon : littéralement une gorge en fente ! Lorsque il pleut, l'eau collectée dans le bassin, qu'aucune végétation n'arrête, se précipite vers les fonds et s'engouffre dans les étroits en ravageant tout sur son passage : l'une de ces crues subites, en octobre 2006, obligea à fermer la partie aval du parc durant cinq mois, le temps de la rendre à nouveau praticable.

Qui irait imaginer que cette route de sable peut se transformer en torrent furieux ?
Dans la partie aval, le fond saute de niveau en niveau et, au début de la gorge, les Navajos ont installé une série d'escaliers et d'échelles aux flancs des cascades à sec, qui rendent la visite nettement plus sportive que celle de « Upper ». Ce passage reçoit une meilleure lumière en début et en fin de journée.

Itinéraire d'accès à Antelope Canyon : l'Indian Road 222 est à 6 kilomètres de Page, Arizona, et 8 de l'US 89. De chaque côté, l'entrée du Tribal Park est à quelques centaines de mètres de l'intersection avec l'Az 98.
Ces reliefs fermés peuvent devenir très dangereux, si un flash flood, une crue subite, déboule dans le lit du torrent : les parois verticales des slot-canyons ne laissent aucune chance de s'en échapper. Toujours présent dans les mémoires, un accident mortel eut lieu dans Lower Antelope Canyon le 12 août 1997 : onze personnes, dont sept Français, furent emportées par un mur d'eau et de débris haut de plus de 15 mètres. Jusque là, seuls quelques initiés avaient réussi à entrer, avec l'accord des Navajos, et c'était la première année d'ouverture au public. Alors que leur guide venait de les faire descendre dans le défilé, les touristes furent prévenus qu'un violent orage avait éclaté en amont. Ils remontèrent à contre coeur. Dehors, le ciel était limpide : pas un nuage en vue ! Ils insistèrent pour redescendre, et leur guide eut le tort de céder ! Ici, le soleil brillait, mais à quelques kilomètres de distance, un flot chargé de sable dévalait le lit du ruisseau : à peine étaient-ils en bas qu'un grondement se fit entendre au-dessus d'eux. Il n'y eut que deux rescapés, en fort mauvais état et il fallut trois mois pour retrouver tous les cadavres. Comme raclé par un bulldozer, le niveau du sol fut abaissé d'un mètre vingt et cette partie du parc resta fermée 9 mois, le temps de dégager les monceaux d'objets apportés par le flot, restés coincés dans le défilé.
Peut-être pour son fond plat, Upper Antelope Canyon est beaucoup plus visité. C'est aussi pour les rayons de soleil où, pendant quelques heures à la mi-journée, le sable tombé du plateau réfléchit la lumière : excellent pour les photos !
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Les rayons et les ombres (05/07) |
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Ces barres de grès, sombres dans le lit de sable plus clair, sont les dunes pétrifiées d'un désert grand comme deux tiers de la France, il y a 200 millions d'années. Agglutinés, collés les uns aux autres par les matières dissoutes, les grains de sable ont conservé leur disposition dans les dunes antiques. Plans de joint, changements d'orientation, plis croisés, disparité des formes, des duretés, des résistances expliquent le parcours tortueux de la gorge, et c'est un véritable étonnement de la voir, en quelques mètres, changer de direction, revenir, changer de nouveau, s'élargir, former comme une placette au sortir de ruelles, et redevenir si étroite qu'on en touche aisément les deux parois, où les aspérités, arrondies, polies par l'eau chargée de grains abrasifs, forment des reliefs étranges. Peut-être parce qu'il s'étend sur une grande partie de la réserve indienne, ce grès est nommé Navajo Sandstone. Il va en fait beaucoup plus loin : blanc, jaune, rouge, ocre, vermillon, on le trouve en Arizona, au Colorado, au Nevada et surtout dans l'Utah, où il dresse ici ses falaises, là ses dômes dans les parcs de Zion, Arches, Canyonlands, Capitol Reef, Dinosaur, Colorado et Grand Staircase-Escalante ! Les oxydes de fer lui donnent ses teintes rouges. Lavé par les infiltrations, il devient parfois presque blanc !
Il faut payer, pour accéder au parking, une taxe fixe par voiture, quel que soit le nombre de ses occupants : 6 dollars en 2007. C'est un droit d'entrée prélevée par la tribu pour pénétrer dans le territoire navajo. Ensuite, on va réserver ses billets à l'un des auvents où attendent les guides, femmes en majorité. Ces accompagnateurs professionnels sont devenus obligatoires depuis la tragédie de 1997 : il en coûtait vingt dollars par personne en 2007, 30% de plus que l'année précédente. On lit ici ou là que ce tarif avait encore augmenté en 2008 : la mode ne se dément pas ! Si l'on arrive en fin de journée, ces dames font remarquer qu'à cette heure-ci, on n'a plus aucune chance de voir le soleil lancer ses rayons dans les profondeurs de la gorge. Bien sur, elles sont toutes prêtes à vous emmener, mais on sent bien que mettre leur moteur en route pour deux ou trois personnes ne les enchanterait guère !

