En 1912, l'Arizona devient le quarante-huitième état de l'Union après lui, seuls l'Alaska et Hawaii rejoindront les Etats-Unis. Dans cette contrée constituée principalement de déserts, où seuls deux massifs montagneux élèvent l'altitude et sont source de petites rivières, ni les Espagnols, ni les Américains ne trouvent d'abord d'intérêt. La présence des belliqueux Apaches ne fait rien pour en augmenter l'attrait.
Les Espagnols, dans leur poussée initiale vers le nord, entrent dans le territoire, découvrent le Grand Canyon, qu'ils considèrent surtout comme un barrière à leur voyage, installent deux siècles plus tard un presidio et une mission à Tubac, au sud de Tucson, mais la conquête s'arrête là.
En 1824, lorsqu'arrive la première expédition américaine, un groupe de trappeurs venus de Santa Fe, l'Arizona est occupée par des tribus apaches, dans les montagnes et les désert du sud, et au nord, sur le Plateau du Colorado, par les Navajos et les Hopis. Ces derniers sont les premiers occupants, et leur tribu provient de l'assemblage de groupes plus anciens, Hohokams et Sinaguas, dont on retrouve les pueblos à Casa Grande, Montezuma Castle, Tuzigoot, et Wupatki. Navajos et Apaches, venus des lointaines plaines du Canada, sont arrivés beaucoup plus tard, et continuent de mener une vie indépendante et semi-nomade.
Les Hopis, pour résister à la pression des Navajos, se sont réfugiés sur les mesas qui dominent le Plateau : ils cultivent le maïs et chassent pour leur subsistance. Les Navajos, arrivés les derniers, vont rapidement apprendre d'eux les arts de la poterie et du tissage, et des espagnols du Nouveau-Mexique celui de l'élevage. Les Apaches, dans leur montagnes, cultivent des jardins en été, mais vivent surtout de chasse et de pillage. Leurs cibles sont les ranchos et les missions espagnols, et les villages des tribus sédentaires. Ils vont mener la vie dure aux trappeurs de James Ohio Pattie, qui ne pourront rien ramener de leur expédition.
C'est la ruée vers l'or en Californie qui, indirectement, va permettre un début de peuplement dans l'Arizona : des prospecteurs déçus, qui n'ont plus ni feu ni lieu, vont tenter leur chance dans les territoires voisins. Souvent seuls, parfois en petits groupes, ils risquent leur vie pour un filon qui les rendrait riches. Harry Wickenburg trouve: entre 1863 et 1942, la mine du Vautour, à une centaine de kilomètres de l'actuelle Phoenix, va donner 200 millions de dollar d'or.
S'il y a une ressource, la civilisation est toujours prête à venir s'installer : les mineurs affluent, et les commerçants. Des villages et des fermes se créent. Au bord de la Salt River, où l'on voit encore les traces des canaux d'irrigation tracés par les Hohokams il y a plus de mille ans, Phoenix fait renaître de ses cendres l'occupation humaine dans la région.
Une découverte en entraîne une autre : la présence en nombre de prospecteurs expérimentés provoque les découvertes. Ce sont les mines de cuivre de Jérome, les mines d'or de Tombstone, cuivre encore à Clifton et Bisbee. Les minerais financent les investissements et la présence de l'armée qui finit de "pacifier" les Apaches en 1886, année de la reddition de Geronimo. Les Navajos, quant à eux, plus proches du Nouveau-Mexique, se sont rendus dès 1864. Ils ont la chance que rien n'attire les Américains sur leur territoire traditionnel et réussissent à s'y maintenir, après quelques mois de déportation.
Le soleil et la climatisation vont faire le reste : après guerre, les retraités affluent. Dans les années les plus récentes, beaucoup d'industries nouvelles viennent d'autres états, pour trouver des coûts plus bas, moins de pollution et des conditions de vie meilleures. Phoenix, la plus grande ville, voit sa population multipliée par deux entre 1970 et 2000. Les agglomérations de Phoenix et Tucson représentent aujourd'hui plus de deux millions sept cent mille habitants. Un million trois d'autres "arizonans" sont répartis sur les 297 000 km2 de l'Etat.
Le nord de l'Arizona est occupé par la Région des Plateaux, une immense pénéplaine qui s'échafaude en falaises et que domine de hautes mesas. On voit en plusieurs endroits la plaine crevée des cheminées d'anciens volcans. L'une des plus importantes est Shiprock, à l'est de la réserve navajo : le pic dentelé domine la plaine de 550 mètres, à 2180 m d'altitude.