Chacun de ces pick-up emmène 10 à 12 personnes. Il y a quelques années, on pouvait faire à pied les cinq kilomètres entre les stands et l'entrée de la gorge. Aujourd'hui, le camion tout-terrain est obligatoire : mieux vaut d'ailleurs faire le chemin de cette manière que marcher dans le sable mou sous le soleil brûlant (05/07)
Sous l'abri de la bâche, dans le vent léger de la course, assis aux côtés d'une dizaine d'autres visiteurs, on approche rapidement du mur de grès, sans que rien dans le paysage ne décèle son existence, jusqu'au dernier moment. Aux heures de pointe, il faut attendre la sortie d'un fournée précédente : très étroit, long d'environ 400 mètres, le passage est vite saturé par les groupes qui vont et viennent. Plus d'une vingtaine de personnes créent de sérieux encombrements et il devient impossible de faire une photo en pause ! Le nez en l'air, la plupart des visiteurs ne s'aperçoivent même pas que vous essayez de réussir le cliché de votre vie et passent sans vergogne entre votre objectif et sa cible.

Plus spectaculaire que le métro, mais aussi populeux ! (05/07)
Heureusement, les appareils numériques sont de plus en plus courants, et suffisent à la plupart d'entre nous, mais la sensibilité des plus simples n'est pas toujours suffisante et les écarts de luminosité sont très importants.
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La sortie (par où l'on entre !), manifestement plus haute que... l'entrée. Le changement de profondeur est visible mais rarement observé, occupé qu'on est à s'émerveiller des formes et des couleurs (05/07) |
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On remonte le défilé, les yeux sans cesse à la recherche d'une lumière particulière, d'un angle propice, d'un cadrage idéal, sans vraiment savoir ce que donnera la photo. Tout aussi discrète que la sortie, l'entrée est une fente à l'autre extrémité du banc de grès, mais la hauteur de la falaise à l'amont est bien inférieure à celle de l'aval, plusieurs mètres qu'on n'a pas le sentiment d'avoir gravis. Quelques minutes de repos, quelques échanges avec le guide, et l'on commence ce que le fond plat du défilé empêche d'appeler la descente. De nouveau, on traverse l'épaisseur de roche aux tons roses, rouges, ocres, bruns, bleu presque noir, romantique caverne d'Ali Baba, où l'on regrette d'aller si vite, d'être si nombreux et de n'avoir pas le temps de rêver.
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Lorsqu'on lève la tête, un bout de ciel azur apparaît parfois dans un méandre de la roche en fusion (05/07) |
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Au retour à la base, la visite a duré environ une heure. La visite du Canyon de l'Antilope n'est jamais garantie. Elle peut être annulée à cause de la météo : personne ne souhaite voir se reproduire l'accident de 1997 ! Peut-être même est-ce vous qui déciderez de l'annuler : un ciel gris n'incite guère à la photo, surtout dans l'ombre ! Il peut donc être utile d'avoir prévu une alternative. Mais si le soleil brille, cas le plus fréquent, la marche dans l'étroit défilé procure des moments inoubliables. Autre précaution : la température est nettement plus basse dans le creux de la gorge qu'à l'extérieur : cela peut être très agréable, mais mieux vaut s'être muni d'une petite laine, que l'on portera au besoin. Un voyage en hiver ne doit d'ailleurs pas être un obstacle à la visite : les rais de lumière sont absents, les couleurs plus douces mais le spectacle aussi étonnant et un peu mystérieux.

Le plateau du Colorado est percé de nombreux slot canyons mais, accessible et organisé, Antelope est, de loin, le plus visité des USA (05/07)
Site officiel : http://www.navajonationparks.org/htm/antelopecanyon.htm
Site sur l'accident : http://climb-utah.com/Powell/flash_antelope.htm
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© et crédit photos : America dreamZ.
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