A chaque extrémité de l'arc décrit par le bord du Plateau du Colorado, comme deux piliers auxquels il s'appuierait, deux systèmes volcaniques plus jeunes élèvent de hautes montagnes, les San Francisco Peaks et les WhiteMoutains, qui culminent au Mont Baldy, 3500 mètres. Il y tombe assez de neige pour que les stations de ski des San Francisco se soit arrogé le nom de "Snow Bowl", le Bol de Neige, et Flagstaff, ville moyenne à 2000 mètres, au pied du massif, en reçoit chaque année plus de deux mètres. Le clou du spectacle, c'est bien entendu le Grand Canyon du Colorado, qui s'enfonce de 1700 mètres sous le niveau du Plateau et s'étire sur plus de 450 kilomètres.
Entre le désert et le Plateau, une complexe zone de transition, composée de barres, de crêtes et de canyons, offre un relief brisé, presque partout semi-aride où, au printemps, le spectacle des yuccas en fleur au milieu des grands cactus vaudrait à lui seul le voyage. Là où le terrain est plus dur et se brise en pans verticaux, les falaises rouges et les buttes témoin offrent des visions qui attirent artistes et touristes.
L'Arizona a plusieurs déserts de climats différents. Le plus présent est le désert de la Sonora : c'est celui où se trouvent les fameux cactus saguaro, qui y poussent grâce aux deux "moussons" annuelles que reçoit la terre. Le terme de mousson est employé non pour la quantité d'eau reçue, bien sur, mais pour la régularité des précipitations aux mêmes époques de l'année. Pendant la saison des pluies, le saguaro stocke suffisamment d'eau pour assurer sa croissance pendant l'entre-moussons. A l'ouest se trouve le désert Mojave, encore plus chaud et sec, où vous ne verrez que des buissons bas, et l'arbre de Josué (Joshua Tree). Le troisième désert, au sud-est, est le désert de Chihuahua, aux précipitations plus abondantes et à la végétation plus variée que le désert Mojave. Une partie de l'eau vient des neiges hivernales, pourvu que l'altitude s'y prête, ce qui n'est guère le cas dans le désert Mojave. Dans le coin nord-ouest, une petite partie est influencée par le désert du Grand Bassin, qui ressemble au Mojave, mais semble encore plus sec.
Sur le Plateau, séparé du désert par 600 mètres et plus de dénivelé, les précipitations sont un peu plus abondantes, et les massifs montagneux alimentent plusieurs rivières. Les paysages sont ceux de prairies naturelles, mais la chute d'eau annuelle est trop faible pour permettre l'agriculture sans irrigation, et les indiens Hopis ont bien du mal à faire pousser le maïs traditionnel indispensable aux rites de leur religion.
Les principales zones cultivées, par contraste, se trouvent dans les déserts. Mais elles sont à proximité des cours d'eau, rivières ou canaux creusés pour créer un réseau dans le sud du pays. La région de Yuma, par exemple, est réputée pour ses légumes et ses agrumes, et vous verrez sans doute des champs de coton si vous vous écartez quelques peu de Phoenix. Ailleurs, c'est l'élevage qui prime, et le nombre d'animaux est réglé en fonction des possibilités locales de la Nature: il faut souvent 50 à 70 hectares pour nourrir une seule vache.
Les changements d'altitude apportent d'étonnantes modifications dans le paysage : en quelques dizaines de kilomètres, on peut passer du désert le plus aride à une végétation aussi luxuriante que celle des Alpes ou des Pyrénées ou, tout aussi bien, rouler des heures sur les terres rouges du Plateau, couvertes d'herbe, d'armoise et souvent presque totalement nues.
On peut visiter l'Arizona en toutes saisons. Au sud, le désert paraîtra toujours "accueillant", mais il n'est pas du tout rare de voir, en hiver, de la neige sur les montagnes. En été, les températures sont élevées, parfois étouffantes dans les bassins. Au nord, sur le Plateau, le risque de neige est beaucoup plus important : elle donnera aux paysages du Grand Canyon un cachet tout particulier. La meilleure époque est sans doute le printemps, lorsque renaissent les plantes de la montagne et que fleurissent yuccas et cactus.
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